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Interview du Pr. Kapseu César, promoteur de l’énergie solaire

«Le rêve, c’est de partir du soleil comme source d’énergie pour obtenir un produit manufacturé»

Professeur César Kapseu, vous venez de participer à un mini-symposium à Linz en Autriche sur l’énergie solaire qui fait partie des énergies renouvelables, c’est quoi les énergies renouvelables?
Une énergie renouvelable est une énergie exploitée par l’Homme, de telle manière que ses réserves ne s’épuisent pas. Les énergies renouvelables (énergies solaire, éolienne, hydraulique, biomasse, géothermique et marrée motrice) sont propres, sûre, et présentent de nombreux intérêts en termes de sécurité énergétique, militaire et civile, de même que pour la sécurité climatique, le développement, les investissements et les marchés financiers.

Qu’entend-on par énergie solaire? Et quels peuvent être ses usages?
L’énergie solaire est l’énergie produite par le rayonnement du soleil, directement à travers l’atmosphère. Sur terre, l’énergie solaire est à l’origine du cycle de l’eau, du vent et de la photosynthèse créée par le règne végétal, dont dépend le règne animal via les chaînes alimentaires. L’énergie solaire est donc à l’origine de toutes les énergies sur Terre à l’exception de l’énergie nucléaire, de la géothermie et de l’énergie marémotrice. On distingue deux types d’énergie solaire : l’énergie solaire thermique et l’énergie solaire photovoltaïque.

Quel est le potentiel estimé de l’énergie solaire pour le Cameroun et l’intérêt d’une exploitation de ce type d’énergie?
En ce qui concerne le Cameroun, on rappelle que sa superficie est de 475442 km2, avec une insolation moyenne de 4,9 KW/an/m2, le potentiel énergétique moyen est de 2 329 GW/an. Les effets positifs de l’exploitation de l’énergie solaire sont : la lutte contre les gaz à effet de serre, le confort individuel et collectif des populations africaines, le développement social et industriel, et surtout le remplacement progressif de l’énergie carbonée (fossile) par l’énergie décarbonée (solaire). Les applications sont le séchage des habits, des produits agricoles et du bois ; la production de l’électricité pour des usages domestiques et industriels (lumière, pompage d’eau, climatisation, réfrigération, chaîne de froid, moteurs électriques .) Il convient de signaler que la maîtrise de l’énergie solaire est une activité à forte intensité de main d’ uvre, surtout en milieu rural et pourrait être un moyen de lutte contre le chômage des jeunes. Cela limiterait l’exode rural et favoriserait le développement rural. Le rêve, c’est de partir du soleil comme source d’énergie pour obtenir un produit manufacturé, on parle alors de « pétrole solaire » comparé au « pétrole fossile ».

Quelles sont les perspectives pour ce type d’énergie pour notre continent en général et le Cameroun en particulier?
Pour l’Afrique en général, les perspectives sont intéressantes. D’abord, le contexte est favorable, l’Afrique est ensoleillée. A titre d’exemple, la moitié des panneaux solaires installés dans le monde en 2010, l’on été en Allemagne qui n’est pas le pays le plus ensoleillé. L’Afrique possède des sites isolés dans les zones rurales. Ce type d’énergie est rentable dans ce cas de figure. L’Afrique a toujours exploité l’énergie pour le séchage des habits, du bois, des produits agricoles. Ce qui change maintenant, c’est la maîtrise de cette énergie pour étendre son utilisation dans le temps (nuit) et dans l’espace (habitat) par exemple. Il convient de faire remarquer que le Cameroun est « l’Afrique en miniature ». Tout ce qui a été dit pour l’Afrique est valable pour le Cameroun.

Avez-vous déjà bénéficié du soutien des autorités administratives, politiques et autres opérateurs économiques du pays? Quelle est leur position au sujet de l’exploitation de l’énergie solaire?
Le Cameroun a la chance d’avoir des hommes et des femmes dynamiques. Autant nous avons les lions indomptables en football, autant nous avons des lions indomptables en recherche. Ceux-ci sont mal connus et ne suscitent pas la même attention que ceux du football. Les audiences que m’ont accordées le Ministre de l’Energie et de l’Eau d’une part et le Recteur de l’Université de Ngaoundéré montrent l’intérêt que le gouvernement accorde aux énergies renouvelables. J’ai dû utiliser la prime de la modernisation de la recherche accordée par le Président de la République S.E. Paul BIYA pour compléter l’aide accordée par l’Université de Ngaoundéré en plus de celle des sponsors (Agence Universitaire de la Francophonie (Canada), Univeristé de Ngaoundéré (Cameroun), Institut National Polytechnique et « European Science products Advanced » (Toulouse) en France) afin de participer aux différents rendez-vous mondiaux sur les énergies renouvelables. En ratifiant les statuts de l’Agence Internationale pour les Energies Renouvelables (IRENA, acronyme anglais qui veut dire International Renewable Energies Agency), signés à Bonn le 24/06/2009 par décret n° 2011/005 du 11/01/2011 ; le Président de la République apporte le soutient institutionnel et permet au Cameroun d’être membre de cette Agence afin de bénéficier des avantages y afférents. Il serait intéressant de créer l’Agence nationale pour les Energies Renouvelables afin de garder le rôle de leader naturel dévolu au Cameroun dans la sous région Afrique centrale et de canaliser l’expertise nationale.

Quels bénéfices notre pays en particulier et l’Afrique en général peuvent attendre de ces congrès?
Notre pays peut tirer les bénéfices à plusieurs niveaux :
1° Information sur les technologies des énergies renouvelables: nous vivons au siècle de la communication, le plus tôt, on est informé, plus est rapide la réaction.
2) La masse critique : il est intéressant de former la masse critique nécessaire à un décollage si nous voulons être pays émergent à l’horizon 2035.
3) Projets : la réussite des projets dans le domaine solaire demande des hommes compétents. Cette compétence s’obtient grâce à la conduite des projets. Il est important d’avoir plusieurs projets conduits par les camerounais
4) Expertise : Le Cameroun peut s’affirmer comme un réservoir d’experts au niveau local et régional voir international. L’Afrique sera développée par les africains pour les africains.
Il est important que les africains en général et les camerounais en particulier s’impliquent dans ce réseau africain pour l’énergie solaire (ANSOLE). Ceci est d’autant plus intéressant parce que c’est notre compatriote, en la personne du Dr. Daniel Egbe, qui a été élu comme coordonnateur du réseau africain pour l’énergie solaire pour les deux prochaines années. Les membres du réseau sont unanimes que l’avenir de l’Afrique est dans l’énergie solaire. Là où l’énergie solaire est maîtrisée, le développement suit. Il s’agit en fait de la révolution du solaire.

Le Pr. Kapseu explique l’énergie solaire à des élèves
Journalducameroun.com)/n

Pr. César Kapseu, vous venez de publier le Pr. Fon Abi, un ouvrage intitulé « Guide pratique du séchage industriel de Mujumdar : principes, équipements et nouveaux développements ». Cet Ouvrage est le 5e à votre actif, Qu’est-ce qui vous a motivé à publier cet ouvrage?

Les motivations sont de plusieurs ordres :
1) la recherche commence à la bibliothèque ; en effet, nos bibliothèques sont souvent pauvres en ouvrages, d’où la nécessité de publier afin de combler ce vide.
2) Le séchage est la plus ancienne opération unitaire pratiquée par l’homme. Cette opération présente plusieurs intérêts dont la baisse de l’activité de l’eau, la réduction des pertes post-récoltes et de la charge lors du transport. En effet, les produits séchés peuvent être conservés pendant longtemps et ainsi être consommés dans la période de non production et/ou dans d’autres zones agro écologiques.
3) La maîtrise de la consommation énergétique, en effet le séchage consomme 60 % de l’énergie dans les industries agro-alimentaires. La baisse de consommation énergétique passe par la diversification des sources d’énergie dont l’énergie solaire.
4) la coopération internationale a réussie à travers cet ouvrage, en effet, le Professeur Mujumdar est le « gourou » du séchage dans le monde. C’est un plaisir de travailler avec les experts de différentes nationalités. Ceci prouve que la science est universelle.

Quel est le public cible?
Cet ouvrage s’adresse aux étudiants en sciences de l’ingénieur, aux enseignants-chercheurs, aux professionnels et aux industriels en particulier et au grand public en général.

Votre mot de fin
Permettez-moi de remercier l’Agence Universitaire de la Francophonie (Bureau Afrique Centrale et des Grands Lacs), l’Université de Ngaoundéré et l’Institut de Linz pour le Matériel Solaire Organique (LIOS) pour le soutien apporté à ma participation au mini-symposium. Je profite de cette antenne pour faire un plaidoyer pour la lecture, il faut beaucoup lire.

Participants du mini-symposium d’ANSOLE le 4 février 2011 à Linz en Autriche : Prof. KAPSEU (1er à partir de la droite) et Dr. Egbe (4e à partir de la droite), coordonnateur
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