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Investissements: Le secteur tertiaire trop important au Cameroun

Un constat fait par l’institut national de la statistique lors du dernier recensement général des entreprises

Le commerce très développé par rapport à la transformation
A l’occasion de la rencontre entre le secteur public et le secteur privé, présidée par le ministre Motaze en charge de l’économie le 20 octobre dernier à Douala au siège du Groupement des patron camerounais (GICAM), le directeur de la statistique a rendu officiellement public, les résultats du dernier recensement général des entreprises du Cameroun. réalisé au cours de la période août-novembre 2009, on a appris qu’il a permis d’identifier et de localiser 93 969 entreprises et établissements en activité au Cameroun à cette période. Un chiffre en nette progression. Pourtant cette note positive est relativisée, parce que l’analyse des résultats obtenus confirme la forte représentation du secteur tertiaire (Commerce) avec 86,5%. Les principales conséquences de cette situation sont le foisonnement des activités commerciales et la faible revalorisation des ressources locales. Le secteur agricole moderne est peu représenté et peu développé, tandis que les industries manufacturières constituent l’essentiel du secteur secondaire, a fait savoir le directeur de la statistique. Une situation préoccupante, vu que ce chiffre représente seulement le nombre des entreprises répertoriées. Plusieurs autres existent dans le secteur informel et échappe de ce fait complètement au contrôle de l’Etat. Les chiffres du commerce avec l’extérieur le confirment. Pour l’année 2009, la balance commerciale du Cameroun c’est-à-dire la différence entre ce que le pays vend et ce qu’il achète est négative de près de 502 milliards de FCFA, un taux jamais atteint jusqu’ici. D’un autre côté, ce chiffre fait d’autant plus peur que l’analyse des données a relevé une importante diminution des importations de biens d’équipement et ou de production. Ce qui signifie que pour satisfaire une demande qui existe, le Cameroun ne fabrique pas, il achète directement à l’extérieur.

Un message compris par les patrons
Sur la base des autres chiffres de ce recensement, on note que les nationaux contrôlent essentiellement les très petites et petites entreprises, le capital des grandes entreprises étant surtout entre les mains des étrangers en majorité originaires d’Europe occidentale. Une situation qui malheureusement contribue à renforcer la situation d’économie de comptoir. Surtout que ces entreprises modernes et majoritairement à capitaux étrangers offrent moins de 400 000 emplois permanents auxquels s’ajoutent les 196 056 agents publics, total des emplois permanents. Cette incapacité du secteur moderne à fournir des emplois, a favorisé l’extraordinaire expansion du secteur informel qui constitue aujourd’hui plus qu’un refuge, une solution pour de nombreux jeunes en quête d’un emploi stable et bien rémunéré. Les femmes représentent moins du tiers des effectifs employés et ne dirigent qu’une entreprise sur quatre. Les entraves au développement des affaires restent importantes. Lors des échanges, les opérateurs économiques qui ont très bien saisi le message ont présenté leurs visions. Ils déplorent notamment, par ordre d’importance, les pratiques fiscales décourageantes, la corruption, les difficultés d’accès au crédit, les lenteurs des procédures administratives et la concurrence déloyale non fortement réprimée. Un ensemble de réalité que le ministre Motaze de l’économie a reconnu. Mais il faut comprendre que c’est difficile dans le gouvernement, qui est conscient de tous ces problèmes. Nous sommes obligés de faire à chaque fois des arbitrages a plaidé le ministre. L’analyse des échanges permet néanmoins de comprendre que l’abandon de la planification par le Cameroun vers le début des années 1980 a été une erreur. C’est à partir de ce moment que se situent toutes les tendances à la baisse de la production camerounaise. Les crises économiques successives ont leur part de causes dans la situation actuelle.

Le secteur tertiaire vaut 86 pour cent au Cameroun

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La communication continue de faire défaut
L’Etat le premier a montré la voie, en consommant énormément des produits et des services importés. Une situation elle-même guidée par la relation privilégiée avec la majorité des partenaires économiques du Cameroun. Aujourd’hui, le gouvernement tente de sauver les meubles, mais naturellement cela reste difficile. D’un autre côté le ministère de l’économie soutient l’idée plus de croissance = plus d’emplois et par conséquent moins de pauvreté. Mais cela n’est pas aussi évident. Contrairement à ce qu’on peut imaginer, le niveau de croissance actuelle de l’économie camerounaise peut être qualifié de très bien. La forte présence du secteur tertiare, le très grand écart entre les importations et les exportations, et le maintien élevé des prix sont aussi des indicateurs d’un marché qui a des moyens et veut consommer. Peu importe si certaines personnes achètent pour revendre dans des pays voisins. Le fait est que les commerçants camerounais ont un marché, mais ce qui manque ce sont les produits. C’est pour cette raison que des experts pensent qu’une croissance à la hausse n’est pas une solution pour le Cameroun. Il serait à leurs yeux préférable de consolider le niveau de croissance actuel en équilibrant les besoins à la production. Ce qui normalement est du ressort de l’Etat. Des possibilités a-t-on appris existent. De nombreuses mesures d’accompagnement sont prévues dans les ministères et auprès des partenaires au développement comme l’Agence Française de Développement (AFD) et la société financière internationale (SFI), mais elles sont inconnues ou mal connues du monde des affaires et du grand public en général. Les experts pensent aussi que le système camerounais de formation et d’emploi devrait faire l’objet de réformes. On doit pouvoir partir d’une formation massive de cadres, vers une formation massive d’ouvriers et de techniciens. Une mesure que le gouvernement semble négliger. Enfin il est important de réduire les écarts de revenus entre les cadres et les exécutants. Cela pourrait inciter de nombreux jeunes à suivre des formations de compétence directe, plutôt que de pousser vers de longues études.

Directeur de l’institut national de statistiques pendant l’exposé

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