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Irak: les forces de sécurité délogent des manifestants antigouvernementaux

Les forces de sécurité irakiennes ont délogé samedi des manifestants hostiles au pouvoir qui occupaient des rues et places de Bagdad et d’autres villes du sud du pays, ont rapporté des correspondants de l’AFP.

Le puissant leader chiite Moqtada Sadr avait annoncé la veille qu’il ne soutenait plus les manifestants, faisant craindre à certains que cela n’affaiblisse leur mouvement lancé le 1er octobre pour réclamer de profondes réformes.

Samedi matin à Bagdad, les forces de sécurité ont dispersé plusieurs sit-ins. Au moins 19 manifestants ont été blessés, selon une source médicale.

Un journaliste de l’AFP a vu des membres des forces de sécurité munis de matraques poursuivre de jeunes manifestants. Un médecin a indiqué avoir vu la police anti-émeute incendier des tentes abritant des cliniques de fortune pour soigner les protestataires blessés.

Le commandement militaire de la capitale a annoncé avoir repris le contrôle du pont al-Ahrar, qui enjambe le Tigre et relie l’est de Bagdad aux quartiers de l’ouest, où se trouve la Zone verte ultrasécurisée, abritant les sièges des institutions et l’ambassade américaine.

Il a également dispersé les protestataires de la place Tayaran, dans le centre de la capitale, et d’une autoroute.

Samedi après-midi, quelques heurts se sont produits dans le centre de Bagdad, mais les forces de sécurité ne sont pas entrées dans le principal sit-in sur la place Tahrir, coeur de la contestation.

De jeunes hommes se sont déployés autour de la place, portant des boucliers noirs métalliques, sur lesquels ils avaient inscrit: « Brigade de protection de Tahrir ».

– Sadr retire son soutien –

Des manifestants ont démonté leurs tentes installées sur Tahrir depuis des mois, a constaté un photographe de l’AFP. Nombre d’entre eux étaient venus du quartier de Sadr City, le bastion à Bagdad de Moqtada Sadr.

Les manifestants antigouvernementaux, éclipsés ces dernières semaines par la montée des tensions entre Washington et Téhéran, craignent que le retrait du soutien de Moqtada Sadr, puissant homme politique, n’affaiblisse leur mouvement qui réclame des élections anticipées, un Premier ministre indépendant et la fin de la corruption et du clientélisme.

Un protestataire a accusé le leader chiite de laisser la voie ouverte à une répression de la contestation.

« Quand tes partisans ont commencé à partir, la police anti-émeute est arrivée à 03H00 du matin et a pris le contrôle du pont al-Ahrar. Pourquoi? », a-t-il lancé.

Le leader chiite, qui dirige le plus gros bloc au Parlement et contrôle plusieurs ministères occupés par ses alliés, a soutenu la contestation à ses débuts.

Mais vendredi, il a annoncé sur Twitter qu’il ne s’impliquerait plus dans le mouvement, après un rassemblement à Bagdad de milliers de ses partisans réclamant le départ des 5.200 soldats américains stationnées en Irak.

Le sentiment antiaméricain en Irak s’est ravivé depuis le tir de drone mené par les Etats-Unis qui a tué le 3 janvier à Bagdad le général iranien Qassem Soleimani, émissaire de Téhéran en Irak, et Abou Mehdi al-Mouhandis, son lieutenant irakien.

Samedi, des sits-ins ont également été démantelés à travers le sud du pays.

Dans la ville portuaire de Bassora, les forces de sécurité ont dispersé dans la nuit de vendredi à samedi des manifestants installés dans un campement. Leurs tentes ont été brûlées avant que des employés municipaux nettoient la place, selon un journaliste de l’AFP.

Dans les villes de Hilla, Diwaniya, Kut et Amara, des correspondants de l’AFP ont vu des manifestants démonter leurs tentes.

Ce mouvement inédit car spontané a été émaillé de violences qui ont fait au moins 470 morts, en grande majorité des manifestants depuis le 1er octobre, et a été marqué par une campagne d’intimidation, d’assassinats et de rapts de militants.



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