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Iran: des dizaines d’arrestations lors de manifestations contre le prix de l’essence

Quarante personnes ont été arrêtées à Yazd dans le centre de l’Iran au cours de manifestations déclenchées dans plusieurs villes par l’annonce d’une hausse du prix de l’essence, à laquelle le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a apporté son soutien dimanche.

L’annonce de ces arrestations par l’agence de presse Isna intervient au lendemain de celle de la mort d’une personne à Sirjan (sud) lors de manifestations dans lesquelles plusieurs autres ont été blessées.

« Hier, la nuit dernière et la nuit précédente, des problèmes ont été causés dans plusieurs villes du pays, certains ont perdu la vie et des infrastructures ont été endommagées », a déclaré l’ayatollah Khamenei, sans donner plus de détails sur le nombre des victimes.

« Je ne suis pas un expert et il existe des opinions différentes, mais si les chefs des trois branches du pouvoir (exécutif, législatif, judiciaire, ndlr) prennent une décision, je la soutiens », a ajouté M. Khamenei, cité par la télévision d’Etat.

La hausse des prix de l’essence a été décidée vendredi par le Haut conseil de coordination économique composé du président du pays, du président du Parlement et du chef de l’autorité judiciaire.

Après le discours du guide suprême, le Parlement a annulé une motion qui visait à faire marche arrière, selon Isna.

« Certaines personnes seront assurément contrariées par cette décision (…) mais endommager et mettre le feu (à des biens) n’est pas (une réaction) de personne normale mais de hooligan », a déclaré M. Khamenei.

Dans plusieurs villes, des conducteurs ont bloqué des routes et certains manifestants ont endommagé des infrastructures publiques, des stations-service et parfois tenté de mettre le feu à des dépôts d’essence.

– Avis d’experts –

Le prix de l’essence doit augmenter de 50% pour les 60 premiers litres achetés chaque mois, et de 300% pour les litres suivants.

Le guide suprême a observé que, depuis deux jours, certaines entités opposées au pouvoir actuel « se réjouissent ».

Une référence à la dynastie Pahlavi, chassée du pouvoir en 1979 par la Révolution islamique, mais aussi au groupe d’opposition iranien, les Moudjahidines du peuple (MEK), que l’Iran considère comme une organisation « terroriste ».

« Ce que je demande, c’est que personne n’aide ces criminels », a encore dit l’ayatollah Khamenei.

Les manifestations ont été particulièrement importantes à Sirjan (sud), dont le gouverneur par intérim Mohammad Mahmoudabadi, a annoncé samedi qu’un civil avait été tué, sans préciser les causes de sa mort.

Le même jour à Téhéran, certains manifestants ont bloqué une route tandis qu’ailleurs dans la capitale, d’autres étaient rassemblés autour d’une voiture en flammes. Des scènes similaires se sont déroulées à Chiraz et d’Ispahan (centre).

Le porte-parole de la police, Ahmad Nourian, a prévenu que les forces de sécurité « n’hésiteraient pas à faire face à ceux qui perturbent la paix et la sécurité, identifieraient les meneurs et les forces sur le terrain et les affronteraient ».

– ‘Mercenaires’ –

Il a appelé la population à dénoncer « les opportunistes et les mercenaires » et à aider la police à maintenir la paix, selon des propos rapportés par Isna.

Le ministère des Renseignements a indiqué avoir « identifié les principaux éléments » derrières les « émeutes des deux derniers jours », selon Isna.

Les personnes arrêtées à Yazd étaient des « perturbateurs », a indiqué pour sa part le procureur de la province où se situe la ville, Mohammad Hadadzadeh, ajoutant que la plupart d’entre eux n’étaient pas de la ville. L’agence Isna n’a pas précisé si ces arrestations s’étaient déroulées samedi ou dimanche.

Les autorités iraniennes ont par ailleurs drastiquement réduit l’accès à internet depuis le début des manifestations, a observé dimanche Isna.

« L’accès à l’internet a été limité depuis hier soir et pour les prochaines 24 heures », a indiqué une source du ministère de l’Information et des télécommunications cité par l’agence.

L’AFP a également que l’accès au réseau était quasiment-impossible.

Déjà samedi soir, Netblocks, une ONG qui surveille la liberté d’accès à internet, avait relevé sur Twitter que les communications étaient presque entièrement interrompues dans le pays.

L’Iran fait face à une crise économique aggravée depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis en 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, assorti du retour de lourdes sanctions qui privent le pays des retombées économiques qu’il espérait de ce pacte.

Le rial a chuté, l’inflation a dépassé 40% et le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une baisse du PIB de 9,5% cette année avant une stagnation l’an prochain.



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