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Jacques Fame Ndongo parle de civilisation africaine

Le Professeur camerounais vient de publier un nouvel ouvrage chez l’Harmattan, ouvrant la discussion sur un ensemble de signes érigeant l’Afrique en civilisation, tout en étudiant son évolution

Narcissisme ou conviction à peine voilée? «Essai sur la sémiotique d’une civilisation en mutation. Le génie africain est de retour». Le Pr. Jacques Fame Ndongo, dès l’introduction générale de son nouvel ouvrage publié chez L’Harmattan, reconnait volontiers la présomption de son titre, car pour la conscience populaire, il est difficile de concéder à l’Afrique un certain génie, du moins une forme de génie susceptible de tutoyer, au pire de surpasser l’intelligence occidentale. D’entrée de jeu, un défi colossal se dresse face à l’auteur: parler de civilisation africaine. Car la notion de civilisation au sens rigide du terme est assez ambiguë. Le Pr. Fame Ndongo, par ailleurs ministre de l’Enseignement supérieur, le souligne lui-même, les signes «civilisationnels» sont multiples sur le continent.

Qu’il s’agisse de la langue, de la végétation, du climat, de l’histoire, etc., chaque peuple d’Afrique a sa spécificité. Seulement, quelques lignes plus loin, l’auteur brise cette barrière, en précisant que si les civilisations brillent par leurs différences, elles se rejoignent par leurs ressemblances. Un exemple s’impose pour plus de clarté. Il cite Cheikh Anta Diop, qui dans son ouvrage: «L’unité culturelle de l’Afrique noire» (1959), évoque des similitudes syntaxiques entre l’ancien Egyptien et le Wolof («J’ai saisi», se dit «KEF i» en Egyptien classique et «KEF na» en Wolof). Ce lien par la langue, raisonnement parmi tant d’autres arguments sémiotiques relevés par l’auteur dans son essai, prouve que s’il existe des codes propres à l’Egypte, il n’empêche que sa culture trouve des points communs avec le reste de l’Afrique. Il n’est donc point risible de parler de civilisation africaine.

Pour aligner le lecteur sur le fil de sa pensée et l’y conserver, le Pr. Fame Ndongo dans la majorité des 274 pages de l’essai, se sert de schémas, de tableaux didactiques. Il fait également appel à nombre d’érudits issus du continent, mais aussi à des intellectuels occidentaux, suffisamment honnêtes pour concéder à l’Afrique les concepts de civilisation et de génie. La plupart d’entre eux sont unanimes: l’Afrique se réveille. Une renaissance donc. L’idée d’un réveil induit une probable latence dans son évolution. Pour visualiser cette mutation causée par des phénomènes comme la mondialisation ou la modernité, l’auteur se réfère à d’antiques civilisations africaines à la puissance guerrière et intellectuelle reconnue. A l’instar de l’Egypte bien sûr avec ses mathématiciens, ses médecins, ses philosophes, ses pyramides, mais aussi de l’empire Songhaï (qui atteint son apogée dans les années 1500) avec sa célèbre université de Tombouctou ou de l’empire du Ghana forte de son ascension au 14e siècle. Toute notoriété endormie durant une longue période que le Pr. Fame Ndongo qualifie de «siècles obscurs».

Cette fin de cycle contraste avec la progression fulgurante des sociétés occidentales, qui éclipsent l’Afrique. Pour l’heure, l’auteur note un sursaut. Aujourd’hui, les Africains sont appelés à jouer un rôle phare sur les plans scientifique, technologique et numérique. Dès la première de couverture, l’auteur étale son propos. Le savant égyptien Imhotep, inventeur et architecte, aux côtés d’une photo du cardiopad, cet appareil créé par le jeune Camerounais Arthur Zang. Deux époques: le troisième millénaire avant Jésus-Christ pour le premier et les toutes récentes années 2000 pour l’autre, mais un seul liant: l’esprit et la capacité de création. Ce qui épouse bien cet extrait de définition: «Le génie transcende les temps et les lieux». Pour balayer tout doute, l’auteur conclut son essai avec une liste d’Africains ayant excellé dans le domaine des sciences exactes et fondamentales. Comme pour dire que le génie africain a fait mieux que traverser les âges, il a survécu, évolué et continue d’évoluer.

Jacques Fame Ndongo.
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