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Jean-Pierre Bekolo: « Montebourg, Fabius, le Commerce extérieur et l’Afrique »

Le fait que deux ministres se discutent le portefeuille du Commerce extérieur, devrait-il inquiéter les Africains?

Le fait que deux ministres se discutent le portefeuille du Commerce extérieur, devrait-il inquiéter les Africains? Nous avons pu voir Laurent Fabius à l’ uvre depuis que Hollande est au pouvoir, le commerce extérieur avec l’Afrique sous Fabius est resté sans grand bouleversement; dans la ligne du pacte colonial. Sous Fabius, la France a compris qu’elle pouvait, comme les Américains, profiter de l’économie de la guerre et ainsi couper l’herbe sous les pieds des Chinois en l’ajoutant aux relations d’échanges traditionnels avec l’Afrique.

Personne ne veut croire qu’avec la situation actuelle de l’économie française qui cherche désespérément de l’argent pour financer la santé, le chômage, les retraites etc. qu’elle en trouve pour faire la guerre au Mali et en Centrafrique! Difficile de ne pas croire que ces guerres ne boostent pas d’une manière ou d’une autre le commerce des ressources naturelles par exemple au profit d’une France qui pour ne pas faire les choses à moitié, selon Snowden, aurait mis tous les dirigeants africains sur écoute grâce à Orange.

Si la guerre est ce qu’on pourrait retenir des projets initiés par Fabius pour l’Afrique depuis deux ans, y a-t-il lieu d’attendre mieux de Montebourg? Un plus d’imagination peut-être. Ou bien Montebourg, l’homme du redressement productif se laisserait empêtrer dans l’idéologie belliciste du « nous », les gentils, contre « eux » les méchants ? Pourrait-il, au-delà de ses efforts louables pour défendre le « travail » contre le « capital », se retrouver plutôt à faire le lit de la xénophobie et donc du Front national?

Une France économiquement aux abois reste inquiétante pour l’Afrique car elle serait tentée d’aller chercher un second souffle chez les plus faibles et en particulier en Afrique où elle dispose de puissants leviers économiques hérités de la colonisation pour profiter de ses anciennes colonies ayant, pour la plus part d’entre eux, des dirigeants qui doivent plus à la France qu’à leur peuple. Comment imaginer que des socialistes inscrits dans une politique d’accompagnement du capitalisme s’en priveraient? L’Afrique aurait de bonnes raisons de craindre la France qui est une sérieuse menace pour l’Afrique, car elle est, comme le démontre le rapport Védrine, en manque d’imagination pour réinventer ces relations injustes et honteuses qui datent de l’époque coloniale.

Au-delà d’une guerre de portefeuille et de positionnement politique individuel, le commerce extérieur français en général a besoin d’idées et de projets novateurs. Nous parlons bien de commerce, donc de création de la richesse, ce que la droite jusqu’ici a reproché, à raison, aux socialistes d’en être incapables. Le commerce extérieur avec l’Afrique ne devrait pas être ce bastion de la Françafrique où on se contente d’une rente immorale parce qu’on est incapable de créer de l’enthousiasme comme savent si bien le faire les Américains avec des entreprises qui sont devenues les premières mondiales en nous offrant de la gratuité!

Comment sortir des basses man uvres en Afrique et uvrer pour un co-développement comme l’a imaginé Ségolène Royal sans que quelqu’un trompe l’autre? Où sont les Google, les Facebook, les Twitter du redressement productif de Montebourg auxquelles nous seront tous « addicted ». avec notre consentement? Que font les socialistes au pouvoir de toute cette énergie positive et créative de l’économie durable, du commerce équitable et de l’altermondialisation? On aurait vu en Arnaud de Montebourg un leader visionnaire de gauche qui cristalliserait dans le commerce extérieur le « travailleur de tous les pays unissez-vous » d’autrefois en nouvel idéal de commerce mondial, et ainsi pousser le PS au pouvoir à ne plus se contenter d’être un parti d’accompagnement du capitalisme.

Pourquoi se contentent-ils d’une vision du monde où les rapports et les échanges entre les hommes ne sont régis que par le seul profit? Que font les socialistes de ce dynamique mouvement associatif en France qui travaille tous les jours pour redonner de la dignité au chômeur, au malade, au retraité? Au-delà de la consommation, du pouvoir d’achat, n’est-ce pas ce rêve d’inventer une manière de vivre et de vivre ensemble sur cette planète dont il est question? Pourquoi la France qui ouvre un Musée du Louvre à Abu Dhabi n’a jamais imaginé ouvrir une Sorbonne à Dakar? Le redressement productif devrait avant tout être un redressement de la manière dont la France voit l’Afrique et son évolution économique dans les années qui viennent.

A l’heure où les Chinois font des miracles en Afrique avec très peu de moyens, il devient évident pour les Africains que l’élite française, aveuglée par la prétendue suprématie de la France, n’a jamais cru en leur développement; les accords de libre échanges APE que leur propose l’Union Européenne (rejetés par de nombreux pays africains comme le Nigeria) n’est qu’une tentative de la dernière chance pour perpétuer un pacte colonial aujourd’hui obsolète.

Jean-Pierre Bekolo
Nicolas Eyidi)/n



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