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Jean-Pierre Farandou, ingénieur cheminot au défi de la SNCF

Ingénieur des Mines, mais « pas un formaté traditionnel »: Jean-Pierre Farandou a été choisi mercredi pour devenir patron de la SNCF, une entreprise qu’il a l’avantage de connaître sur le bout des doigts et où il semble jouir d’un a priori plutôt favorable.

« On ne peut pas reprocher à quelqu’un, si on lui confie une mission dans une structure donnée, de la connaître à fond! » Philippe Dorthe, conseiller général PS de Bordeaux, est catégorique: son ami d’enfance Jean-Pierre Farandou « connaît tous les rouages, tous les détails », et « peut tout à fait être un grand président de la SNCF ».

Le défi est de taille pour ce natif du Sud-Ouest, âgé de 62 ans, qui a gardé une pointe d’accent. Faire fonctionner une SNCF qui doit devenir en janvier 2020 une société anonyme à capitaux publics, travailler en bonne intelligence avec les syndicats, ou encore poursuivre la rénovation du réseau tout en réussissant à faire d’importantes économies…

« Ce n’est pas un formaté traditionnel », assure Philippe Dorthe. « Les politiques doivent faire attention à tous ces gens qui sortent de grands corps et ont eu des carrières transverses, où on connaît un peu tout, mais jamais à fond. Lui connaît l’histoire de la SNCF, et c’est quelque chose qui compte pour pouvoir l’emmener plus loin. »

– « La discussion peut avoir lieu » –

C’est pleinement conscient des chantiers à mener que Jean-Pierre Farandou, allure sportive et sourcils épais, arrive à la tête du groupe public, après avoir longtemps nié tout intérêt pour le poste.

PDG de l’opérateur Keolis –filiale transports en commun de la SNCF– depuis 2012, il a rejoint la SNCF en… 1981, après un début de carrière au sein de la compagnie minière américaine AMAX à Denver (Colorado, ouest).

Il a connu une trajectoire ascendante, via notamment le lancement du TGV Paris-Lille en 1993, la direction générale de Thalys International à Bruxelles (1993-1998), la directeur des Cadres RH (1998-2000), avant trois ans à la tête de l’imposante région SNCF Rhône-Alpes.

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF, l’a pratiqué à cette occasion en tant qu’élu du CE. « Nous nous sommes beaucoup opposés sur les mesures des premiers plans fret en 2003-2004. Mais il me donne l’impression de savoir qu’il faut trouver un équilibre entre objectifs financiers, attentes des usagers et traitement des salariés, ces trois facettes étant interdépendantes. Donc la discussion peut avoir lieu. »

A Keolis depuis fin 2004, M. Farandou expliquait en avril dernier à l’AFP que « la situation de la boîte est saine », la décrivant comme « le leader français du transport urbain ».

– « Système Pepy » –

Il a aussi trouvé le temps d’être nommé à deux reprises à la tête de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), qui représente les entreprises de la branche, de juin 2015 à juin 2017 et depuis juin 2019; et de présider, pendant deux ans (2014-2016), le conseil d’administration de l’Orchestre national d’Ile-de-France. Pas si surprenant de la part d’un amateur de musique classique.

Philippe Dorthe, fils comme lui d’une institutrice de l’école Charles-Martin (dans le quartier Bacalan, à Bordeaux), loue quelqu’un « avec beaucoup d’empathie pour les gens », qu’il catégoriserait comme « un radical à inclination sociale ».

De quoi rassurer les syndicats? « Tout cela dépend tout de même beaucoup du mandat et des marges de manœuvre donnés par le gouvernement », nuance Laurent Brun.

« C’est quelqu’un du sérail, c’est le système Pepy », avertit aussi Fabien Dumas, secrétaire fédéral de SUD-Rail, troisième syndicat de la SNCF.

« Continuer dans le sens du président actuel n’a rien de rassurant quand on connaît la situation sociale des cheminots, leurs angoisses et la politique managériale qui fait de plus en plus souffrir », abonde Eric Santinelli, lui aussi secrétaire fédéral de SUD-Rail.

Un écueil dans le parcours de Jean-Pierre Farandou: en mars 2016, le gendarme du rail (Arafer) avait retoqué sa candidature à la présidence de SNCF Réseau, invoquant « un doute légitime sur l’indépendance de la personne concernée » du fait de son parcours à la SNCF.

C’est finalement Patrick Jeantet, alors directeur général délégué du Groupe Aéroports de Paris (ADP), qui lui avait été préféré. Petite revanche: M. Jeantet, 59 ans, était lui aussi candidat à la succession de Guillaume Pepy…



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