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José Da Silva : « On cherche de la bonne musique »

Jose Da Sylva © Journalducameroun
Le prĂ©sident du label Sony Afrique de l’Ouest, aussi connu pour avoir produit et rĂ©vĂ©lĂ© la chanteuse capverdienne Cesaria Evora, parle des ambitions de la maison de production qu’il gĂšre, des conditions des artistes africains et suggĂšre des pistes pour que la musique africaine prenne davantage d’envergure. Le Cameroun ? Bien sĂ»r qu’il connaĂźt. D’ailleurs, il est fan de ndolù
Journal du Cameroun l’a rencontrĂ© Ă  Rabat, dans le cadre de Visa for music 2017.
Quelles sont vos prĂ©rogatives en tant que prĂ©sident Afrique de l’Ouest du label Sony ?
Nous sommes venus nous installer Ă  Abidjan en CĂŽte d’ivoire avec l’intention bien claire de signer des artistes du continent, surtout de l’Afrique francophone, dĂ©velopper un catalogue africain pour Sony et aussi de promouvoir des artistes de Sony sur le continent. Tout cela, en intĂ©grant de la rĂ©sidence, en prenant un lieu assez grand pour faire de la rĂ©sidence, un studio d’enregistrement qui se construit-lĂ , justement avec l’intention de donner plus de temps aux artistes, de former un peu plus les artistes, parce que, par rapport Ă  l’Afrique anglophone, on sent qu’il y a un retard et ce n’est pas un manque de talent, mais un manque d’organisation et de comprĂ©hension du mĂ©tier.
Avez-vous déjà ciblé quelques artistes avec lesquels travailler ?
Nous avons mĂȘme dĂ©jĂ  signĂ© des artistes. Nous avons signĂ© une artiste du Burkina Faso qui s’appelle Hawa Boussim. Nous avons signĂ© trois artistes ivoiriens : RĂ©volution, tour 2 garde et LĂ©a Kissi. Et nous venons de signer une sĂ©nĂ©galaise, Moona. Et nous sommes en nĂ©gociation avec des artistes aussi bien du Cameroun que du SĂ©nĂ©gal, du Congo
C’est assez ouvert. En tout cas, on veut signer. Nous voulons signer de la qualitĂ© et du talent.
Quels types de talents recherche Sony ?
On cherche vraiment de la bonne musique, du talent. On n’est pas vraiment fixĂ© sur un genre. AprĂšs, que ce soit dans la musique traditionnelle ou dans la musique urbaine, ou que ça soit dans le jazz ou le tradi-moderne, on est ouvert Ă  tout. C’est juste qu’il y ait de belles chansons et du talent. A partir de lĂ , on travaillera. Toute ma vie j’ai fait du dĂ©veloppement de carriĂšre. Je n’ai pas peur de trouver un artiste dĂ©butant qui a du talent et de faire du dĂ©veloppement.
Certains artistes craignent de devoir modifier leur identité artistique en approchant les majors comme Sony. Est-ce vrai ou est-ce un faux procÚs ?
C’est un prĂ©jugĂ© parce qu’aujourd’hui, plus que jamais, l’artiste et sa maison de disque forment une Ă©quipe. Ils travaillent ensemble. On pense ensemble, on travaille ensemble, tout est fait ensemble. Aujourd’hui, on ne peut pas se permettre de faire des choses sans l’artiste, parce que le public veut avoir l’artiste d’abord et veut de moins en moins parler aux professionnels et Ă  la maison de disque. Et donc, pour avoir des rĂ©sultats avec l’artiste et pour que l’artiste se sente bien, il faut qu’on travaille ensemble. C’est fini cette histoire de penser que la maison de disque donne des directions. Dans le temps, il y avait des modes, on emmenait les gens vers ci ou vers ça. Aujourd’hui, on ne fait rien que l’artiste n’a pas envie de faire, parce qu’aprĂšs, ça ne marchera que si l’artiste le dĂ©fend. Si l’artiste n’aime pas ce qu’il fait, comment va-t-il le dĂ©fendre ? On est obligĂ© de faire ce que l’artiste aime, pour qu’il soit le meilleur vendeur de ce qu’on veut faire. Aujourd’hui, le rĂŽle des majors, c’est d’encadrer le talent. Aujourd’hui la major est un accompagnateur de luxe qui, justement, va t’emmener une force commerciale, va t’emmener des connaissances multimĂ©dias, de la technologie, mais ce n’est pas lui qui imposera des orientations Ă  l’artiste.
On fait le reproche Ă  la musique africaine, aujourd’hui, de ne plus ĂȘtre assez vendable. Partagez-vous cette position?
Quelque part oui et non aussi je dirais. La musique africaine est trĂšs vendable parce qu’elle est trĂšs riche. Elle a tout ce qu’il faut pour ĂȘtre vendable. Mais parfois, c’est la façon dont on la prĂ©sente qui ne va pas. Souvent, nos artistes sont dans une course contre la montre qu’on ne comprend pas. Aujourd’hui, ils veulent juste apparaĂźtre. Ils ne s’occupent plus de savoir si derriĂšre une chanson, il doit y avoir une carriĂšre. Ils courent dans les studios, ils sortent des studios, ils courent mettre leurs titres sur les plateformes, Facebook et cie, alors que parfois ce n’est pas prĂȘt. Ils oublient que le mĂ©tier n’a pas changĂ©, parce que dans le temps, on prĂ©parait un disque six mois, on prĂ©parait la pochette, le clip, toute la communication. Et quand tout ça Ă©tait prĂȘt, on sortait le disque. En fait, il y a un problĂšme de process. Les  artistes ont complĂštement chamboulĂ© tous les process. Ils se disent, « on sait tout faire aujourd’hui, alors on va faire ». DĂšs qu’il y a le copain du quartier qui a postĂ© un clip sur Facebook, on va faire pareil. Cette course fait qu’on perd de la qualitĂ©, parce qu’on travaille trop vite.

La faute au numérique ?
C’est clair, il y a des facilitĂ©s avec le numĂ©rique. Mais, ce n’est pas de sa faute. La faute Ă  l’ĂȘtre humain, qui utilise mal les technologies qui sont extraordinaires. Celles-ci devraient aider les artistes plus qu’ils ne le pensent. Seulement, ils ne l’utilisent pas dans le bon sens.
Que faudrait-il pour que la musique africaine, produite par des africains, prenne davantage d’envergure Ă  l’échelle mondiale ?
La professionnalisation. Il faut juste que nos artistes comprennent qu’il y a un process et qu’il faut le respecter. Il faut faire des maquettes, Ă©couter ses chansons plusieurs fois pour Ă©laguer justement les choses qui sont en trop. Aujourd’hui, on a des artistes, camerounais ou ivoiriens, qui, dans une chanson, en font cinq. Dans une chanson, ils mettent cinq mĂ©lodies diffĂ©rentes. Quand on sait que dans le mĂ©tier, c’est une mĂ©lodie qui tient la chanson
L’aficionado, il aime cette mĂ©lodie, il est calquĂ© lĂ -dessus donc quand tu lui en donnes cinq d’un coup, il est paumĂ©. Donc, il ne se fidĂ©lise Ă  rien. Mais toi, en tant que musicien, tu es trĂšs heureux de dire que tu as fait une chanson riche. Donc il y a une course entre musiciens de faire le plus compliquĂ© possible, alors que ce n’est pas ça. Le public aime la simplicitĂ©, il veut juste prendre du plaisir et parfois son plaisir est sur un truc trĂšs simple.
Vous connaissez bien le Cameroun pour y avoir séjourné plusieurs fois. Quel est votre plat camerounais préféré ?
Je suis un fan du NdolĂš.
Une petite anecdote sur le Cameroun ?
Pas d’anecdote vraiment, mais du plaisir. J’ai adorĂ© un sĂ©jour Ă  Kribi. J’y ai mangĂ© du poisson grillĂ© sur le dĂ©barcadĂšre, avec les dames qui font griller le poisson pendant que buvez un pot. C’est formidable.
Quels sont vos artistes camerounais préférés ?
 J’aime beaucoup les anciens. Moi je suis plutît Manu Dibango, Sam Fan Thomas. J’aime quelques jeunes  artistes aussi comme Lady Ponce. Je n’oublie pas mon pote Richard Bona.

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