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Joseph Francis Sumegne ou l’art de la nouvelle liberté

Mal compris chez lui mais magnifié à l’étranger, ce plasticien recherche encore la reconnaissance de ses compatriotes…

Offrir une nouvelle dimension de l’art
Joseph Francis Sumegne est né le 30 juillet 1951 à Bamenjou, au Cameroun, il vit et travaille à Yaoundé, la capitale politique de son pays. Il arrive dans la sculpture, après avoir touché à presque tous les genres des arts plastiques. Il aura transformé le bronze, le cuivre, pratiqué la fabrication des poteries en passant aussi par la fabrication de petits paniers. Après avoir fait tout ça, je me suis dit que je n’avais plus rien à proposer, alors j’ai choisi de réunir toutes ces connaissances en vue d’en faire un langage, que j’ai appelé le Jalaa, indique Joseph Francis Sumegne. A ces yeux le Jalaa est la pensée suprême de son art. Une vision futuriste qu’aucun sculpteur parmi les plus prestigieux n’avait pensé à offrir, une quatrième dimension de la sculpture en quelque sorte. Artiste plasticien (peintre et sculpteur) depuis 1976, il est surtout autodidacte, sa première exposition, il l’effectue en 1976, au centre culturel américain. Il a par la suite exposé dans plusieurs pays dont le Japon pour la triennale d’Osaka en 1998 et aux Pays-Bas pour la triennale d’Arnhem en 2008. En 2004, il a participé à la biennale de Dakar, dans une exposition individuelle de la sélection officielle, où il a présenté Les neufs notables pour la première fois à un public international. Concrétisant ses désirs, ses peines, ses passions, ses indignations ainsi que ses rêves grâce à ses sculptures, Joseph Francis Sumegne invente la technique du Jalaa pour manifester et magnifier le dépassement de soi.

Se permettre de nouvelles libertés
Mais le Jalaa est aussi l’expression de la nouvelle liberté, une vision dont l’apothéose est une statue, offerte à la ville de Douala, la capitale économique camerounaise. Lorsque j’ai réalisé cette statue, je recherchais la polémique; la vérité c’est que je suis dérangé de voir que dans mon propre pays, les gens ne reconnaissent pas mes efforts; alors je demande la parole, mais on me la refuse. Je dis aux jeunes, il faut vous réinventer, mais je me suis débarrassé de toutes les entraves. Jusqu’ici, on sculptait en créant le relief sur le volume; moi je sculpte en créant du volume sur le volume, tout en espérant retrouver dans ce grand vide, ma nationalité, ma particularité camerounaise dans un contexte d’universalité. L’artiste ne se fait aucun souci de ce que les gens pensent de lui, il vit dans sa dimension et invite à la recherche de la paix intérieur. Cette paix il pense ne pouvoir la trouver que si on lui donne l’occasion de repenser l’art au Cameroun. En attendant, il s’est créé son credo, et revendique fort la nouvelle liberté. Accueilli en résidence de création à Douala par Dou l’Art pendant trois ans, de 93 à 96, Joseph Francis Sumegne a réalisé La Nouvelle Liberté, une sculpture monumentale de 12 mètres de hauteur. Pour de nombreux jeunes, l’ouvrage symbolise le ndjoundou, en argot camerounais, cela signifie le monstre. Il a été invité à créer des uvres en extérieur, au Gabon, en France et en Allemagne. Sa dernière réalisation urbaine est Le monument pour la Paix, érigée pour la biennale d’art contemporain de Bangui, en République Centrafricaine.

Joseph Francis Sumegne

Doualart.org)/n

La reconnaissance nationale toujours attendue
Joseph Francis Sumegne n’en donne a priori pas l’impression, mais il compte parmi les artistes camerounais les plus reconnus sur la scène internationale. Son travail est caractérisé par une fusion de différentes disciplines des arts plastiques et des arts appliqués. Ses uvres sont par ailleurs marquées par les influences de la sculpture traditionnelle de sa région d’origine. Sa plus grosse crainte? Mourir sans laisser aux jeunes générations, un repère, un guide. Je reprends ici les propos du président Biya: Avant de demander ce que le Cameroun a fait pour vous, vous devez vous demander ce que vous avez offert au Cameroun. Moi je veux tout offrir au Cameroun, mais personne ne veut de mon offre, alors je revendiquerai jusqu’au bout fait-il savoir. Son plus grand moment fut selon lui un moment de test, lors de l’inauguration de l’ambassade américaine à Yaoundé, où il est présenté au président Paul Biya du Cameroun. J’étais en excitation, et j’attendais enfin qu’on me donne cette parole, mais j’ai juste eu droit à des félicitations, et puis plus rien; alors je me suis senti mal, mais j’ai décidé de ne pas baisser les bras et de toujours rechercher cette reconnaissance. Joseph Francis Sumegne invite aussi les jeunes générations d’artiste à rêver grand, il se refuse le qualificatif d’artiste engagé, et se présente sous le label de l’universalité mais avec sa singularité camerounaise et africaine. L’artiste dit vouloir laisser aux générations futures, des richesses aussi immenses que les pyramides d’Égypte. Mais, menace-t-il sans lever le ton si le Cameroun continue de me refuser la parole, je créerai la plus controversée des uvres de mon imagination et je l’offrirai ailleurs. Les camerounais seront obligés de parler à ma place. Joseph Francis Sumegne est actuellement en exposition au centre culturel français à Yaoundé. Il y restera jusqu’à la fin du mois d’octobre 2010.

Un des « neuf notables »

Voila.net)/n

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