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Julius Essoka : « Je ne peux pas changer mon style musical parce que je dois plaire à des gens »

Entretien vérité avec le vocaliste en concert à Douala ce jeudi

Julius Essoka c’est un artiste qu’on ne voit pas beaucoup, même pas sur la pochette de l’album ; c’est quelqu’un d’assez casanier. C’est cela votre vision de l’artiste musicien ?
Ma vision c’est de proposer quelque chose au public, donc je pense que ce qui doit être visible ou qui doit parler pour moi c’est ma musique et non moi-même en tant que personnage. Le plus important c’est qu’est ce que je peux dire aux gens, qu’est ce que je peux leur présenter comme art. Le reste c’est de l’habillage et même en matière d’habillage moi j’ai un choix entre présenter les images et le son parce que ma musique c’est tout un univers qui allie à la fois les images, le son et même les peintures. Si vous avez vu mes images vous allez voir que c’est une démarche qui est bien nourrie.

Que décrit justement la pochette de votre dernier album. On y voit deux f tus, cela signifie quoi ?
La pochette a été faite par une amie française qui vit en Espagne et qu’on appelle Véronique, c’est avec elle que je travaille depuis le premier album. Ce qui a de particulier c’est qu’elle est artiste infographe et quand j’ai un projet on discute longuement sur les choix. Là c’est un projet qui devait se faire en neuf mois, et qui devait allier les camerounais, africains, les français, les américains et d’autres nationalités, d’où la symbolique des 9 mois qui sont les f tus comme vous avez remarqué et les couleurs qui sont le noir et le coloré des autres personnages. Aussi, le titre de l’album c’est Epassi n’Epassi c’est-à-dire de ce côté à l’autre, chapitre par chapitre, d’ici à là ; Si vous prenez ces deux f tus vous allez vous rendre compte qu’ils se rencontrent quelque part comme une espèce de bras de fer ou de force. Vous prenez la même pochette vous la retournez dans l’autre sens ça vous fait un c ur, vous l’éloignez légèrement ça vous donne l’illusion d’être dans un envol avec un papillon.

L’album contient 16 titres. N’est ce pas beaucoup, vous ne craignez pas que l’on s’en lasse ?
Ça c’est ce qu’on appelle les standard dans ce qui est des propositions musicales. Un album peut aller jusqu’à 21 titres. Vous savez ce n’est pas forcement le nombre de chansons qui importent mais ce sont les différents messages. Je pense que je suis passé par différentes thématiques que je présente et ça me permet d’être sur un album compétitif. On ne peut pas acheter un album pour deux titres, à moins que ce ne soit un album de Fela Kuti qui peut faire 20 à 25 minutes par exemple.

Les deux featuring que l’on retrouve dans cet album c’est quand même avec des grands noms de la musique au monde, la guitariste et chanteuse allemande Leni Stern et le vocaliste camerounais Gino Sitson. Que représentent ces deux artistes pour vous ?
Gino c’est un frère et même plus qu’un frère ! C’est quelqu’un d’adorable tout comme Leni Stern qui arrive ici, je peux dire en expédition. Quand Leni vient pour jouer dans l’album au départ c’est l’une de mes chansons dans laquelle je prestait pour inviter quelqu’un d’autre qui était guitariste. Et à ce moment elle s’est dit c’est intéressant, je veux vraiment jouer avec ce bonhomme, et c’est à partir de ce moment là qu’on est en relation. Mais il y a aussi d’autres artistes qui ne sont pas connus parce que n’étant pas chanteurs, je peux citer à la volée Claude Dickson que beaucoup ne connaissent pas forcément mais qui a pourtant travaillé avec beaucoup de stars, les Nubians, Tony Allen, Mory Kante. Il y a aussi quelqu’un comme Roberto Masa qui a fait les musiques de Ushuaia que vous regardez souvent à la télé.

La musique que vous faites Julius, je veux parler du style, n’est pas forcément très adulée du public, surtout camerounais. Comment appréhendez-vous cela ?
La musique n’est pas comme la nourriture. C’est-à-dire on ne peut pas vous dire mangez ceci ou cela et que ça aille. Pour la musique c’est un problème de goût qui va se poser. Le public aime votre musique ou il n’aime pas du tout. Je ne peux pas forcer pour qu’on m’apprécie. Moi ce que je veux dire aux gens c’est, j’ai une vision de la musique, la voici. Et s’ils adhèrent c’est tant mieux sinon c’est tans pis. Mon but c’est de passer un message. Je ne peux pas commencer à changer mon style musical parce que je dois plaire à des gens ici. Il y a des endroits où ça plait. Toutes les musiques se valent.

Julius Essoka

Journalducameroun.com)/n

Déjà 3 albums à votre actif, lorsqu’on sait que vous occupez en parallèle un poste de responsabilité dans une grosse structure de la place. A ce moment la musique pour vous c’est un passe temps, vous la faite à des moments de repos c’est ça ?
Sur ma carte nationale d’identité c’est bien marqué artiste musicien comme profession, donc ce n’est pas un passe temps. Je peux faire autre chose, mais la musique c’est une chose qui vit en moi, c’est dans ma tête. Je peux faire un parcours de 8h à 12h, entre temps il y a une ou deux notes qui sont passées, si je n’ai pas le temps de les écrire elles restent dans ma tête mais je ne vais pas faire comprendre au premier voisin dans un séminaire ou une conférence que j’ai une chanson dans ma tête ! La preuve il y a plein de collègues qui ne savent pas que je suis musicien.

Ce jeudi 05 novembre vous vous produisez au Centre Culturel de Douala, comment voyez vous ce concert ?
C’est comme tous les autres spectacles que je fais et que j’ai déjà fais jusqu’à présent. Pour moi c’est quelque chose d’assez vivant. Je ne pense pas que quand j’en parle ça apporte quelque chose de plus à ce que les spectateurs auront à écouter mais je me prépare en conséquence pour donner le meilleur de moi. Donc il faut que les gens soient là pour voir.

Julius Essoka

DG)/n

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