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Kah Walla: «Le CPP dit non au Sénat»

La présidente du Cameroon People’s Party (CPP), taxe le Sénat d’institution farfelue

Quelle est la lecture, le point de vue du CPP sur l’actualité sénatoriale au Cameroun ?
Le CPP a l’annonce des sénatoriales a pris une position ferme. Il dit non à ce Sénat. Non parce que le Sénat tel qu’il est conçu dans notre constitution n’apporte pas une valeur ajoutée à la démocratie camerounaise. C’est une législature qui n’a pratiquement pas de rôle à jouer en ce qui concerne les lois au Cameroun. Ils font la relecture. En fait, l’Assemblée nationale initie les lois, les projets de lois sont déposés au niveau de l’Assemblée nationale(AN), l’AN vote et puis envoie les lois au Sénat pour relecture et uniquement pour relecture. Le Sénat ne peut ni mettre un véto, ni passer une loi. Alors, pour nous dans l’état actuel de la démocratie camerounaise, mettre en place une institution pour uniquement faire cela, alors nous estimons que c’est un gaspillage de ressources au niveau national. Aujourd’hui, 60% de camerounais n’ont pas d’eau à boire. 50% n’ont pas accès à l’électricité. Ceux qui ont accès n’ont pas l’électricité en permanence. Dans un pays où on a encore des besoins de base, peut-on se permettre une institution farfelue, qui n’a pas de fonction en tant que tel dans la démocratie camerounaise ? Et se sont les principales raisons pour lesquelles nous avons dit non. Deuxième chose, c’est que le président Biya a choisi d’utiliser cette institution et les élections sénatoriales comme un instrument politique pour manipuler le calendrier politique. Et ça c’est inadmissible qu’un individu se lève un jour, une institution qu’il n’a pas mi en place depuis 17 ans, du jour au lendemain et sans dialogue aucun avec le peuple camerounais. S’il voulait remettre en place cette institution, cela méritait tout au moins qu’il y ait dialogue avec les autres acteurs politiques, avec la population camerounaise. Donc aucun dialogue, un calendrier électoral déjà pas respecté. On a déjà reporté les élections municipales et législatives d’un an pour des raisons personnelles. Parce que la seule chose que le Sénat fait c’est de pouvoir conforter le pouvoir personnel de Paul Biya. En plus, il ya un Sénat où 30% de gens sont nommés. Et dans le cas d’espèce, ce Sénat a été nommé finalement à 100% par le président Biya. Regarder un peu l’élection du président du Sénat et la nomination du secrétaire. Est-ce que c’est normal au Cameroun et en 2013, le Sénat, c’est-à-dire la deuxième chambre, vous avez élection du président et il n’ya aucun autre candidat dans la salle ? Aucune campagne qui est faite ? Aucune discussion sur les compétences du candidat, est-ce normal ? Vraiment se sont des choses que lorsque vous vous arrêtez pour réfléchir, c’est un peu incroyable que cela se passe de la sorte et que tous ces sénateurs qui sont supposés jouer un rôle dans la gestion du Cameroun, pour la personne qui gèrera l’après Biya, mais on attend que Monsieur Biya envoie une enveloppe pour dire voici mon fils bien aimé, voici la personne que j’ai décidé qui va gérer l’après moi.

En quoi consiste donc votre Friday in black
Notre « Friday in black » ou le vendredi en noir, en fait après notre non, nous avons pensé qu’il est important d’exprimer ce non au delà des communiqués. Vous savez au CPP, on a un objectif en 2013, c’est construire le pouvoir du peuple camerounais. Le but du CPP est d’amener les Camerounais qui veulent l’eau, l’électricité, un travail décent, de l’exprimer en portant du noir tous les vendredis. C’est une campagne qui a eu beaucoup de succès. Nous avons pu mettre les gens en mouvement au niveau de Douala principalement. Nous avons clôturé cette première phase par une grande manifestation le 17 mai et nous avons entamé la deuxième phase et maintenant, nous demandons aux Camerounais de porter le noir tous les derniers vendredis du mois. Nous garderons cette phase active parce qu’il y a tellement de choses qui ne vont pas. Le Sénat est un symptôme de la mauvaise gouvernance camerounaise. Je peux par là vous dire choisissez votre secteur, que se soit la santé, le transport, l’éducation, les infrastructures, donc, ces secteurs là vont mal et même très mal au Cameroun. Et donc, les Camerounais ont beaucoup de raisons pour dire non ça suffit comme ça. Oui nous voulons avoir des services de base de qualité en tant que citoyens de ce pays.

Et pour les prochaines échéances politiques, notamment les législatives et municipales, le CPP compte t-il se présenter ?
Oui, nous croyons fermement que les élections appartiennent au peuple. Cela n’appartient pas à un individu bien qu’il y ait des gens qui se trompent sur ça au Cameroun, même pas une institution qui s’appelle Elecam ou autre chose, cela appartient au peuple. Mais au CPP, nous prônons l’inscription sur les listes électorales. Vous pouvez vous inscrire et décider de protester et ne pas voter. Vous pouvez vous inscrire et revendiquer un certain nombre de choses avant d’aller voter. Mais la première des choses qui démontre que l’élection nous appartient c’est l’inscription. Nous demandons aux gens d’aller s’inscrire sur les listes électorales, de retirer leurs cartes. Le CPP prépare l’élection de façon stratégique sur le territoire national. On ne va pas être dans les 360 communes ou avoir les candidats pour les 180 sièges, mais nous aurons des candidatures.

Kah Walla en action du « Friday in black »

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En dehors des échéances politiques, comment le CPP vit-il ?
Le CPP a une activité intense continue. Nous sommes tout le temps sur le terrain pour des sensibilisations, pour rencontrer des gens, parler du CPP. Aussi, lors des différents évènements d’actualité, le CPP a généralement une position et souvent va organiser des évènements. Lors du 1er mai dernier par exemple, nous avons organisé un atelier sur le travail où nous avions pu réunir les travailleurs du secteur informel, formel et les chômeurs pour analyser la problématique du travail au Cameroun.

On a très peu vu des femmes à la tête d’un parti politique au Cameroun. Pouvez-vous nous faire part des difficultés auxquelles vous faites face ?
Je crois que c’est dommage que l’histoire des femmes camerounaises en politique soit très peu connue. Ces femmes camerounaises ont toujours été actives dans la vie politique, malheureusement, au moment d’écrire l’histoire, elles ont été mises de côté. Très peu savent qu’une des premières actions de masse contre le colonisateur a été menée par des femmes commerçantes à Douala en 1931. Je crois que les inconvénients pour une femme aujourd’hui en politique sont qu’elle est perçue comme étant un peu anormal, étrange. Or en fait, pour une femme comme moi qui connait ces histoires, je tire mon inspiration de ces femmes qui ont combattu pour le pays. En plus, nous vivons dans une société où le leadership est conçu comme étant masculin. Donc une femme qui est leader est pour certain inattendu que ça accroche immédiatement. Pour d’autres ça crée beaucoup d’hésitations, de suspicion même. Donc je dirai qu’il ya des avantages et des inconvénients, mais personnellement, à ce moment même, je dirai que pour moi c’est plutôt un avantage. Il ya un raz le bol avec un certain leadership. Il ya un profil qui généralement est un leader qui a plus de 70 ans, ayant un style de leadership très dictatorial, étant corrompu, peu transparent et il n’ya pas de femme dans ce profil là. Donc, le fait d’être une femme vous distingue immédiatement de ce profil pour lequel les gens sont fatigués.

Kah Walla, Présidente du CPP

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