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La bannière étoilée débarque en Afrique

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Les péripéties militaires américaines en Asie se sont soldées par des échecs. Mais, en fins stratèges, les yankees ont su retourner la situation en nouant de nouvelles relations de respect et d’amitié avec les ennemis d’hier. Ainsi, le Japon et la Corée du Sud sont devenus des partenaires privilégiés des États-Unis alors que le Laos et le Vietnam, pays autrefois engloutis par les bombes au napalm, sont devenus des pays fréquentables, dans le jargon diplomatique.

Ce revirement ne peut à lui seul expliquer le climat des affaires qui se poursuit en Asie où le marché commence à montrer un essoufflement. L’Afrique deviendrait-elle alors un nouveau partenaire pour freiner les investissements de la Chine et des pays émergents sur ce continent ?

L’Afrique a toujours été la chasse gardée de l’Europe qui continue à y puiser toutes les ressources qui alimentent son industrie et qui garantissent sa prospérité économique et sa stabilité sociale. Est-ce pour autant que l’Afrique est ignorée des américains ? L’arrivée de Barack Obama à la maison blanche va-t-elle déterminer un nouveau courant d’affaire avec l’Afrique ?

La lutte contre Boko Haram n’explique pas à elle seule la présence des américains en Afrique. Les Congrès des USA s’est opposé à la vente d’armes au Nigeria, un pays qui est un modèle de démocratie en Afrique. Les raisons invoquées sont logiques, mais surprenantes dans le monde des affaires qui ignore la morale. Il est reproché à l’armée nigériane ses actes déshumanisants sur les prisonniers de Boko Haram. Pourquoi donc un intérêt soudain pour le Cameroun qui n’est pas un modèle de démocratie ? Cette présence cache-t-elle d’autres ambitions? Voilà des questions légitimes que nous pouvons nous poser sans verser dans la psychose.

Est-ce le tour de l’Afrique ?
La présence militaire des américains au Cameroun n’est sûrement pas désintéressée. L’effet Boko Haram y est sans doute pour quelque chose. Les intentions sont bonnes. Mais, que peut bien cacher ce revirement ? Les spéculations vont bon train. Une base militaire ou une main mise sur les ressources minières ? Certains érudits y voient une présence pour contrecarrer l’expansion chinoise et des pays émergents sur l’Afrique. Le gâteau est succulent.

Que pensent les européens de cette présence dans leur chasse gardée ? L’histoire nous le dira. Nous pouvons légitimement redouter un nouveau Yalta qui se dessine après l’embrasement au Moyen Orient. Mais l’Afrique n’est pas à vendre.

Des promesses sans lendemain
Barack Obama a fait une promesse à l’Afrique : l’électrification de tout le continent. Cet engagement a été accueilli avec une ferveur inhabituelle car il offrirait à l’Afrique une source d’énergie qui fait défaut à son développement industriel. De son côté, un ancien ministre français que nous croyions atteint de somnolence, Jean-Louis Borloo, a pris son bâton de pèlerin. A son tour, il a réuni une escarcelle d’intellectuels et de la société civile du continent noir pour remettre sur les rails le même projet. Une effervescence naïve et maladroite a bousculé tous les codes du continent. Ce projet est sans lendemain et les délestages continuent.

Les pays africains, gangrenés par la corruption, sont à l’origine des dérives guerrières en cours. Une solution militaire ne peut être une réponse au clivage sociologique en cours. Les disparités tribales, les injustices, les inégalités, le bâillonnement des oppositions et les modifications des constitutions ont tissé un climat de doute qui engrange dans la population une profonde méfiance à l’égard des dirigeants.

L’arrivée de trois cents GI au Cameroun qui rejoignent quatre vingt dix autres déjà en place ne changera pas le cours des évènements sans une remise en cause des modèles de gouvernance en cours. Cette démarche cavalière du pouvoir camerounais qui n’a consulté ni son opposition, ni ses députés et sénateurs, relève d’un système autocratique, même si elle peut donner confiance aux populations apeurées du Sahel. Le risque d’un embrasement du Tchad, de la République Centrafricaine, du Niger, du Nigeria et du Cameroun n’est pas à écarter.

La solution ne peut venir que de la démocratie et non des armes. Elle est incontournable pour mettre fin à l’aventure insensée de Boko Haram. Ce mouvement n’est que le fruit d’une répartition très inégale des richesses pétrolières du Nigeria qui voit le Sud arrogant et souverain ignorer le Nord musulman englouti dans la pauvreté. Boko Haram continuera à engager des militants dans ses rangs car les populations musulmanes n’ont plus rien à perdre. Il trouvera un terrain favorable partout où les inégalités et l’injustice perdurent. Car il faut le rappeler, ces populations ne reçoivent que l’aide des états du Golf qui construisent des mosquées et des écoles coraniques qui se transforment en terreaux du terrorisme.

Michel Lobé Etamé.
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