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La chronique de FZE: Les aventures de Faka Bilumba N°68

«Comme c’est le cas chaque fois qu’approchent les élections présidentielles en France, les migrants sont victimes d’outrages et de mensonges, et copieusement malmenés. »

«Bonjour les amis», avait dit Camara en accueillant tous ceux qui s’étaient décidés à venir à ce forum, un forum sur les préjugés entretenus. Voyant que, comme c’est le cas chaque fois qu’approchent les élections présidentielles en France, les migrants sont victimes d’outrages et de mensonges, et copieusement malmenés par certains politiciens. Oui, il y a une certaine politique qui se nourrit de la haine des étrangers, de celle des Africains en particulier. Ça marche, car le parti du Borgne et celui de Sarko rivalisent à qui sera le plus raciste, le plus odieux! Pourtant tous ces mensonges, ces préjugés savamment entretenus et bichonnés sont des manipulations qui attisent la haine, et font du migrant ce bouc émissaire qu’il faut sacrifier, alors que… J’étais là pour vous, moi, Faka Bilumba, l’incontournable, pour vous tenir au courant. Oui, c’est moi, Camara, le copain de Mamadou, de Moussa, de Traoré, de Dibango, Noah, Beyala, Fatou et tous les illustres connus et inconnus Africains. Qui de vous n’a jamais entendu les arguments que voici? Que ce serait bien beau d’accueillir tout le monde en France, mais on ne peut pas se laisser envahir par la misère du monde! Que ce serait tellement facile de venir en France mais que, «because» c’est la crise, il n’y a plus de place pour tout le monde! D’ailleurs, comment pourrait-on se sentir encore chez soi en France, avec ces migrants qui sont tous des voyous? Non, vraiment, on n’est plus en sécurité!

Ce n’est pas tout, la fille du Borgne et ceux qui l’imitent racontent qu’il n’y a plus de travail, plus d’argent, plus de logement, que c’est la vraie misère et que si l’on continue comme ça, c’est tous les Africains qui vont venir vivre «chez nous». Moi, je vous dis les amis que ce n’est pas vrai du tout. Il faut se poser les bonnes questions, et nous allons voir que ces arguments fallacieux et tendancieux tombent à l’eau. C’est vrai mon ami. Ce que ces cultivateurs et professionnels du racisme taisent sciemment, c’est que le fait de partir, de migrer est un droit universel. Il est même édicté dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme; mais aussi que les hommes et les femmes qui migrent sont de vrais courageux qui affrontent le douloureux et dangereux voyage de l’exil! Contrairement à une idée très répandue, les Africains représentent un part minime de ces migrations mondiales. 3% d’Africains vivent en dehors de leur pays de naissance, et seulement 1% vivent en Europe; selon des rapports que tout le monde peut vérifier, et qui sont publiés par la Cimade (1). Oui, la France n’est pas un pays d’immigration massive, c’est moi, Michel Rocard, qui vous le dis, malgré mes affirmations, qui me collent à la peau, quand je disais que nous n’accueillons pas toute la misère du monde! Les étrangers en 2008 représentaient 8,4 % de la population, contre 13,7 % aux Etats-Unis, ou 14,1 % en Espagne! N’oublions pas aussi que la France compte 5,2 millions d’étrangers sur le territoire, mais que nous avons 3 millions de Français qui travaillent et vivent actuellement à l’étranger.

Ne te fatigue pas, Rocard. C’est vrai ce que tu dis, mais le mal des déclarations est fait. Moi, Durand, époux d’une Africaine, je peux te raconter le racisme et le mépris que tout le monde peut constater dans les ambassades et consulats de France en Afrique subsaharienne! Pour demander un visa au consulat français, c’est strict, long, complexe, dissuasif, mais aussi très cher, en moyenne 144 000 francs CFA, soit 220 euros; cette somme n’est pas remboursée quand le visa est refusé. Or 90 % des visas sont refusés. On soupçonne tout demandeur de visa de vouloir s’établir en France, alors qu’il y a des touristes, des étudiants, des hommes d’affaires, des parents d’étrangers vivant en France, qui sont ainsi pénalisés et escroqués. Je mets au défi tous ceux qui capitalisent et entretiennent ce racisme d’expliquer les différences entre un étranger, un migrant, un sans-papiers, un clandestin, un demandeur d’asile, un débouté et un réfugié!

C’est vrai, les amis, qu’on pourrait continuer -et il le faut- à expliquer les causes de cette haine cultivée contre les étrangers, les Africains en particulier. N’oublions pas que les journalistes et les politiques y sont pour beaucoup. Cette expression raciste de «république bananière» que Monsieur de Villepin aime bien utiliser pour désigner les pays pauvres! Au fait, quand on dit «corruption», est-ce un mot lingala, comme le demandait feu le président Mobutu, ou un mot français? Quand les Américains parlent de leur statue de la Liberté, ils ne disent pas qu’elle est française parce que fabriquée et achetée à un Français: Bartholdi. Mais alors, pourquoi devrait-on dire des écoles construites en Afrique par des Japonais, ou des palais des sports construits par des Chinois, qu’ils sont Chinois ou Japonais? C’est vrai qu’on se demande comment il se fait qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, les Africains n’ont pas pu monter des entreprises pour réaliser tout cela? Quand vous pensez que les autoroutes et les immeubles en France sont construits par des ouvriers africains, et qu’on n’y fait pas obligatoirement mention! Pourquoi le mentionnerait-on? Tout le monde le sait. Alors, dites-nous, Messieurs les Présidents africains, pourquoi tant d’éloges à des gens que vous payez si cher pour vous développer? Bravo à Monsieur Wade pour son conseil constitutionnel et sa réélection future au Sénégal. Pauvre Youssou Ndour, retourne à ta vie de saltimbanque, la politique, c’est pour les vieux indécrottables! Au fait, Barthélémy, as-tu déjà libéré Enoh Meyomesse?

(1) Cimade: association de solidarité active avec les migrants, les réfugiés et les demandeurs d’asile. Agissant pour le droit et le respect de la dignité des personnes.

François Zo’omevele Effa, Ekilafrica.com
Journalducameroun.com)/n


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