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La courbe de chĂ´mage au Cameroun rivalise avec le Mont Cameroun

Par le Mouvement Camerounais Pour la Social-DĂ©mocratie (MCPSD)

Au Cameroun, on ne saurait parler d’une courbe de chĂ´mage qui grimpe, car, Ă  regarder le Cameroun, on a l’impression que le pays est en arrĂŞt et que tout le monde est au chĂ´mage. La rĂ©alitĂ© est tout autre, depuis 2011, le taux de chĂ´mage est stable au Cameroun et ferait pâlir d’envie toutes les grandes Ă©conomies du monde : 3,3 %, chiffre communiquĂ© par le directeur du Fonds National de l’Emploi le 24 juin 2015 et confirmĂ© par le gouvernement de la RĂ©publique. Assistant Ă  la confĂ©rence du directeur gĂ©nĂ©ral du FNE, le journaliste et bloggeur William Bayiha a demandĂ© au directeur si un diplĂ´mĂ© de l’enseignement supĂ©rieur qui vend des « Kleenex » Ă  la poste centrale de YaoundĂ© peut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme chĂ´meur. La rĂ©ponse a Ă©tĂ© sans Ă©quivoque : « non ! Il n’est pas chĂ´meur. Il y a un problème de dĂ©cence de l’emploi, mais il n’est pas chĂ´meur ».

VoilĂ  donc qui justifie que les enquĂŞtes du FNE, de l’Institut de Statistiques soient conformes au standard du BIT, ce qui fait du Cameroun un pays du plein emploi.

Le MCPSD, soucieux de comprendre pourquoi il y a autant de jeunes occupĂ©s Ă  ne rien faire si ce n’est Ă  faire tenir les statistiques du gouvernement, a essayĂ© de lire le Cameroun Ă  travers les statistiques du BIT.

En effet, en date du 31 dĂ©cembre 2015, la population du Cameroun est Ă©valuĂ©e Ă  23 739 218 habitants avec une densitĂ© d’occupation de 49,9 habitants au km². La population urbaine Ă  la mĂŞme date est Ă©valuĂ©e Ă  63 % de la population totale du pays. La population vivant dans les agglomĂ©rations de plus d’un million d’habitants est Ă©valuĂ©e Ă  25 %, ce qui nous permet de conclure que la population camerounaise est essentiellement urbaine et est estimĂ©e Ă  87 % de la population totale du pays.

L’âge mĂ©dian au Cameroun est de 18,4 ans et le taux de la population ayant plus de 64 ans est de 3,15 %.

Il est donc facile de déterminer le taux de la population active quand on sait que 43 % de la population a moins de 15 ans.

Le taux de chĂ´mage se rapportant Ă  la population jeune, urbaine est estimĂ© Ă  76 %. Comment le gouvernement camerounais fait-il pour arriver Ă  3,3 % ? Le BIT pense aussi que le nombre moyen de jeunes qui arrivent sur le marchĂ© de l’emploi chaque annĂ©e est de 70 %. Le PrĂ©sident Paul Biya Ă  partir de sa boussole qu’est le Document de stratĂ©gie pour la croissance et l’emploi a crĂ©Ă© un nombre faramineux d’emplois en 2015 et compte certainement dans quelques annĂ©es arriver Ă  un taux de chĂ´mage 0 !

Pourquoi personne n’est-il surpris par cette gymnastique intellectuelle d’un autre siècle qui fait finalement du Cameroun la risĂ©e de tous ? A une confĂ©rence publique Ă  la Booth School of Business, University of Chicago, le professeur Michael Greenstone affirmait qu’on ne saurait tenir compte des statistiques en provenance du Cameroun si l’on voulait Ă©tudier l’Ă©volution du travail, de l’insertion professionnelle des jeunes dans la sociĂ©tĂ©. Et de conclure qu’il ne faut tout simplement pas classer le Cameroun. A titre de rappel, le taux de chĂ´mage en France est de 11 % et de 5 % en Allemagne et au Royaume-Uni. Le Cameroun affiche fièrement un taux de croissance de 5,1 en 2015 !

Le gĂ©nie de la statistique camerounaise est mis Ă  contribution pour fausser les donnĂ©es, embrouiller toutes les intelligences et clouer, je veux dire coller au pilori toute tentative de critique ! La procĂ©dure est simple, tous ceux et toutes celles qui dĂ©ambulent dans nos rues, qui attendent Ă  des carrefours, avec un marteau Ă  la main, ces enfants qui se proposent de porter votre sac au marchĂ© pendant vos courses sont des travailleurs et non des chĂ´meurs ! Comment donc, pouvons-nous travailler pour les chĂ´meurs s’ils n’existent ni dans nos petits carnets ni dans nos agendas politiques ?

En fait, le chĂ´meur n’existe pas dans le DSCE, encore moins dans la politique gouvernementale du Cameroun ; Il n’existe pas dans l’anthropologie tronquĂ©e de l’Afrique contemporaine puisque chacun est censĂ© avoir un village donc un lopin de terre Ă  cultiver. VoilĂ  l’astuce du rĂ©gime en place et de ses acolytes. Le gouvernement Yang ne peut et ne veut pas traiter le problème du chĂ´mage et la foule inerte croit Ă  un coup de gĂ©nie politique. Qui croit que la dĂ©brouillardise (faire ce qu’on voit et ne pas faire ce qu’on ne voit pas comme on dit ici) est un artisanat ?

La vĂ©ritĂ©, est bien diffĂ©rente cependant et, mettre la tĂŞte sous l’eau pour attendre que l’orage passe ne paye plus ; Utiliser les failles du critère d’Ă©valuation du BIT pour fournir des chiffres maquillĂ©s ne passe pas, c’est une vieille mĂ©thode qu’aucun Etat au monde n’utilise encore de nos jours. Le gouvernement Yang est aux abois, aucun ministre ne sait plus oĂą donner la tĂŞte, les mises Ă  la retraite sont cĂ©lĂ©brĂ©es dans les chaumières et les gargotes devant camĂ©ras et micros contre espèces sonnantes et trĂ©buchantes aux journalistes qui ne demandent qu’Ă  profiter de cette manne qui disparaĂ®t dans les poches des ministres, des directeurs, des copains et des coquins. Certains dignitaires après nomination, ne cherche plus qu’Ă  se faire oublier, car bouche qui manche ne parle pas dit un dicton populaire ici ; A dire vrai, plus personne ne sait quel est le cap, s’il a jamais existĂ©, non, personne ne sait aujourd’hui oĂą va le Cameroun.

Triste fin pour un triste mandat.
Alors que le PrĂ©sident de la RĂ©publique a encore trois ans pour travailler (la prĂ©sidentielle ne devant se tenir qu’en octobre 2018) de nombreux experts qui n’ont d’experts que le nom, sont convoquĂ©s pour nous expliquer la nĂ©cessitĂ© de convoquer une Ă©lection prĂ©sidentielle anticipĂ©e, d’une rĂ©vision constitutionnelle devant aboutir Ă  la crĂ©ation d’un poste de vice-prĂ©sident dont le costume est d’ailleurs dĂ©jĂ  taillĂ© sur mesure. il devrait avoir moins de 45 ans Ă  la date de l’Ă©lection prĂ©sidentielle..


Il est temps que nous rompions une bonne fois pour toutes avec ce refus de dĂ©bat public, ce refus de gouverner ! Nous devons parler emploi, insertion des jeunes, ouverture du capital des entreprises d’Etat, non-privatisation sauvage, redistribution des terres afin que les jeunes puissent s’installer et sortir de la religion du diplĂ´me. En lieu et place, nous devrions avoir la religion du travail ! Le MCPSD est plus que conscient que l’Etat seul ne peut rĂ©sorber le chĂ´mage, que la CDC le second employeur après l’Etat ne le peut pas non plus.

Alors un peu de courage ! Une autre politique contre le chĂ´mage est possible, une autre politique est nĂ©cessaire. Elle tient en trois mots : Ă©ducation des jeunes, accompagnement personnalisĂ© des chĂ´meurs, libertĂ© des entreprises. Il est temps de promouvoir rĂ©ellement la voie professionnelle ; voilĂ  pourquoi nous avons proposĂ© la mise sur pied du collège unique CEGP : le Collège d’Enseignement GĂ©nĂ©ral et Professionnel. Il est temps de nous fixer un nouvel objectif national de 100 % d’une classe d’âge avec un emploi, au lieu de vouloir former des diplĂ´mĂ©s Ă  la chaĂ®ne.

Ainsi, nous devons valoriser Ă  la fois l’intelligence de la main et celle de l’esprit. Il est temps de passer de la dĂ©centralisation de bureau Ă  la dĂ©centralisation effective avec des rĂ©gions qui fonctionnent, qui ont un rĂ©el pouvoir de crĂ©ation d’emplois, avec les structures et les infrastructures adĂ©quates. Nous pouvons beaucoup, nous ne demandons au pouvoir en place que des espaces pour une action concrète afin d’implĂ©menter nos propositions.

La jeunesse qui constitue 87 % de la population est abandonnĂ©e Ă  elle-mĂŞme, elle est abandonnĂ©e Ă  son triste sort. Elle Ă  qui on ne pense que lors des rassemblements politiques, elle Ă  qui on ne s’adresse qu’une fois par an ! On les indemnise longtemps, mais on les accompagne mal dans leur recherche. Quelle est encore aujourd’hui la place du FNE dans la lutte contre le chĂ´mage que le directeur dit avoir rĂ©sorbĂ© ? Qui Ă©value cette structure ? Que sont devenues toutes les structures crĂ©Ă©es par le DSCE et dont l’une des missions Ă©tait l’encadrement des jeunes, surtout les plus prĂ©caires pour ne pas dire tous les jeunes ? Nous pouvons mieux, dans un partenariat PrivĂ©, Etat et RĂ©gion :

1- mettre sur pied une structure d’encadrement, de formation et de placement des chĂ´meurs Ă  court et Ă  long terme notamment en fixant les jeunes dans les rĂ©gions.

2- en les sortant de la prĂ©caritĂ© avec des emplois dits projets de vie. C’est possible !

Traitons la situation de chaque chĂ´meur, plutĂ´t que de traiter le chĂ´mage comme un tout. C’est ce que nous nous proposons de faire dans ce partenariat, Etat, PrivĂ© RĂ©gion. Nous avons dans nos villages des chĂ´meurs, privĂ©s de terre, ils ne sont de nulle part, vont de case en case sans possibilitĂ© de se fixer. Nous avons des jeunes chĂ´meurs sans qualification qui remplissent tous les jours les centres urbains en quĂŞte d’un avenir meilleur. Nous avons des chĂ´meurs diplĂ´mĂ©s et qualifiĂ©s qui grossissent cette foule interminable de gueux ! Il nous faut un grand plan de rĂ©amĂ©nagement du territoire et foncier, car nous ne mettrons pas nos pauvres devant la porte du voisin.

Enfin, ce sont des choix politiques qui malheureusement, ne peuvent plus se faire avec cette Ă©quipe qui tous les jours montre qu’elle n’est plus lĂ , qu’elle est dĂ©passĂ©e, qu’elle est Ă©puisĂ©e et qu’elle ne soucie plus maintenant des bobos de son âge que des souvenirs de sa tendre jeunesse qui est bien loin derrière elle.

Maintenant, aux populations, vous avez votre part de responsabilitĂ©, elle est collective, nous vous tendons la main, pour qu’ensemble nous agissions autrement, que nous fassions collectivement autre chose pour redonner Ă  notre pays espoir et Ă  notre jeunesse le punch dont elle a plus que besoin aujourd’hui pour avancer vers un avenir qui nous ouvre les bras.


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