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La crise politique brésilienne en questions

Le mĂ©ga-scandale de corruption qui secoue le BrĂ©sil Ă©clabousse directement le prĂ©sident conservateur Michel Temer, semant l’incertitude sur l’avenir politique d’un pays touchĂ© par une profonde crise institutionnelle.

– Quelles accusations pèsent sur le prĂ©sident? –

Le mandat de M. Temer ne tient qu’Ă  un fil, Ă  cause d’un enregistrement compromettant dans lequel il donne son accord pour le versement de pots-de-vin.

Selon le journal O Globo, qui a rĂ©vĂ©lĂ© l’affaire, une conversation datant du 7 mars a Ă©tĂ© enregistrĂ©e en secret par Joesley Batista, un des propriĂ©taires du groupe J&F, qui contrĂ´le notamment le gĂ©ant de la viande JBS.

Lors de cette discussion, qui aurait durĂ© quarante minutes, il explique au chef de l’Etat qu’il versait des sommes d’argent Ă  Eduardo Cunha pour acheter son silence.

« Tu dois maintenir ça (les pots-de-vin) », a alors répondu le président Temer, une phrase qui risque de lui coûter son mandat.

Sur la base de ces déclarations, la Cour suprême (STF) autorisé jeudi une enquête contre le président.

Selon la Constitution BrĂ©silienne, l’immunitĂ© prĂ©sidentielle peut ĂŞtre levĂ©e pour des faits commis pendant le mandat si l’enquĂŞte est autorisĂ©e par le STF.

– Que se passe-t-il s’il perd le pouvoir? –

M. Temer a été propulsé sur le fauteuil présidentiel il y a un an, après la destitution pour maquillage des comptes publics de Dilma Rousseff (gauche), dont il était le vice-président.

Le mandat du ticket Rousseff-Temer est censĂ© prendre fin officiellement le 1er janvier 2019, jour de la prise de fonctions du vainqueur des Ă©lections d’octobre 2018.

Mais si M. Temer dĂ©missionne ou est destituĂ© Ă  son tour, il sera remplacĂ© dans un premier temps par Rodrigo Maia, prĂ©sident de la chambre des dĂ©putĂ©s, visĂ©, comme un grand nombre de parlementaires, par l’enquĂŞte « Lavage express », qui a rĂ©vĂ©lĂ© le mĂ©ga-scandale de corruption Petrobras.


Trente jours plus tard, le Congrès tiendrait des Ă©lections indirectes pour aller jusqu’au terme du mandat initial.

La procédure de destitution est longue et fastidieuse, devant être approuvée à la majorité des deux tiers par la chambres des députés, puis le Sénat.

Mais une autre menace pèse sur le président, alors que le Tribunal supérieur électoral examinera bientôt la validité de la dernière élection présidentielle, un procès pour financement illégal de campagne qui concerne à la fois M. Temer et Mme Rousseff.

Une forte pression populaire réclame des élections directes et immédiates, qui obligerait le Congrès à changer la constitution.

– A-t-il des chances de rester au pouvoir? –

Le contenu intĂ©gral des enregistrements compromettants n’a toujours pas Ă©tĂ© rendus public et la prĂ©sidence a niĂ© Ă©nergiquement toute malversation dans un communiquĂ©.

M. Temer doit toutefois composer avec une base parlementaire divisée et une tension extrême dans les couloirs du pouvoir à Brasilia.

Sa cote de popularitĂ© Ă©tait dĂ©jĂ  au plus bas avant les rĂ©vĂ©lations explosives du journal O Globo et la pression populaire risque de s’intensifier.

En plus de la crise politique, il fait face à une récession historique et un taux de chômage supérieur à 14%, alors que la Bourse a fortement chuté jeudi, à cause de ce nouveau scandale.

Son gouvernement mise sur des mesures d’austĂ©ritĂ© impopulaires pour relancer l’Ă©conomie, notamment la rĂ©forme du système des retraites et la libĂ©ralisation du marchĂ© du travail, mais leur approbation par le Congrès risque fort d’ĂŞtre freinĂ©e par ce nouveau scandale.

« Comme ces révélations touchent directement le président, qui risque de démissionner, les chances de passer ces réformes à court terme tombent pratiquement à zero », analyse Eduardo Velho, économiste du cabinet INVX Global.

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