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La « flexisécurité » au Danemark, modèle original mais controversé en France

La « flexisĂ©curité » Ă  la danoise, qui combine protection faible de l’emploi et indemnisation gĂ©nĂ©reuse du chĂ´mage, est un modèle original qui a dynamisĂ© le marchĂ© de l’emploi dans le royaume scandinave mais qui reste controversĂ© en France.

Contrairement aux idĂ©es reçues, le mot-valise anglais de « flexicurity » qu’on emploie au Danemark semble ne pas ĂŞtre nĂ© dans le pays, mais aux Pays-Bas, sous la plume du sociologue Hans Adriaansens.

Pour ce chercheur, la « sĂ©curité » ne doit pas consister Ă  ĂŞtre protĂ©gĂ© dans son emploi, mais Ă  bĂ©nĂ©ficier de certaines garanties de trouver des emplois. Ă€ condition pour les actifs d’accepter une certaine « flexibilité », qui permet Ă  leur entreprise de se sĂ©parer d’eux facilement.

L’idĂ©e a inspirĂ© la politique Ă©conomique d’un gouvernement de gauche danois, celui du social-dĂ©mocrate Poul Nyrup Rasmussen (1993-2001).

En plus d’une fiscalitĂ© parmi les plus lourdes au monde, il devenait difficilement justifiable pour lui d’avoir un taux de chĂ´mage dĂ©passant 11%.

Le Danemark va choisir en 1994, avec l’accord des partenaires sociaux, de simplifier fortement le licenciement et l’embauche. Pari rĂ©ussi: avec l’aide d’une conjoncture mondiale favorable, le taux de chĂ´mage chutait Ă  moins de 5% dès 2000. Il est Ă  4,3% aujourd’hui.

En Ă©change, les salariĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’allocations-chĂ´mage Ă©levĂ©es et la garantie de droits sociaux importants (retraite, congĂ©s payĂ©s, congĂ©s parentaux, etc.) non liĂ©s Ă  l’anciennetĂ©, si bien qu’il n’y a presque aucun coĂ»t Ă  changer d’employeur.

M. Nyrup Rasmussen dĂ©crit trois caractĂ©ristiques au modèle dans un article en 2005: une protection sociale forte, « des politiques d’emploi et d’Ă©ducation actives » et « un marchĂ© du travail fortement mobile ».

Encore aujourd’hui, le ministère danois de l’Emploi parle de « triangle d’or » de sa politique. Il en dĂ©crit deux consĂ©quences: « un tiers des salariĂ©s chaque annĂ©e changent d’emploi », et « les embauchĂ©s grimpent rapidement dans l’Ă©chelle des salaires ».


– Difficilement transposable –

« Il y a un quatrième Ă©lĂ©ment de la rĂ©ussite danoise, qui est la confiance sociale collectivement partagĂ©e. Les partenaires sociaux, appelĂ©s en danois parties du marchĂ© du travail, nĂ©gocient en se faisant mutuellement confiance », analyse pour l’AFP le sociologue du CNRS Jean-Claude Barbier, qui a Ă©tudiĂ© le modèle.

L’indemnisation du chĂ´mage n’est plus aussi gĂ©nĂ©reuse qu’elle pouvait l’ĂŞtre: en 2010, sa durĂ©e maximale a Ă©tĂ© rĂ©duite de moitiĂ©, Ă  deux ans. Mais par rapport Ă  d’autres pays, elle reste très avantageuse.

Ce « miracle danois » de la flexisĂ©curitĂ©, comme le qualifie M. Barbier, en relevant Ă  quel point il est difficilement transposable en France, a fait beaucoup parler de lui ces 12 dernières annĂ©es, aussi bien Ă  gauche qu’Ă  droite.

Mais « en France les syndicats assimilent la flexisĂ©curitĂ© Ă  la prĂ©caritĂ©, un mot qui n’existe mĂŞme pas dans un pays comme le Danemark, alors qu’il est très chargĂ© dans notre culture politique », d’après M. Barbier.

François Fillon a fait l’Ă©loge de cette flexisĂ©curitĂ© Ă  Copenhague en 2005, et Nicolas Sarkozy l’a proposĂ©e aux syndicats au dĂ©but de son quinquennat en 2007, sans grand succès. Au dĂ©but du quinquennat de François Hollande en janvier 2013, le patronat et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC, CFTC) ont conclu un accord pour la transcrire dans une loi sur l’emploi.

Manuel Valls, Premier ministre, est allĂ© au Danemark Ă©tudier son application en 2014, et Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, l’a vantĂ©e en 2015, affirmant: « il faut trouver la bonne flexisĂ©curitĂ© sur le marchĂ© du travail ».

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