Opinions › Tribune

La Force africaine en attente ne peut plus attendre

Par Paul Biya, président de la République du Cameroun

Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Mesdames, Messieurs,
Notre continent avait depuis longtemps le triste privilège des coups d’Etat, des guerres civiles, des affrontements ethniques, des différends territoriaux, voire des conflits ouverts entre Etats, avec un bilan effrayant en pertes de vies humaines, de destructions de biens et de déplacements de populations.

Depuis peu, un nouveau malheur s’est abattu sur l’Afrique. Il a pris le visage d’un terrorisme qui semble venu du fond des âges et qui est d’autant plus dangereux qu’il frappe au hasard et sans raison apparente. Là aussi des milliers de victimes innocentes attestent de l’importance du danger.

Nos frères du Mali en ont fait la douloureuse expérience pendant les mois où les djihadistes ont régné sur le nord du pays. Les populations du Nigeria, en butte aux exactions de Boko Haram, subissent à leur tour l’oppression de cette secte moyenâgeuse. Quant au Kenya, il ne se passe pas de semaine sans que les « Shebabs » somaliens se rendent coupables d’attentats meurtriers.

Mon pays est bien placé pour évaluer l’ampleur du danger. Menacé à l’Ouest par les incursions de Boko Haram et à l’Est par les répercussions des événements de RCA, il se trouve aujourd’hui en première ligne. Nous sommes bien entendu déterminés à nous défendre. Mais je voudrais souligner à l’intention des pays frères que la distance n’est pas une garantie d’invulnérabilité face à un tel adversaire.

C’est pourquoi je pense que ce qui se passe encore au Mali, au nord du Nigeria et au Kenya nous concerne tous. Il n’est que temps de faire barrage à l’avancée de ces nouveaux envahisseurs. Et, bien entendu, notre Organisation continentale a un rôle crucial à jouer en la matière. Depuis plusieurs années, nous discutons de la construction d’une « architecture de paix et de sécurité » au niveau du continent. La question est complexe, je le reconnais. Nous avons néanmoins fait des progrès.

Aujourd’hui, des contingents africains sont présents dans certains pays frères en difficulté ou participent avec l’accord de l’UA à des opérations de stabilisation ou de maintien de la paix. Mais maintenant la menace est globale et nécessite une réponse urgente à la mesure du danger. Je crois que le moment est venu de tirer les conséquences pratiques de la doctrine d’intervention que nous avons définie à l’échelle du continent. Si j’ose dire, la Force Africaine en Attente ne peut plus attendre et la Capacité Africaine de Réponse Immédiate aux Crises (CARIC) devrait être opérationnelle sans retard.

Par ailleurs, des initiatives ont déjà été prises qui vont dans ce sens et il faut s’en féliciter. Le sommet réuni à Paris le 17 mai dernier à l’initiative de la France, auquel participaient les Chefs d’Etat du Nigeria, du Niger, du Bénin, du Tchad et du Cameroun, était consacré aux agissements de Boko Haram et à la réponse qu’il convenait d’y apporter. Des représentants des Etats-Unis, du Royaume Uni, de la France et de l’Union Européenne y assistaient.

Bien qu’il s’agisse d’une menace d’une autre nature – mais le mode opératoire comporte aussi enlèvements, pillage et assassinats – je voudrais rappeler que le terrorisme a pris également une dimension maritime, notamment au large de la Somalie et dans le golfe de Guinée. C’est pour y faire face que nous avons réuni, en juin 2013 à Yaoundé, un sommet sur la sûreté et la sécurité dans le golfe de Guinée.

Un cadre inter-communautaire de coopération et un code de conduite relatifs à la lutte contre la piraterie ont été adoptés ainsi qu’un document créant à Yaoundé un centre interrégional de coordination des mesures prises par les Etats concernés. Ce centre sera bientôt opérationnel.

Qu’il soit terrestre ou maritime, que ses agissements soient proches ou éloignés, le terrorisme reste le terrorisme. Il défie les règles du monde civilisé qui prône la fraternité et la tolérance. Son comportement est inspiré par la haine et ses moyens ceux de la force brutale. Sa victoire serait celle de l’obscurantisme et de la régression. Face à ce péril, il n’y a pas d’hésitation possible. Il faut faire front.

Je vous remercie.

Paul Biya, président de la République du Cameroun
PRC)/n


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