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La gestion de crise prise en défaut au Japon après le typhon Faxai

« C’est pire qu’on ne le pensait »: alors que la compagnie d’électricité japonaise Tepco admet avoir été dépassée par les dégâts du récent typhon Faxai près de Tokyo, des experts s’inquiètent d’un manque d’anticipation qui ne rassure pas pour l’avenir.

« Nous avons agi comme il fallait », martèle Yoshihide Suga, porte-parole de l’exécutif aux journalistes qui l’interrogent sur la réaction jugée tardive de l’Etat.

Le gouvernement n’avait pourtant pas immédiatement ouvert de cellule de crise, ni dépêché des soldats en nombre sur le terrain avant plusieurs jours.

La tempête tropicale qui s’est abattue dans la région de Tokyo dans la nuit du 8 au 9 septembre a provoqué au moins 4 morts selon les médias, fait plus de 150 blessés et détruit totalement ou partiellement au moins 20.000 maisons, d’après l’agence nationale des désastres.

Mais les pires dommages ont été causés aux infrastructures électriques. Près d’un million de foyers ont été plongés dans le noir immédiatement après le passage de Faxai.

Et les délais de rétablissement du courant se sont avérés bien plus longs qu’initialement annoncé.

« Pas mal de maisons n’ont toujours pas d’électricité. Et leur toit a été emporté. Les habitants vivent au rez-de-chaussée tant bien que mal, mais avec la pluie, la nuit qui tombe tôt, c’est dur. Ce sont en plus souvent des personnes âgées », témoigne auprès de l’AFP Miyuki Ishii, qui vit à Kyonan-machi, une localité de la préfecture de Chiba ayant subi de nombreux dégâts.

« Selon Tepco, le rétablissement n’est pas prévu avant le 27 » septembre, déplore-t-elle.

– Lignes électriques très vulnérables –

Désormais, Tepco est plus prudent: « Nous pensons que nous aurons à peu près tout résolu entre le 20 et le 27 septembre, mais nous ne pouvons pas affirmer que cela sera le cas pour l’ensemble des 45.000 foyers encore concernés », précise un porte-parole de la compagnie interrogé par l’AFP.

« Nous n’avons pas été en mesure d’évaluer tout de suite l’ampleur de la situation », reconnaît-t-il.

Au Japon, peu de lignes électriques sont enterrées. De nombreux poteaux ont été tordus ou affaissés par le vent ou la chute d’arbres sur les lignes.

« Si elles étaient souterraines on aurait certes pu éviter le problème, mais il faut comprendre que cela a aussi un coût important et qu’en cas de panne d’équipement, c’est moins accessible », explique Sumiko Takeuchi, directrice d’un centre de recherche spécialisé sur les questions environnementales.

Tepco a dépêché 12.000 ouvriers sur le terrain, auxquels s’ajoutent près de 4.000 personnes venues d’autres compagnies régionales.

« Ce n’est pas un problème de quantité de main-d’oeuvre », juge le professeur retraité Hirotada Hirose, auteur de plusieurs ouvrages sur la gestion des catastrophes, lors d’un entretien avec l’AFP.

Mais la préparation a fait défaut, selon lui: diminuer la vulnérabilité des lignes électriques aux chutes d’arbres, renforcer les poteaux, acheminer à l’avance sur place des systèmes de secours, « cela aurait permis de limiter les dégâts », estime-t-il.

– « Biais d’optimisme » –

« Il y a un déficit d’anticipation car les compagnies n’envisagent pas le pire » tant qu’elles ne l’ont pas vécu, ajoute M. Hirose, évoquant un « biais d’optimisme ».

Comme lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, il met en cause une « communication déficiente entre le siège de Tepco et les personnes sur le terrain qui ne sont pas toutes des salariés de la compagnie ».

Les autorités de Chiba ont aussi reconnu avoir eu du mal à se faire une image complète de la situation.

Dans les diverses localités touchées, on a rapidement « distribué des bâches pour couvrir les maisons dont les toits ont été en partie emportés, ouvert des refuges, proposé de l’eau potable et mis à disposition des stations de recharge de téléphones portables », met en avant Tatsuya Sakamaki, un porte-parole de la ville d’Ichihara, l’une des plus affectées.

Mais la région de Chiba est aussi peuplée de nombreuses personnes âgées incapables de se déplacer jusqu’à la mairie, et encore moins de couvrir elles-mêmes leur toit.

Et face au principal problème, les coupures de courant, les secours se sont sentis démunis, dépendants de Tepco.

« Ce genre de typhon s’est déjà produit dans le passé, mais la fréquence risque de s’accélérer. Il faut se préparer à ce que ce ne soit plus exceptionnel », prévient M. Hirose.



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