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La guerre contre Boko Haram a induit une dérive dangereuse pour le pays

Par le Manidem

Déclaration du bureau politique du MANIDEM sur Boko Haram: Le patriotisme doit être exigeant.

En septembre 2014, le MANIDEM a pris la tête d’une coalition, pour la défense du pays, engagée de manière inappropriée dans une guerre contre Boko Haram par le président BIYA, depuis le perron de l’Elysée en France.

Nous disions alors qu’il ne s’agissait pas de défendre son régime, dont la politique est en partie responsable de cette situation, mais d’éviter qu’en voulant sauver le Kamerun, nous n’engagions notre pays vers un avenir dicté par les intérêts étrangers.

Alors que nous émettions des réserves sur la stratégie de défense contre Boko Haram, le parti au pouvoir et ses affilies, en appelaient à une «union sacrée», derrière le Président de la République, et au patriotisme.

La différence entre les deux démarches est nette : les griots du régime s’engageaient, sans condition, une fois pour toutes, derrière leur héros, alors que nous nous réservions une évaluation de la situation. Il est temps de faire le point.

Sur la forme, la guerre contre Boko Haram a induit une dérive dictatoriale, dangereuse pour le pays.

Même s’il faut résolument soutenir nos forces armées dans le combat contre le terrorisme, il serait malsain non seulement d’oublier que cette armée est une armée néocoloniale mais encore d’occulter également son rôle dans les actes de répression qu’elles ont exécutés contre les mouvements d’émancipation sociale, initiés par leurs compatriotes.

II faut en outre réaffirmer ici que ce sont avant tout les populations civiles qui sont les premières victimes de cette sale guerre.

Certes notre pays est en guerre. Mais les citoyens sont en droit d’exiger la transparence sur les fonds alloués à cette guerre. Et la loi doit être respectée comme le prescrit l’article 5 (6) du régime financier de I’Etat, qui prescrit qu’«aucune recette ne peut être émise ou recouvrée, aucune dépense engagée ou ordonnancée pour le compte de l’Etat, sans avoir été autorisée par une loi de finances.»

Sur le fond, il vaut mieux privilégier la solution panafricaine, même si elle est tardive, aux errements des va-t’en guerre nationaux, dont les chauvinismes respectifs annihilaient les efforts des uns et des autres.

Ensuite et surtout, il faut garder à l’esprit qu’à travers ces mouvements terroristes s’expriment parfois des revendications nationales que le manque de débat politique et les alliances que les régimes au pouvoir dans le continent entretiennent avec l’impérialisme, tentent d’étouffer. C’est ce manque de démocratie qui alimente le terrorisme.

La guerre contre Boko Haram doit être analysée, en tenant compte du contexte caractérisé par trois éléments :

La politique baissière des prix du pétrole orchestrée par l’Arabie Saoudite. ElIe va contribuer à l’effondrement des Etats du Golfe de Guinée, sur lesquels pèseront de plus en plus, des menaces d’instabilité ;

La faiblesse structurelle de ces Etats, dont la preuve vient d’être apportée par la faiblesse des forces armées sous équipées en matériels de guerre malgré les budgets colossaux qui leur ont été octroyés au fil des ans.

L’ambition affichée par les occidentaux, en général, et les Français, en particulier, de s’assurer le contrôle des approvisionnements de pétrole, et des ressources minières à moyen et long termes dont l’évolution des prix serait maîtrisée.

Un tel contexte est de nature, au-delà du terrorisme, à induire une mauvaise solution à l’impasse politique dans laquelle M. Paul BIYA a conduit notre pays, une solution qui nous serait imposée de l’extérieur et sans aucune ambition nationale.

Nous devons débattre de tout cela. C’est une exigence de notre temps. Elle ne doit pas souffrir des caprices à courte vue du régime finissant de M. Biya.

Car le patriotisme doit être exigeant.

Le Manidem dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.

Le Vice Président, Dongmo Fils Valentin
Le Président YEBGA Dieudonné


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