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La littéraire camerounaise Hemley Boum nous parle avec émotion de son premier ouvrage

Son livre « Clan des femmes » traite d’un sujet qui déchaîne les passions, la polygamie…

Vous êtes l’auteur du «Clan des femmes» sorti il y a peu aux éditions l’Harmattan Paris. Généralement quand on écrit, surtout un roman, on a envie de raconter une histoire inspirée très souvent de notre environnement de vie. Racontez-nous comment nait l’idée de ce livre?
Ce livre est né d’un manque. Les traditions comme vous le savez sont dans l’oralité. Il n’y a malheureusement aucune trace écrite, aucune vieille lettre qu’on trouverait dans un grenier qui nous raconterait l’histoire de nos familles. Par la force des choses, les familles sont éclatées aujourd’hui, le savoir disparait avec ceux qui le portent. La parole s’évapore et n’arrive plus à destination des jeunes générations, a fortiori, la parole des femmes. Dans ce roman, je raconte l’histoire de Sarah. La trame vraie du récit est constituée par les confidences de ma grand-mère, une femme africaine du début du vingtième siècle. Je mêle librement ma propre sensibilité et mon imagination romanesque aux souvenirs de Sarah. Il a semblé important de m’approprier cette histoire et surtout de la transmettre.

Vous racontez une fiction, mais avec des références anthropologiques fortes. Vous y avez travaillé?
Oui, il était important de revenir sur les études anthropologiques existantes afin d’aller au c ur des réalités quotidiennes de cette époque. Certaines traditions liées au mariage des très jeunes femmes, aux cérémonies des obsèques, à la vie quotidienne des femmes dans les concessions ont fait l’objet d’études très intéressantes. Le défi pour moi consistait à raconter une tranche de vie tout en respectant la vérité anthropologique.

Le livre traite d’un sujet lourd dans la culture africaine: La polygamie. Quel est votre avis sur le sujet?
C’est effectivement un sujet lourd et mon opinion personnelle n’est pas si importante. Je n’aurai pas pu parler de femmes et de famille dans un village africain du début du vingtième siècle sans parler de la polygamie. Ce qui est détestable à mes yeux, ce sont les unions forcées, lorsque les femmes ou plus souvent de très jeunes filles n’ont pas leur mot à dire et polygamie ou monogamie, subissent un mari qu’elles n’ont pas choisi. Pour le reste, j’ai une grande confiance dans la capacité des femmes à agir sur leur propre vie et à faire des choix qu’elles assument.

La littéraire camerounaise Hemley Boum nous parle avec émotion de son premier ouvrage
Hemley Boum)/n

Est-ce vous qui avez choisi la photo de couverture? Interprétez nous ce à quoi elle renvoie?
Oui, j’ai trouvé cette photo très touchante. Au-delà de son évidente beauté, cette femme africaine porte ses calebasses derrière elle et pourtant s’adosse doucement sur elles, comme si pour elle le passé était bien où il doit être, c’est-à-dire derrière nous, par contre, elle garde un léger contact physique. Je laisse à chacun le soin d’en faire sa propre interprétation, il me semble que c’est mieux ainsi.

L’histoire de Sarah est l’histoire d’une femme africaine mais finalement avec les questionnements des femmes de tous les jours notamment lorsque les femmes entre-elles parlent des hommes. Etait-ce pour rapprocher le plus de femmes autour de cette histoire qui renvoie à des réalités africaines?
Est-ce que ce sont des réalités africaines? Oui, certainement, puisque l’histoire se situe dans un village d’Afrique. J’espère cependant que les questions que se posent ces femmes auront un écho sur la femme plus universelle. J’ai tendance à penser que la frontière entre femme d’aujourd’hui et femme d’hier est un peu moins tranchée que l’on pourrait le croire. Nous sommes le fruit de leur force et de leur modernité. J’ai voulu transmettre, une vision intime de la vie des femmes dans un village africain du début du siècle dernier. Leur façon bien à elles de gérer avec une belle intelligence et une certaine audace, la difficulté d’être fille, épouse, mère ou tout simplement un être humain à part entière dans une société fortement patriarcale. Je trouve cela riche d’enseignement. Le chemin parcouru semble incroyable et en y regardant de plus près, nous nous apercevons que nous leur ressemblons beaucoup à nos grand-mères.

On a dû vous poser la question plusieurs fois, d’où vient le prénom Hemley? Que signifie t-il?
Hemley est un prénom d’origine Bassa, ethnie du Cameroun, qui signifie foi ou espérance. C’est aussi un mot que l’on utilise pour dire que quelqu’un a du c ur ou ce n’est pas la même chose, avoir des tripes.

Un mot sur l’accueil qui a été réservé à votre livre
Ecoutez, je suis moi-même un peu surprise de l’accueil que Clan des femmes a reçu. On aurait pu penser que cette histoire sur des femmes qui sont à la fois d’ailleurs et d’autrefois ne nous concerne pas. Et pourtant plusieurs personnes d’origines diverses se sont reconnues dans ces femmes. Leurs astuces pour trouver leur place dans une société qui ne reconnaît pas toujours leur valeur, l’expression de leurs doutes, leurs peurs, leurs joies, leur sagesse aussi semblent avoir trouvé un écho assez large. Je reçois beaucoup de lettres très touchantes.

Pour terminer, que diriez-vous aux personnes non africaines pour les encourager à lire le livre?
J’ai commencé à publié Clan des femmes sur un blog et comme je le disais, j’étais loin de m’attendre à l’engouement que susciterait cette histoire. En quelques semaines, près d’un millier d’internautes sont intervenues sur le blog pour me dire tout le bien qu’elles pensaient de l’histoire de Sarah. L’avantage avec Internet c’est que par définition les personnes qui interviennent sont de différentes origines. Cela me conforte dans ma certitude que c’est une histoire de femme et pas uniquement africaine. D’ailleurs pour l’instant, le livre s’est surtout vendu en France et en Belgique. Pour finir, je dirai que la fonction d’un roman est plurielle. En ouvrant un livre, on s’attend à trouver des personnages qui nous touchent et nous ressemblent et on peut trouver aussi un beau dépaysement, un voyage, une découverte. Rencontrer l’autre et s’apercevoir qu’il n’est pas si différent de nous, c’est cela aussi la magie de la littérature.

Hemley Boum: « Je n’aurai pas pu parler de femmes et de famille dans un village africain du début du vingtième siècle sans parler de la polygamie »
Journalducameroun.com)/n



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