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La lueur allemande et les Lions indomptables: Triste effet d’une trop grande joie

Par Jean-Jacques Evini Avang

La déculottée enregistrée par les Lions Indomptables du Cameroun ne surprend guère. Elle était prévisible du simple fait que notre football, dans son organisation élitiste et son administration tatillonne érigée en improvisation, ne semble pas percevoir la nette différence qui existe entre une Action de Ponctualité et une uvre d’Eternité.

Tandis que l’action de ponctualité est comprise ici au sens du « CARPE DIEM » d’Horace, dans cette hâte de jouir de l’instant présent, sur des bases d’un travail de rafistolage pour un résultat immédiat rarement atteint, l’ uvre d’Eternité exige plutôt une méthode progressive rigoureuse faite d’étapes successives, pour un futur de certitude à plus ou moins long terme.

Ainsi, obnubilés par la lueur allemande ponctuelle du 1er Juin 2014, les camerounais ont cru avoir trouvé en ce match amical, une prestation capable de propulser leur équipe à la finale de la Coupe du Monde. Ils n’ont pas pu déceler en cette offre germanique un stratagème à la manière de l’histoire du CHEVAL de TROIE relatée dans le « Timeo Danaos » de Virgile dans l’ENEIDE. Parce que, de toute évidence, à l’image des Grecs contre les Troyens, en cette circonstance, les Allemands, n’ont pas « joué franc jeu » à l’égard des Camerounais.

Bien plus, même le passage de SEPP BLATTER à Mbankomo a fini par éblouir les amerounais, faisant croire à certains que le pouvoir du président de la FIFA peut s’étendre jusqu’à faire accorder un but au Cameroun. Quelle vision illusoire !

Résultat, la joie indicible de la prestation des Lions face à l’Allemagne, prestation qualifiée d’éclatante par bon nombre de camerounais, se transforme aujourd’hui en une tristesse universellement partagée. « Triste effet d’une trop grande joie » !
Cette lueur allemande pouvait-elle, en un seul jour, effacer tant de jours d’atermoiements et de tergiversations vécus au sein de la tanière depuis plus de deux décennies ? Que non !
1990 :Les primes de participation et le cas BELL Joseph Antoine;
1994 :Le coup de c ur et ses conséquences ;
1998 :La crise des billets;
2002 :Encore les primes;
2004 :L’affaire du maillot sans manches;
2005 :Le pénalty manqué de WOME NLEND;
2010 :Les clans et le trop perçu d’Angola et Afrique du Sud;
2011 : Les primes du match Algérie – Cameroun.

La liste n’est pas exhaustive si on s’aventurait sur la piste technique avec la succession inopinée, en trois ans seulement, de cinq entraineurs : LE GUEN – CLEMENTE – LAVAGNE – AKONO – VOLKER. Quel gâchis pédagogique !

Dès lors, l’entrée timide et décevante des Lions Indomptables du Cameroun à la phase finale du Mondial brésilien ne pouvait que donner raison aux adeptes du pessimisme, et j’en suis un qui, par prédiction prophétique, avaient vu venir ces moments de tristesse que nous avons réussi, Dieu merci, à gérer en essayant de prendre le coup du sort qui est du domaine sportif avec la dignité et le Fair-play qui caractérisent l’éthique olympique.

Il ne pouvait en être autrement quand on sait que le premier sportif camerounais, Son Excellence Paul BIYA, n’a de cesse que d’inviter ses compatriotes «à accepter la dure réalité du sport qui s’accommode à la fois des jours de gloire et des jours d’infortune». Mais, avec le phénomène d’une infortune constante et d’une absence permanente de gloire, nul doute que le Président de la République tiendra un autre langage aux camerounais, le message ci-dessus évoqué datant de 2002, au lendemain de la Coupe du Monde Corée – Japon.

Depuis belle lurette, les Lions Indomptables du Cameroun ne font qu’accumuler contre-performances, désillusions et humiliations, quand ce n’est pas simplement une absence totale de la scène.

A la suite de cette déconfiture permanente caractérisée par des scores parfois apocalyptiques et des attitudes hautement antisportives, beaucoup de concitoyens se sont investis dans une sorte d’exorcisme sportif, pour une nouvelle thérapeutique du football camerounais.

Les uns ont évoqué les considérations d’ordre psychologique qui ont affecté la concentration des joueurs. Les autres ont fait allusion à un management approximatif, doublé d’un coaching dérisoire. Certains se sont prononcés sur la sélection des joueurs, opérée parfois par l’homme de la rue. Les inconditionnels ont perçu au sein des Lions un malaise général, à l’image de cette «peste qui répand la terreur», avec des scandales à forts relents financiers.

D’autres encore ont signalé la complaisance du corps de la Santé, doublée d’une complicité tacite des joueurs, dans le suivi médical de l’équipe. Sur ce plan, j’ai encore en mémoire le cas précis de Jean Manga Onguené qui a manqué, in extremis, le mondial d’Espagne en 1982, suite à une blessure déclarée par lui-même, en toute honnêteté, par amour et par respect pour le peuple camerounais : Quel bel exemple !

Beaucoup d’autres enfin sont allés puiser dans les méandres de la Tradition, en évoquant des cas d’ésotérisme face à toutes les promesses fallacieuses faites par les joueurs camarades de Foé, non seulement à l’égard des projets initiés par l’homme, mais aussi vis-à-vis de la famille de l’illustre disparu. Et de justifier la décadence actuelle et le dépérissement du beau talent d’antan, avec en apothéose cette déconvenue des Lions survenue en ce 23 Juin 2014, tout près de la date anniversaire du décès de Marc Vivien Foé : fâcheuse coïncidence !

Tout ceci a fait dire que le football camerounais est entrain de traverser l’une des plus grosses crises de son histoire.
Il faut néanmoins reconnaître que, en remontant quelque peu au déluge, le football camerounais a connu d’autres moments de crise plus aigue dans son évolution.

La grande crise de 1959 en était déjà une, alors que les destinées du football venaient à peine d’être léguées aux camerounais par les anciens dirigeants européens.

Ainsi, le courrier sportif, repris par Soter Tsanga, ouvre les hostilités dans son édition du 12 Juillet 1958 sous le titre : Faillite d’une gestion. Et le journal décrit : «Nous constatons, à notre grand regret, qu’il n’est pas possible de donner quitus aux dirigeants du football du Cameroun dont la gestion a été déficitaire à tous points de vue. La situation actuelle du football camerounais est très alarmante. l’anarchie et l’immobilisme règnent dans tous ses compartiments. la confusion la plus grande règne dans les décisions et la situation financière des dirigeants». Et le 28 Février 1959, le Vice-premier Ministre de l’époque, chargé de l’Education Nationale et de la Jeunesse des Sports interdisait tous les matchs de football, même amicaux, sur l’étendue du territoire.

Cette mesure salutaire a favorisé un temps de réflexion ayant permis au football camerounais de sortir de sa première crise, une réflexion qui conduira d’ailleurs avec bonheur à la Coupe des Tropiques en 1964 à Yaoundé, à la première édition de la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1965 à Accra et à la Coupe d’Afrique des Nations en 1970 à Khartoum.

De même, au lendemain de la 8ème Coupe d’Afrique manquée à Yaoundé en 1972, d’autres contre-performances se sont succédé, notamment face aux Blacks Stars du Ghana pour les éliminatoires de la 9e coupe des Nations et face aux Léopards du Zaïre pour les éliminatoires de la Coupe du Monde de 1974.

Comme en 1959 « décision fut prise d’isoler l’équipe nationale du Cameroun sur le plan international pour mieux l’affuter. Un forfait général pour toutes les compétitions de la CAF fut décidé, jusqu’à nouvel avis ». Cette deuxième grande crise qui a également suscité un recul systématique à travers le concept de RENOVATION SPORTIVE de S.E M. Félix TONYE MBOG, a tout autant valu au football camerounais l’hégémonie continentale des années 1980 au niveau des clubs tels que :Canon – Union – Tonnerre, agrémentée par une participation honorable à la Coupe du Monde d’Espagne en 1982 et l’apothéose d’Abidjan en 1984.

Dans les deux cas de crise, en pareille circonstance, et sous d’autres cieux, il avait été dit : « O FELIX CULPA» c’est-à-dire « HEUREUSE FAUTE » qui a valu le salut du Monde. Aujourd’hui, on serait tenté de dire « HEUREUSE CRISE », ces crises qui annoncent toujours des lendemains meilleurs pour un football camerounais plus rayonnant.
Et si l’histoire pouvait se répéter pour une nouvelle crise orientée vers cette urgence d’un changement systématique, notre football ne se porterait que mieux.

C’est cela qui fait dire à MAKON MA PONDI : «Il est impératif de tirer toutes les leçons qui s’imposent afin de se donner toutes les chances de repartir du bon pied, de construire les victoires de demain. En n’interdisant aucune option, y compris un retrait temporaire de l’équipe nationale des compétitions internationales. Comme ce fut le cas entre 1976-1980 (Cameroun Tribune n°10200/6401 du 16 Octobre 2012, p.29). Parce que, de toute évidence, « qui veut aller loin ménage sa monture ».

Jean-Jacques Evini Avang
Journalducameroun.com)/n


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