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La Méditerranée, un tombeau à ciel ouvert pour les Africains

Par Michel Lobé Etamé, Journaliste

L’Afrique voit mourir tous les jours en Méditerranée ses enfants. Ce drame est devenu banal et n’interpelle plus les pouvoirs politiques du continent. L’Union Africaine ne débat jamais de cette tragédie qui offre un spectacle affligeant et mortifère au quotidien dans les médias du monde. Cette indifférence peut surprendre pour un continent dont le devoir est de veiller sur ses enfants.

Chaque jour, les candidats à l’exil traversent le désert. Ils viennent de tous les pays subsahariens. Ils fuient la misère, l’injustice, les régimes sanguinaires. Ils n’ont plus aucun espoir chez eux. Ils n’ont plus rien à perdre si ce n’est leur vie. Qu’importe! Mourir chez eux où en Méditerranée, quelle différence ?

Un spectacle mortifère
La ville italienne de Lampedusa est confrontée depuis quelques années à une immigration massive de jeunes africains, candidats à l’exil vers l’Europe. Lampedusa est devenue le plus grand tombeau à ciel ouvert du monde, dans l’indifférence totale. Le gros du contingent est formé de Somaliens, de Soudanais et d’Erythréens.

Chaque semaine, les images télévisuelles qui viennent d’Italie sont désespérantes. Le spectacle n’attire plus les foules curieuses. Les femmes et les hommes de Lampedusa se sont habitués à voir les cercueils alignés sur la place publique, au grand désespoir des télévisions du monde. Lampedusa offre au public médusé et hagard un espace scénique où s’exposent des cercueils. Sans identité, ils finiront dans une fosse commune.

Les chiffres sont édifiants
L’Afrique ne compte pas seulement ses morts victimes du virus Ebola qui s’élèveraient à plus de 2000 cette année. Le nombre des migrants ensevelis dans les eaux de la Méditerranée s’élève à plus de 3000 morts pour la seule année 2104. Et ce n’est pas fini.

Au cours du mois en cours, 500 personnes parties Égypte n’ont pu regagner les rivages d’Europe. Seule une dizaine a survécu. En octobre 2013, le naufrage sur les côtes de Lampedusa, en Italie, a fait plus de 366 morts. Rien n’arrête la détermination des migrants. Le silence coupable de l’Afrique est inquiétant et irresponsable. Combien de morts feront bouger les bonnes consciences du continent ?

Malgré le signal d’alarme des autorités italiennes, les passeurs indélicats, crapuleux et irresponsables continuent à affréter des embarcations fragiles pour des migrants convaincus que le bonheur est en Europe.

Le drame de l’immigration doit autant mobiliser qu’Ebola. Il tue plus que la pandémie en cours. Ce combat n’est pas seulement celui des européens qui ferment leurs frontières. Mais il est aussi celui de l’Afrique réduite à regarder ses enfants partir, tels des troupeaux de moutons que l’on conduit à l’abattoir. Oui, la Méditerranée est devenue le plus grand tombeau à ciel ouvert pour les migrants africains.

Selon un bilan de l’OIM (Organisation Internationale des Migrations), le nombre des migrants ayant disparus en mer s’élèverait de 20000 à 25000 au cours de ces vingt dernières années. Un chiffre qui fait froid au dos et qui laisse de marbre les dirigeants africains.

Combien de morts faudra-t-il encore pour réveiller les consciences de nos dirigeants ? Ce chiffre ne prend en compte que les corps repêchés dans les eaux poissonneuses de la Méditerranée. Il ne tient pas compte les morts anonymes et sans sépulture au fond des eaux ni les squelettes humains que le sable chaud couvre dans le désert aride du Sahara.

Quelles sont les raisons de cet exil de masse ?
Les conflits en cours, la pauvreté et le manque de perspective sur l’avenir poussent les jeunes à l’exil. C’est le cas du Soudan, de la Libye, du Yémen, de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie et de l’Égypte. Le régime répressif d’Érythrée est aussi condamnable pour sa horde de migrants qui fuit un régime autoritaire et sanguinaire.
Les forces se mobilisent pour éradiquer le virus Ebola. Ce combat a été initié pour toutes les autres pandémies qui touchent l’Afrique. L’immigration clandestine vers l’Europe doit s’inscrire dans cette même logique.

Éradiquer la pauvreté
Les maux de l’Afrique depuis le début du vingtième siècle sont nombreux et mettent un coup de frein à son développement. La classification de ces maux n’échappe à personne. Dans l’ordre, nous pouvons citer la corruption qui freine la construction des hôpitaux, des dispensaires, des écoles, des centres de loisirs, les infrastructures routières. La corruption tue indirectement plus que le paludisme, le sida, le choléra, Ebola ou la tuberculose.

Ces maux qui minent le développement et l’équilibre social ne seront éradiqués que par la lutte contre la pauvreté qui est la source de tous les conflits majeurs sur le continent. La pauvreté est un terreau qui nourrit les ferveurs religieuses, les sorciers, les marabouts et autres faiseurs de miracles. La solution ne viendra que du travail par une prise de conscience collective des richesses que nous détenons. Ces richesses sont humaines, spirituelles et matérielles.

Naufrage d’une embarcation transportant 250 migrants africains le 13 avril 2011 aux larges des côtes italiennes
AFP/ Francesco Malavolta)/n


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