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La persistance de l’esclavage en Afrique: le cas de la Mauritanie

Par Guy Samuel Nyoumsi, Vice-président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN)

A l’invitation des autoritĂ©s gouvernementales de la RĂ©publique Islamique de Mauritanie, le Conseil ReprĂ©sentatif des Associations Noires de France – le CRAN a effectuĂ© du 23 au 26 Septembre 2013, une visite en Mauritanie, aux fins de vĂ©rifier « in situ », la rĂ©alitĂ© tant dĂ©criĂ©e par les Associations et Organisations Non Gouvernementales du cru (locales), de l’existence de l’esclavage ainsi que de la lutte, conduite contre la persistance de ses sĂ©quelles.

Au cours de cette visite qui se sera limitĂ©e Ă  la capitale Nouakchott, l’ouverture et la disponibilitĂ© des membres du gouvernement, des hauts responsables du parlement et du SĂ©nat, seront remarquables, tout comme le sera la mobilisation des reprĂ©sentants des organisations et Agences en charge de la lutte contre l’esclavage, les discriminations raciales, sociales et autres inĂ©galitĂ©s.

A cette occasion, la libertĂ© totale du choix des interlocuteurs souhaitĂ©e par le CRAN avait Ă©tĂ© respectĂ©e par nos hĂ´tes, un peu pour souligner la transparence et l’esprit de coopĂ©ration qui sous-tendraient et animeraient nos investigations, nos interrogations, nos inquiĂ©tudes et nos avis.

Cet Ă©tat d’esprit encourageant et ces dispositions exceptionnelles ont favorisĂ©, outre les Ă©changes avec les hautes autoritĂ©s de la RĂ©publique, au premier rang desquelles, le PrĂ©sident mauritanien, son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, de nombreuses rencontres avec les membres du Commissariat des Droits de l’Homme, de la Commission Nationale des Droits de l’Homme, l’Ambassadeur de France en Mauritanie, la SociĂ©tĂ© Civile, les Ministres du Culte musulman : l’assemblĂ©e des OulĂ©mas.

Ces audiences et rencontres étaient la plupart du temps agrémentées de tasses de thé infusées au clou de girofle : « le fameux Tchaï » dont la présence et la permanence apportaient « une touche de chaleur » à la légendaire hospitalité mauritanienne, comme à la bienveillance entourant nos échanges.

I-1- L’ombre muette de l’esclavage.

A la faveur de ce « rituel hospitalier », mon attention a été attirée par un fait divers, banal, presque trivial : chaque fois que la tasse de thé nous était proposée, elle était servie par des Négro-Mauritaniens à la vêture « défraîchie », « négligée » et généralement chaussés de « sandales sommaires ».

Autant que nous avons eu Ă  partager « ce symbole de la convivialitĂ© des Hommes du dĂ©sert », la scène s’est reproduite sans que « l’irruption dĂ©tonante » de ce servant NĂ©gro-Mauritanien « dĂ©penaillé» dans le dĂ©cor « aseptisĂ© » des hauts lieux du pouvoir, n’Ă©meuve personne, ne suscite ni l’attention, ni la manifestation d’une quelconque gĂŞne.

Je me rĂ©signe relativement Ă  cette Ă©vocation, Ă  n’Ă©mettre aucun jugement de valeur, mais Ă  Ă©tablir avec le recul, un premier et douloureux constat : en Mauritanie, il existe des « Hommes » et des « ombres ».

Les « ombres » sont des personnes dont l’apparition furtive et la soudaine Ă©clipse dans le dĂ©cor, confèrent un statut « d’automates consentants et s’estimant privilĂ©giĂ©s d’ĂŞtre au service des MaĂ®tres, de l’Ă©lite., de la « crème de leur pays(.)». Ce sont en quelque sorte « des figurants » ; mieux, «des ombres de leurs maĂ®tres. » « Elles font partie du dĂ©cor et n’en sortent que pour y rentrer».

Les « Hommes » quant à eux, sont reconnaissables à leur fière allure, à leur port altier, à leurs « vêtements ». Ils sont visibles sous la lumière du fait de leur position sociale, de leur ascension sociale, de leurs fonctions politiques, de leurs pouvoirs religieux, mais aussi, mais surtout de leur naissance.

Maures « blancs », Arabo-Berbères, NĂ©gro-Mauritaniens ou descendants d’esclaves (Haratines), ils sont par leur instruction ou par leur lignage « les maĂ®tres » au sens oĂą ils ne se sentent pas incommodĂ©s « par leur ombre ». leur signe distinctif sciemment ou inconsciemment, rĂ©side dans la distance qu’ils adoptent par rapport Ă  « l’ombre », en tout cas, la superbe indiffĂ©rence qu’ils affichent vis-Ă -vis des « personnes qui s’accommodent de l’ombre ».

Je m’appesantis sur ce fait divers au motif simple qu’il m’a interpellĂ© et permis d’ĂŞtre attentif, pendant la Mission d’observation du CRAN, Ă  tout ce qui se passait Ă  l’intĂ©rieur des « lieux convenus » comme Ă  la pĂ©riphĂ©rie des salons feutrĂ©s ministĂ©riels de Nouakchott. AlertĂ©, je me suis surpris Ă  observer, entendre et marquer un arrĂŞt sur tout ce qui ne se disait pas, mais se vivait, spontanĂ©ment, et Ă  l’abri de toute idĂ©e prĂ©conçue ou de tout a priori.

I-2-Le drame quotidien et muet des discriminations raciales en Mauritanie.

C’est au demeurant ce qui m’autorise le deuxième et douloureux constat qu’illustre l’anecdote que je m’empresse de vous relater. Certes les faits qui y sont rapportĂ©s ne sont pas l’apanage de la seule Mauritanie, il reste qu’ils traduisent, dans une large mesure, « le drame quotidien et muet de nombreux jeunes NĂ©gro-Mauritaniens discriminĂ©s, marginalisĂ©s, ostracisĂ©s ».

Après un « marathon » d’audiences, d’entretiens et d’Ă©changes avec diverses autoritĂ©s mauritaniennes, nous avisons une excursion sur la bande cĂ´tière de Nouakchott. La capitale de la RĂ©publique Islamique de Mauritanie jouit d’une vue imprenable sur l’OcĂ©an Atlantique, bien que sa bordure cĂ´tière ne constitue qu’un « segment » des 753 kilomètres de cĂ´tes d’un pays essentiellement dĂ©sertique. «Les eaux cĂ´tières de la Mauritanie », il convient de le relever, « comptent parmi les zones de pĂŞche les plus riches au monde ».

Parvenus en convoi sur cette plage splendide de Nouakchott, singulier lieu de convergence entre « la mer » et « le dĂ©sert », nous sommes mĂ©dusĂ©s devant la variĂ©tĂ© et l’Ă©clat argentĂ© des poissons, disposĂ©s sur des Ă©tals, et proposĂ©s aux « visiteurs » par des pĂŞcheurs et autres vendeurs Ă  la criĂ©e.

Notre arrivĂ©e n’est pas passĂ©e inaperçue : dĂ©jĂ  les enfants accourent pour poser en photos ; les marchands d’objets d’art, amulettes et autres curiositĂ©s touristiques s’ingĂ©nient Ă  nous approcher, pour Ă©couler leurs « produits ». C’est alors que je suis abordĂ© par un jeune NĂ©gro-Mauritanien qui me propose de lui acheter des bibelots, bracelets et autres pendentifs en perles qu’il a, lui-mĂŞme, pris le soin de confectionner.

Son enthousiasme et sa fĂ©brilitĂ© sont tels que gĂŞnĂ©, je lui avoue ne pas disposer d’argent sur moi(.) Me croĂ®t-il ou ne dĂ©sespère-t-il pas ? Toujours est-il que devant son « entĂŞtement », j’entreprends de l’interroger sur la manière dont il procède pour obtenir le « rĂ©sultat » de sa production(.) D’encouragements en manifestations d’intĂ©rĂŞt, je lui signifie nĂ©anmoins mon sincère dĂ©sappointement de ne pouvoir lui faire, mĂŞme symboliquement, la recette(.).

Nous nous apprĂŞtons Ă  prendre congĂ© du lieu de notre excursion, lorsqu’accourant vers notre cortège, le jeune NĂ©gro-Mauritanien nous rejoint pour me demander pressement d’accepter, malgrĂ© tout, le collier de perles noires portant en mĂ©daillon une sculpture rĂ©ussie de l’Afrique.

InterloquĂ©, je lui demande ce qui me vaut un tel « prĂ©sent », alors que c’est Ă  moi qu’il appartenait de lui apporter mon soutien et mon appui(.) sa rĂ©ponse fuse, pondĂ©rĂ©e mais appuyĂ©e : « Je vous offre en souvenir ce collier, parce que vous ne vous ĂŞtes pas moquĂ© de moi. ». Pourquoi me moquerais-je de vous ? Lui ai-je rĂ©pliquĂ©, curieux et surpris Ă  la fois, du tour que prenait notre Ă©change. Formelle, sa rĂ©ponse fut Ă  peu près la suivante : « les gens habillĂ©s comme vous et en convoi administratif, ne manifestent Ă  notre endroit que rĂ©pugnance, rĂ©pulsion et mĂ©pris. MĂŞme nos propres frères NĂ©gro-Mauritaniens, lorsqu’ils sont « vĂŞtus » comme vous, nous rejettent sans mĂ©nagement et souffrent très mal de nous voir les aborder. ».

Rapidement, je vais le rassurer en lui disant : « Nous sommes prĂ©cisĂ©ment en Mauritanie, pour observer, Ă©changer avec les autoritĂ©s et aider Ă  combattre toutes les formes de discriminations, de racisme, d’esclavage. ».

Hochant la tête en signe de désapprobation, le Jeune Négro-Mauritanien martèlera pendant que je tenais en main « le collier offert » : « Non, Monsieur . il y a trop de racisme en Mauritanie. même entre les Négro-Mauritaniens. ». Confus, je lui ai lancé : « Merci beaucoup . nous sommes sur le départ, mais nous reviendrons » « Courage ! Au revoir et à bientôt ! » Ai-je ajouté, un tant soit peu perplexe et bouleversé.

Perdu dans mes pensĂ©es et Ă  peine sorti de mes Ă©motions, j’ai attentivement examinĂ© « le collier de perles noires » que je conserve jusqu’Ă  ce jour. Sur le verso du mĂ©daillon reprĂ©sentant une Afrique miniaturisĂ©e aux rainures vertes et jaunes, il est inscrit : « I love Africa » : « j’aime l’Afrique. ».

I-3- Le visage singulier de l’esclavage en Mauritanie : invisible et prĂ©sent

Selon qu’il est « Ă©clatant », « terne ou usagĂ© », « le vĂŞtement » loin de dĂ©noter la simple apparence, connote en Mauritanie, plus que partout ailleurs, l’appartenance Ă  la caste « des maĂ®tres », a contrario Ă  celle « des ostracisĂ©s » pour ne pas dire « de ceux qui, du fait de leur vĂŞture, portent les stigmates Ă  peine dĂ©guisĂ©s de l’esclavage. ».

Boubacar Messaoud, PrĂ©sident de S.O.S. Esclaves, l’une des ONG abolitionnistes mauritaniennes, confiait Ă  la Mission d’observation du CRAN, le 26 Septembre 2013 Ă  Nouakchott : « il y a tous les jours ici (en Mauritanie) des contrĂ´les au faciès. Certains noirs sont contrĂ´lĂ©s parce qu’ils ont un boubou maure. Suivant l’habillement il y a des discriminations. L’habit maure protège des discriminations du quotidien. ».

Un peu plus tĂ´t, il nous avouait : « Je suis descendant d’esclaves. Tous mes professeurs me l’ont reprochĂ© (.) Celui qui ne parle pas de l’esclavage ne veut pas que la Mauritanie avance. »* (BOUBACAR MESSAOUD est Architecte de formation – ancien Directeur des domaines et militant actif de la lutte pour l’abolition de l’esclavage en Mauritanie).

De fait, en Mauritanie, la complexitĂ© de la question de l’esclavage relève « du dĂ©ni d’existence d’un phĂ©nomène partout visible, mais consensuellement banalisĂ©, quotidiennement disqualifiĂ©, politiquement occultĂ©. ». Les us, coutumes et privilèges fĂ©odaux rĂ©manents au fil des siècles se sont Ă©rigĂ©s dans « le corps social » mauritanien en « lois non Ă©crites », ancrĂ©es dans les mentalitĂ©s tant des Maures blancs, Arabo-Berbères, Toucouleurs, que des NĂ©gro-Mauritaniens composĂ©s de SoninkĂ©s, Ouolofs, SarakolĂ©s, Bambaras, Halpoulars et Haratines (descendants d’esclaves). etc.

Parler ouvertement de l’esclavage en Mauritanie c’est comme « enfoncer une porte ouverte » tant la pratique esclavagiste s’est Ă  la fois sĂ©dimentĂ©e et cristallisĂ©e avec le temps, au point de faire partie intĂ©grante du quotidien, des us, coutumes et m urs voire mĂŞme de la structuration traditionnelle de la SociĂ©tĂ© mauritanienne.

L’histoire rĂ©cente de la Mauritanie a Ă©tĂ© fortement Ă©branlĂ©e par de multiples rĂ©voltes des esclaves rĂ©primĂ©es dans le sang. Les massacres, l’ostracisation, la dĂ©portation, les peines de prison ont constamment Ă©tĂ© l’unique solution de recours des gouvernements successifs administrĂ©s, la plupart du temps, par des rĂ©gimes militaires.

A l’Ă©vocation des questions liĂ©es Ă  la poursuite de la pratique de l’esclavage en Mauritanie, le silence et la gĂŞne qu’affectent les officiels mauritaniens sont tributaires d’une part, du refus d’assumer « un passĂ© prĂ©sent, douloureux et dĂ©valorisateur » et de l’autre, l’ardente volontĂ© des membres du Gouvernement issu du coup d’Ă©tat du 03 aoĂ»t 2005, de faire admettre Ă  l’opinion internationale, « la nĂ©cessitĂ© de la lutte contre les survivances des pratiques esclavagistes » que l’on dĂ©signe en Mauritanie, sous « l’attĂ©nuateur lexical » : « sĂ©quelles de l’esclavage ».

Lors de la Mission d’observation du CRAN en Mauritanie, le PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e Nationale de l’Ă©poque, lui-mĂŞme descendant d’esclaves, s’est ouvert Ă  nous, en ces termes :

« (.) Nous sommes nombreux Ă  penser que l’esclavage continue ici (en Mauritanie). Il n’y a pas de chaĂ®nes en fer, mais des chaĂ®nes religieuses. Nous sommes croyants, et cela enchaĂ®ne parfois plus. Le problème se pose. Les discriminations existent aussi entre Arabes et non-Arabes. Il y a diffĂ©rentes cultures et communautĂ©s, diffĂ©rentes langues (.) L’esclavage a toujours empoisonnĂ© la structuration de l’Ă©tat et de la SociĂ©tĂ©. ».* (Le PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e Nationale MESSAOUD OULD BOUKHEIR, membre fondateur et premier prĂ©sident d’EL HOR, premier mouvement d’Ă©mancipation des Haratines fin 1978-1980).

Ce 25 Septembre 2013, alors qu’il Ă©tait 13h Ă  Nouakchott, le PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e Nationale, du haut de ses 70ans d’âge, nous avait semblĂ© prĂ©occupĂ© par « le crĂ©do nĂ©gationniste selon lequel l’esclavage n’existait pas en Mauritanie dès lors qu’il avait Ă©tĂ© qualifiĂ© de crime contre l’humanitĂ©. » L’inscription dans la constitution de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage, pour avoir Ă©tĂ© une avancĂ©e majeure, n’en avait pas moins suscitĂ© le mĂ©contentement tant des ONG et Associations « abolitionnistes » que des autoritĂ©s conservatrices mauritaniennes ou autres « nĂ©gationnistes » qui y entrevoyaient « la perte de leurs privilèges intangibles ».

Un ancien ambassadeur mauritanien, en l’occurrence M. HAMOUD Ould Ely, Arabo-Berbère très estimĂ© en Mauritanie, pour son implication dans les victoires diplomatiques acquises Ă  l’Ă©tranger par son pays, de rĂ©cente date, aurait dĂ©clarĂ© en substance, Ă  la tĂ©lĂ©vision : « Si on scolarisait les esclaves, certaines tâches, services et emplois ne seraient plus effectuĂ©s. ».

Il rĂ©sulte des propos de ce haut responsable mauritanien, au-delĂ  de l’Ă©motion qu’elle a gĂ©nĂ©rĂ©e dans « les cercles abolitionnistes », la preuve des difficultĂ©s d’application pratique de la loi 2007-048. De fait, ladite loi s’Ă©tait entourĂ©e de « prĂ©cautions » qui continuent au mieux Ă  rendre son application « symbolique », au pire, « inopĂ©rante » dans la pratique.

La SociĂ©tĂ© Civile Mauritanienne qui peine Ă  ĂŞtre Ă©coutĂ©e par l’Etat Mauritanien est formelle : « l’esclavage existe encore en Mauritanie. On ne peut pas en parler. L’Etat Mauritanien ne veut pas qu’on en parle (.) En Mauritanie, l’esclavage n’a pas de couleur. Il est de nature particulière (.). Ici, la lĂ©gislation est très avancĂ©e. Nous sommes habiles : personne ne pourra nous libĂ©rer. Nous nous en sortirons nous-mĂŞmes. ».

Notre interlocuteur Ă  la tĂŞte du Parlement Mauritanien de lors, ne disait pas davantage : « Aujourd’hui, sur le plan juridique, on a vraiment avancĂ© malgrĂ© les nĂ©gationnistes. On a rĂ©ussi Ă  faire voter cette loi et Ă  qualifier l’esclavage de crime contre l’humanitĂ© (.). Mais nous sommes fragiles, je choisis la mĂ©thode non-violente. J’ai 70 ans. Je suis pour ce qui nous libère, mais pas au point de tout briser (.) ».

C’est tout dire : l’enracinement de l’esclavage en Mauritanie est tel que l’Ă©radiquer s’apparenterait au plan psycho-social, Ă  une vĂ©ritable secousse sismique ».

Selon les informations qui nous parviennent dans l’intervalle, nous sommes contraints d’admettre que c’est dans l’histoire, l’anthropologie et le multiculturalisme propres aux Mauritaniens que peuvent ĂŞtre tracĂ©es des voies et esquissĂ©es des solutions propices Ă  exorciser un mal, dont les tentacules sont parvenues Ă  enchaĂ®ner « les universaux mentaux » du peuple mauritanien, au point de se muer en « tragĂ©die muette . ».

I-3-1-Le poids de l’histoire coloniale française sur le multiculturalisme Mauritanien

L’histoire nous renseigne de ce que la colonisation française de la Mauritanie s’est jadis glissĂ©e dans le moule de la configuration manichĂ©enne des Arabo-Berbères ou Maures Blancs dominateurs et des NĂ©gro-Mauritaniens dominĂ©s, assujettis, pour consolider, Ă  travers une manière opportuniste de « pacte hĂ©gĂ©monique Franco-Arabo-Berbères», le statut quo de la pratique esclavagiste.

Il ne nous semble au demeurant pas superfĂ©tatoire d’imputer l’entière et flagrante responsabilitĂ© du climat social confrontationnel actuel, Ă  la France qui, autrefois, a passĂ© des accords avec les dignitaires Arabes locaux, dans le but de maintenir le système, vieux depuis le VIIIème siècle, lequel accordait tous les privilèges aux Maures « Blancs » et rĂ©duisait Ă  la servitude, les « nĂ©gro-Mauritaniens ».

Le PrĂ©sident du SĂ©nat, le Très Honorable Ba MAMADOU dit Bâ M’barĂ©, assistĂ© de son Directeur de Cabinet, avisant de l’histoire passĂ©e et rĂ©cente de l’esclavage en Mauritanie et de la nĂ©cessitĂ© des rĂ©parations, laissait entendre Ă  la Mission d’observation du CRAN :

« Nous sommes des anciens colonisĂ©s. VoilĂ  des rĂ©parations qui ont du sens. Il faut nous intĂ©grer dans cette recherche de rĂ©parations. La sous-rĂ©gion entière a Ă©tĂ© victime du colonialisme, qui n’avait pas interdit l’esclavage, Ă©tant lui-mĂŞme esclavagiste (.) ».

La responsabilitĂ© tout au moins passive de la France a en effet consistĂ©, au dĂ©but des annĂ©es 1900, Ă  entĂ©riner en Mauritanie, la pratique de l’esclavage tout en exacerbant les privilèges fĂ©odaux des dignitaires locaux, fidèle Ă  la devise : « diviser pour mieux rĂ©gner ».

Le machiavĂ©lisme avait partout ailleurs fait ses preuves . Et puis, Ă  quoi aurait servi une longue guerre expansionniste Ă  l’issue incertaine, lĂ  oĂą « il suffisait d’obĂ©ir Ă  la nature pour mieux la commander » ?

La conquĂŞte d’un espace territorial vital de plus d’un million de kilomètres carrĂ©s (1 030 700 km²) partageant gĂ©o-stratĂ©giquement une proximitĂ© frontalière avec l’Afrique du Nord et de l’Ouest, en sus de la bordure cĂ´tière longue de 753 kilomètres, n’Ă©tait-elle pas un atout suffisant qui surpassait « l’exĂ©gèse humaniste et Ă©galitaire » prĂ´nĂ©e par « la DĂ©claration Universelle des Droits de l’Homme. » ?

En prĂ©servant ses intĂ©rĂŞts d’Ă©poque, la France avait-elle conscience de maintenir des « Ă©quilibres instables » qui autoriseraient dans le Maghreb dit Arabe » que, de l’Egypte, au Maroc, en Lybie, en Tunisie, en AlgĂ©rie, en Mauritanie jusqu’au Sahara Occidental voisin, 80 000 000 (quatre vingt millions) de Noirs autochtones, demeureraient, selon nos informations « invisibles » ?

En catalysant « le nationalisme nĂ©gro-africain » contre le « chauvinisme arabe » dans les sous-rĂ©gions Ouest-Africaine, MaghrĂ©bine, jusqu’en Egypte, la France mesurait-elle, au plan historique, la responsabilitĂ© idĂ©ologique qui lui incomberait, de « la disparition du paysage humain » de quatre vingt millions de Noirs autochtones tout comme de l’effacement des Touaregs, du paysage culturel et humain au Mali et au Niger ?

Ce questionnement, utile Ă  la lecture historique globale de la problĂ©matique de l’esclavage en Mauritanie et dans la sous-rĂ©gion, est moins une mise en index de la France qu’une volontĂ© de cerner aux sources, ce qui fait aujourd’hui « la complexitĂ© de « la dĂ©lĂ©gitimation de l’esclavage en Mauritanie ».

I-3-2- Le poids de la culture et des traditions

Le PrĂ©sident du SĂ©nat Mauritanien reconnaissait au sujet de l’esclavage : «il n’y a pas d’Ă©changes marchands, il y a des structures traditionnelles, des phĂ©nomènes culturels (.) ».

La SociĂ©tĂ© Civile mauritanienne relevait quant Ă  elle : « l’esclavage devient tabou en Mauritanie (.). L’Etat français a une responsabilitĂ©. Durant la pĂ©riode coloniale, les français ont favorisĂ© certaines communautĂ©s. La France. est responsable du racisme ancestral et (de la pratique qui veut aujourd’hui que) les autoritĂ©s accordent des privilèges (.) ».

La constante qui se dĂ©gage des avis recueillis lors de notre mission d’observation c’est l’impact que l’histoire coloniale de la Mauritanie a eu sur la culture et la stratification sociale en Mauritanie.

L’Ambassadeur de France en Mauritanie, Son Excellence HervĂ©. BESANCENOT circonspect et prudent, rĂ©vĂ©lait que : « Dans le domaine culturel, on a du mal aujourd’hui Ă  voir les diffĂ©rentes composantes de la sociĂ©tĂ© mauritanienne. On peut jouer avec la musique ou autre (.). Notre coopĂ©ration se doit d’ĂŞtre discrète. Les Mauritaniens et les Maures en particulier sont un peuple fier (.) ».

La fiertĂ© constitue en effet « un invariant culturel sĂ©culaire », des Mauritaniens. Ces derniers sont loin d’ironiser, lorsqu’au sujet de la colonisation française, ils affirment n’avoir jamais Ă©tĂ© « colonisĂ©s » mais « administrĂ©s ». Lisez entre les lignes : la France n’avait d’autres choix en Mauritanie que de lĂ©gitimer l’esclavage, elle-mĂŞme Ă©tant un pays esclavagiste(.)

MaĂ®tres ou Esclaves, descendants de MaĂ®tres ou d’esclaves, les Mauritaniens ont conservĂ© cette fiertĂ© indĂ©finissable et particulièrement dĂ©sarmante qui veut que : « le MaĂ®tre est fier de son statut et le revendique (.) L’esclave ou le descendant d’esclave n’Ă©prouve quant Ă  lui, aucune acrimonie Ă  l’endroit de son ascendance, comme il ne voit aucune objection Ă  faire allĂ©geance Ă  son maĂ®tre. »

A la question relative Ă  la frilositĂ© qui entoure l’application de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage, le PrĂ©sident de l’AssemblĂ©e Nationale de Mauritanie nous avait sĂ©duit et profondĂ©ment Ă©mu par sa sincĂ©ritĂ© :

« L’esclavage existe et il faut l’Ă©radiquer. Nous travaillons Ă  deux vitesses. Au niveau juridique, les instruments favorisent la lutte. Mais la pratique quotidienne, le plus important, nous sommes au point zĂ©ro. Personne n’accepte de parler comme j’en parle. C’est notre sociĂ©tĂ©, c’est notre problème (.) ».

I-3-2-1- Le poids des traditions discriminatoires sublimĂ©es par l’histoire

Les pratiques esclavagistes transmises, enseignées de génération en génération par les chefs tribaux, ethniques, religieux et légitimées par la féodalité conservatrice au pouvoir, ont trouvé un terrain fertile pour une servitude transgénérationnelle.

La question de l’esclavage en Mauritanie impose par consĂ©quent un dĂ©cryptage Ă  plusieurs niveaux de lecture. Ces niveaux de lecture s’enracinent dans le schĂ©ma dualiste, perpĂ©tuellement maintenu « des Arabo-Berbères (Maures Blancs) toujours maĂ®tres de père en fils et des NĂ©gro-Mauritaniens « de toutes les colorations », condamnĂ©s au statut d’esclaves d’ascendants Ă  descendants.

En effet, sans que cela ne soit nulle part inscrit : « être Noir en Mauritanie est un délit. ».

Le PrĂ©sident de SOS Esclaves M. BOUBACAR MESSAOUD l’illustre bien, lorsqu’il rapporte Ă  la Mission d’observation du CRAN : « on m’invite Ă  la Radio, Ă  la TĂ©lĂ©vision, anniversaire de l’indĂ©pendance, 54 hommes sous la tente, mais six Noirs, cinq ou six Haratines, cinq femmes. Il faut avoir la courtoisie de respecter son peuple. Je ne disculpe personne. Il y a discrimination dans l’intĂ©rĂŞt des Arabes. Le Nègre, s’il en avait les moyens, l’aurait fait aussi. Il y a des comportements discriminatoires partout. Le terme « Kori » Ă©tablit une distinction entre Noirs et Blancs en Mauritanie (.) Il faut respecter dans la langue, les personnes . »

Ces quelques lignes du PrĂ©sident de l’une des ONG abolitionnistes, apportent la preuve du mode opĂ©ratoire de « la fĂ©odalitĂ© conservatrice au pouvoir, depuis l’indĂ©pendance de la RĂ©publique islamique de Mauritanie Ă  savoir : « Prendre des dĂ©cisions qui ont une rĂ©sonnance conforme aux attentes de l’opinion internationale, n’accomplir aucune des rĂ©alisations envisagĂ©es, proclamer qu’il n’y a aucune discrimination en brandissant des officiels Haratines hauts placĂ©s, exhiber ces derniers comme des « images et figures emblĂ©matiques » de la cohĂ©sion sociale ; maintenir l’Ă©quilibre instable de la coexistence pacifique entre les clans, ethnies, tribus et castes d’une mosaĂŻque non encore rĂ©pertoriĂ©e dans sa totalitĂ©, faute de recensements fiables.

Le schĂ©ma dualiste hĂ©ritĂ© de la colonisation reprĂ©sentant une minoritĂ© dominante d’Arabo-Berbères ou Maures appelĂ©s « les blancs » (environ 25% de la population) confrontĂ©e Ă  une majoritĂ© discriminĂ©e de NĂ©gro-Mauritaniens repartis au sein des communautĂ©s de Haratines, SoninkĂ©s, Peuhls, SarakolĂ©s, Wolofs, Halpoulars, Toucouleurs, Bambaras.etc (75% de la population) vole progressivement en Ă©clats.

I-3-2-2- L’indiffĂ©renciation anthropologique du MaĂ®tre.

En RĂ©publique Islamique de Mauritanie, se dĂ©ploie dans le processus psycho-social et anthropologique, une unanimitĂ© tacite reproductrice du MaĂ®tre, comme modèle et exemple vivant auquel il faut « Ă  dĂ©faut de se soumettre, ressembler ». « Le MaĂ®tre sĂ©culaire » est Arabo-Berbère ou « Blanc », l’esclave de descendance est issu de la caste des « Haratines », une des composantes « multicolores » de ceux que nous dĂ©signons pour des raisons de simplification « NĂ©gro-Mauritaniens ».

Or, la RĂ©publique Islamique de Mauritanie est davantage une constellation de tribus, de clans, d’ethnies, de castes lesquels, sur le modèle du MaĂ®tre, reproduisent ceux des clivages et celles des pratiques fĂ©odales qui ont cours au sein de la minoritĂ© blanche mauritanienne(.).

Le premier Ă©lu du peuple Mauritanien, un Haratine, nous faisait observer : « On m’a souvent dit que je parle uniquement des pratiques des Arabes, mais je parle de ce que je connais le mieux. Je suis descendant d’esclaves, propriĂ©tĂ© des Arabes. Ils sont blancs, je suis comme je suis. Je suis leur esclave. L’esclave SoninkĂ© ou halpoular est moins visible. Je me suis rebellĂ© très tĂ´t. Mon semblable SoninkĂ© ou Wolof ne se voit pas (.) ».

Qu’est-ce Ă  dire, sinon qu’il existe au sein de la majoritĂ© NĂ©gro-Mauritanienne dite « discriminĂ©e, des SoninkĂ©s, des Peulhs, des Wolofs, des Bambaras ou des Sarakoles attachĂ©s aux privilèges fĂ©odaux. Les MaĂ®tres et les esclaves apparaissent par consĂ©quent comme des figures diffuses, protĂ©iformes, Ă©clatĂ©es, banalisĂ©es du paysage humain et multiculturel mauritanien : les maĂ®tres, refusant d’ĂŞtre affublĂ©s du patronyme d’esclavagistes, tout en demeurant propriĂ©taires d’esclaves ; les esclaves, tout en refusant d’assumer d’ĂŞtre taxĂ©s comme tels en cas de dĂ©nonciation, reculent devant tout horizon autre que celui d’appartenir Ă  leurs maĂ®tres(.), au point d’ĂŞtre prĂŞts Ă  mourir pour ces derniers..

A l’analyse, l’obstacle anthropologique est l’Ă©cueil majeur auquel se sont heurtĂ©s les rĂ©gimes militaires successifs qui ont voulu s’attaquer Ă  l’Ă©pineuse problĂ©matique de l’esclavage et mĂŞme, des Gouvernements qui ont dĂ» recourir Ă  la rĂ©pression et Ă  la dĂ©portation des NĂ©gro-Mauritaniens dont les voix se sont bruyamment Ă©levĂ©es contre l’injustice, l’inĂ©galitĂ©, l’iniquitĂ© et la cruautĂ© d’une pratique surannĂ©e et fondamentalement inhibitrice de toute marche vers le dĂ©veloppement et l’Ă©mancipation des peuples.

Il va sans dire que les esclaves, dĂ©pendent matĂ©riellement, Ă©conomiquement, physiquement, charnellement et spirituellement de leurs maĂ®tres : il s’agit en rĂ©alitĂ©, de « possessions », « propriĂ©tĂ©s », « servants ou servantes », « domestiques Ă  charge », « personnes corvĂ©ables Ă  souhait et plus ou moins consentantes ».

Devant tous « ces visages familiers du servage», on serait en droit de se demander, s’ils ne participent pas tous, du «mĂ©tamorphisme de l’esclavage » ?

I-3-3- Le poids écrasant des conservatismes féodaux

J’avais en mai 2013, en tant que Vice-PrĂ©sident du CRAN, chargĂ© des relations avec l’Afrique, tirĂ© la sonnette d’alarme, au sujet du pĂ©ril social que courrait la Mauritanie, en entĂ©rinant l’hĂ©ritage esclavagiste lĂ©guĂ© par la France comme une manière de fidĂ©litĂ© et de respect du « Pacte Franco-Arabo-Berbères ». Je rĂ©agissais ainsi, Ă  la condamnation des Militants abolitionnistes qui, en avril 2012, avaient brĂ»lĂ© les livres religieux qu’ils considĂ©raient comme le Code Noir de l’esclavage en Mauritanie. L’acte ainsi posĂ©, se destinait Ă  attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale. Dans ces livres religieux, le statut de l’esclave Ă©tait dĂ©fini comme suit :

1.La femme esclave doit entretenir son maître par sa chair.
2.Elle ne doit pas couvrir son corps du regard de son maître.
3.L’enfer est promis Ă  l’esclave qui n’obĂ©it pas.
4.Un maître peut vendre ou marier son esclave à qui il veut et à tout moment.
5.Le MaĂ®tre met fin au mariage de son esclave, chaque fois qu’il le souhaite.
6.Interdiction pour un esclave ou descendant d’esclave de diriger la prière.
7.Un Maître peut, à tout moment, entretenir des rapports sexuels avec son esclave.

Le MaĂ®tre « peut » parce qu’il dĂ©tient « le pouvoir » reconnu par « les livres religieux ». L’esclave « doit » parce qu’il a « le devoir » en tant que croyant, d’observer scrupuleusement « les prescriptions sacrĂ©es » du rĂ´le qu’il est appelĂ© Ă  jouer.

L’histoire des peuples structure leur mentalitĂ©, remodèle leur culture adapte conjoncturellement leurs m urs sĂ©culaires ; la foi et la croyance, quant Ă  elles, agissent sur leurs « universaux mentaux » parce qu’elles investissent leur sensibilitĂ©, affectent leur esprit.

Les militants abolitionnistes d’avril 2012 avaient qualifiĂ© par les substantifs, « Code Noir de l’esclavage », «les livres religieux » qui faisaient l’apologie de l’esclavage et sacralisaient le MaĂ®tre.

Du fait des « croyances dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©es », il existe en Mauritanie, des castes d’ascendants et descendants d’esclaves « bâtards » qui ne porteront jamais les noms de leur père ou gĂ©niteur en vertu « du droit fĂ©odal de cuissage ». Les fils d’esclaves reprendront inĂ©luctablement le nom de leur mère, « Ould Fatma » par exemple. La SociĂ©tĂ© Civile nous faisait remarquer y relativement : « les esclaves n’ont pas d’Ă©tat civil. Les enfants non plus. L’Etat doit prendre des dispositions pour qu’ils aillent Ă  l’Ă©cole (.) ».

Les politiques s’attaquent très peu Ă  la question et pour cause : « l’esclavage est politique », il contribue Ă  conserver la sociĂ©tĂ© telle qu’elle est, avec ses inĂ©galitĂ©s, ses privilèges, ses injustices raciales, claniques, ethniques (.) ».

La stigmatisation dès la naissance des descendants d’esclaves est appelĂ©e, en Mauritanie, Ă  se perpĂ©tuer « telle un piège sans fin. », tant qu’il sera interdit aux politiques d’aborder la question de ces fils et filles d’esclaves dont la population s’est dĂ©multipliĂ©e au fil des dĂ©cennies avec des mutations «multicolores » vertigineuses (.).

Leur maintien dans « l’ombre », leur effacement voulu du paysage humain mauritanien, est une forme criarde d’ostracisme social, de marginalisation sociĂ©tale, de rĂ©clusion au statut d’apatrides, de dĂ©chĂ©ance, dans le mĂŞme temps de la citoyennetĂ© et de la nationalitĂ© des fils et filles de la Mauritanie condamnĂ©s dès la naissance et au cours de « l’existence » Ă  n’ĂŞtre que « les ombres » de leurs maĂ®tres ; pire, Ă  n’avoir aucune existence lĂ©gale(.)

Cette stigmatisation peut, par ailleurs, ĂŞtre interprĂ©tĂ©e sous l’angle d’une volontĂ© hĂ©gĂ©monique qui se sert de « l’EugĂ©nisme », pour asseoir la permanence du pouvoir et la perpĂ©tuation des privilèges de « la caste des MaĂ®tres ». De fait, en choisissant « l’Esclave-femme » comme « reproductrice perpĂ©tuelle d’une descendance qui ne portera jamais le nom des gĂ©niteurs. », le Code Noir. a durablement contribuĂ© Ă  mettre sur pied, une machine redoutable, perverse, abominable et cruelle destinĂ©e Ă  hypothĂ©quer le futur et priver la Mauritanie « des forces vives d’une jeunesse qui n’avait pas vocation, au motif de la naissance, d’ĂŞtre marginalisĂ©e. ».

Pratique culturelle, cultuelle ou fatalitĂ© de l’Histoire ?

L’esclavage en Mauritanie est tout cela Ă  la fois. Il a le visage de la Mauritanie : pluriforme, pluriel, multicolore, « incolore », « transparent », multiforme. Les mutations du phĂ©nomène sont telles que les termes caractĂ©risateurs en viendraient Ă  ne pouvoir ĂŞtre Ă©puisĂ©s. Il n’est donc pas surprenant que les politiques, avec une habiletĂ© et une dextĂ©ritĂ© inĂ©galĂ©es, usent et abusent de la ruse, pour Ă©chapper Ă  « l’aveu que l’esclavage existe en Mauritanie ».

Notre avis est pourtant qu’admettre l’existence de l’esclavage est un impĂ©ratif catĂ©gorique qui marquera la rupture avec « le marasme identitaire » et sonnera « la fin du culte de l’indiffĂ©rence face Ă  la misère morale absurde d’ĂŞtre apatride dans son pays dès la naissance et privĂ© de citoyennetĂ© pendant toute son existence(.) »

Les hommes politiques conservateurs mauritaniens comme les esclavagistes tapis « dans les sables mouvants d’une pratique d’un autre âge », ne doivent jamais oublier qu’ils ne sont pas hĂ©ritiers « d’une sempiternelle ascendance de MaĂ®tres », mais qu’ils ne font qu’emprunter la terre Ă  ceux qui viendront. Car, qui peut prĂ©juger de ce que rĂ©serve l’avenir, si dans les temps prĂ©sents, rien n’est fait pour endiguer le flĂ©au de « l’esclavage structurel actuel » de la Mauritanie ?
Un dicton africain dit : « Quand on couvre ça sent !!! ».

Notre Mission d’observation avait Ă©mis le v u que « la dĂ©couverte » soit « le fil d’Ariane » de nos investigations. Or, « la couverture » en Mauritanie est un « Modus Vivendi » anthropologique, culturel, rituellique, comportemental, vestimentaire. On se couvre quand il fait chaud, assurĂ©ment pour attĂ©nuer les ardents rayons du soleil et stabiliser la tempĂ©rature du corps. On absorbe des boissons chaudes, en l’occurrence, « le TchaĂŻ » pour les mĂŞmes raisons. La tendance Ă  « couvrir » l’ĂŞtre, Ă  « se recouvrir » le corps va plus loin ; elle s’Ă©tend Ă  l’aptitude Ă  « voiler. couvrir les choses qui fâchent, dĂ©rangent, offensent ou plus prĂ©cisĂ©ment, pourraient attenter Ă  la libertĂ©, aux croyances et Ă  la « cohĂ©sion sociale » de la Mauritanie, c’est-Ă -dire clairement au statu quo des privilèges. » nous disions, un peu pour prĂ©venir les uns et les autres de la nĂ©cessitĂ© de ne rien cacher :

« Le soleil n’Ă©claire et ne sèche que ce qu’on lui montre. »

Eclairer, mettre Ă  la grande lumière le caractère Ă  la fois « monolithique » et « kalĂ©idoscopique » qu’offre l’esclavage en Mauritanie, permettrait une lisibilitĂ©, sans doute, une effectivitĂ© des solutions propres Ă  la Mauritanie, adaptĂ©es Ă  son anthropologie et Ă  sa culture, acceptĂ©es par la branche conservatrice de l’AssemblĂ©e des OulĂ©mas dont nous savons « la prĂ©gnance » et la profonde influence en RĂ©publique Islamique de Mauritanie.

Nous sommes conscients de ce que « le tendon d’Achille» de l’esclavage en Mauritanie, rĂ©side dans ses racines anthropologiques et culturelles, encouragĂ©es et lĂ©gitimĂ©es par les prĂ©ceptes religieux d’un islamisme conservateur. Perçu sous cet angle, il est courant que « les MaĂ®tres » aient la profonde certitude d’ĂŞtre des bienfaiteurs, qui irradient de leur gĂ©nĂ©rositĂ© les nĂ©cessiteux, en leur fournissant « pitance », « abri », « vĂŞture » et « descendance ». Les esclaves, Ă  cause de la pauvretĂ© ou de l’indigence de leurs ascendants ne se reprĂ©sentent aucune perspective d’avenir, hors de « leurs bienfaiteurs » qui, Ă  leur tour, ont hĂ©ritĂ© de leurs ascendants, « une main d’ uvre servile, corvĂ©able et soumise au doigt et Ă  l’ il » Ă  leur volontĂ©.

Lorsque nous dĂ©duisions des propos recueillis, l’autre effarante rĂ©alitĂ© selon laquelle « les pratiques esclavagistes » Ă©taient notoirement plus ardues chez les NĂ©gro-Mauritaniens, lesquels, comparĂ©s aux Arabo-Berbères, ne bĂ©nĂ©ficient pas de la mĂŞme aisance en biens (.), alors surgissent insidieusement les questions d’une brĂ»lante actualitĂ© : Que faire ? Par quel bout commencer ?

Comment procĂ©der pour dĂ©monter le bloc « kalĂ©idoscopique » miroitant des reflets et facettes multiples de l’esclavage et de ses sĂ©quelles, au point de rendre, vaine toute tentative de s’y attaquer ?

La tentation première serait en effet d’Ă©riger hâtivement en postulat « l’irrĂ©versibilitĂ© de l’esclavage et de ses sĂ©quelles en Mauritanie, tant la pratique s’est incrustĂ©e dans les m urs, les cultures et croyances de toutes les composantes de la mosaĂŻque ethnique, clanique, tribale (.) etc

L’autre tentation serait de laisser penser que rien de vertueux n’est entrepris par le Gouvernement actuel et sous la prĂ©sidence de son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, pour rĂ©sorber et par touches successives, Ă©radiquer « l’esclavage et ses sĂ©quelles » en RĂ©publique Islamique de Mauritanie.

La dernière tentation, celle-là, catastrophique, serait « de faire-semblant ». selon de nombreuses sources qui nous parviennent ex-post, cette dernière option aurait été adoptée par les Autorités Mauritaniennes.

Des informations Ă©manant desdites sources, font Ă©tat de ce que les AutoritĂ©s gouvernementales Mauritaniennes auraient choisi d’implĂ©menter des « actions cosmĂ©tiques » visant Ă  rassurer l’opinion internationale, avec de « beaux textes de lois » inappliquĂ©s et inapplicables, « des recommandations de rĂ©vision de la lĂ©gislation sur l’esclavage hautement pertinentes », lesquelles sont brandies Ă  l’occasion des forums internationaux et rangĂ©es dans les tiroirs, au retour des commissions et conventions partenariales, avec les Nations-Unies, l’Union EuropĂ©enne et autres entitĂ©s techniques ou financières ayant voix au chapitre(.).

RĂ©cemment, Ă  Genève, les Organisations Non Gouvernementales (ONG) Mauritaniennes en charge de la lutte contre l’esclavage et ses sĂ©quelles, auraient dans un « chorus unanime » repris « le leitmotiv » de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CDH) ; du Commissariat des Droits de l’Homme pour dĂ©fendre avec brio et sagacitĂ©, les actions conduites par le Gouvernement Mauritanien afin d’Ă©radiquer les sĂ©quelles de l’esclavage. Cette opĂ©ration de loyautĂ© empreinte de nationalisme, est louable. Mais, faut-il continuer Ă  grands frais d’Etat le financement particulièrement coĂ»teux de « l’image de marque de la Mauritanie » ?

Oui ! A la seule condition que ces dĂ©penses importantes selon nos sources, impactent sur la recherche des solutions idoines Ă  l’Ă©radication, non des sĂ©quelles, mais du « vrai visage muet » de l’esclavage en Mauritanie.

II- La tragĂ©die muette de l’esclavage en Mauritanie : l’urgence d’une thĂ©rapie idoine

II-1- La Thérapie du Gouvernement Mauritanien sujette à caution

Au lieu d’une chirurgie esthĂ©tique, il s’agit de pratiquer en Mauritanie, une chirurgie vive, conforme Ă  « l’Ă©thique thĂ©rapeutique appropriĂ©e », et non Ă  « la plastique » qui donne plus de place, au « paraĂ®tre » qu’Ă  « l’ĂŞtre ».

Le plus urgent et le plus appropriĂ© aux yeux de l’Etat Mauritanien, Ă©tait Ă  ce qu’il nous a semblĂ©, lors de notre mission d’observation, la lutte contre la pauvretĂ©.

Le Ministre de la Justice, Ă  l’Ă©poque de notre sĂ©jour, nous rĂ©vĂ©lait Ă  ce sujet : « Les gens ne sont pas libres, non pas Ă  cause de l’esclavage ou de ses sĂ©quelles, mais parce qu’il n’y a pas assez d’Ă©coles, il n’y a pas de richesses. Nous combattons la pauvretĂ© (.) ».

La démarche gouvernementale est assurément habile qui propose la solution en occultant le problème : les esclaves sont libres en Mauritanie, mais ont tendance à perdre cette liberté parce que non-scolarisés, sous-scolarisés, démunis, indigents, pauvres et la plupart du temps livrés à eux-mêmes.

C’est donc sous le prisme de « marginalisĂ©s Ă©conomiques », que le Gouvernement Mauritanien s’attaque Ă  la lutte contre l’esclavage ou de ses sĂ©quelles, mais pour constante qu’elle est, l’approche gouvernementale mĂ©rite d’ĂŞtre interrogĂ©e tant du point de vue de sa cohĂ©rence que de son efficacitĂ©.

Boubacar Messaoud de SOS esclaves prĂ©venait la Mission d’observation du CRAN : « l’esclavage en Mauritanie n’est pas ponctuel, mais structurel. » mĂŞme la loi 2007-048 censĂ©e incriminer l’esclavage n’admet paradoxalement pas son existence en ce qu’elle impose la mention « prĂ©sumĂ© esclave » Ă  tous « les cas avĂ©rĂ©s d’esclavage » disqualifiant, Ă  l’occasion, les dĂ©nonciations.

L’Agence TADAMOUN, dotĂ©e d’un budget consĂ©quent destinĂ© entre autres, Ă  l’assistance des cas avĂ©rĂ©s d’esclavage et aurĂ©olĂ©e de la capacitĂ© d’ester en Justice, en tant que partie civile, ne saurait paradoxalement, « avoir du grain Ă  moudre » dès lors que lesdits cas ne seraient jamais connus de l’Institution de haut niveau, chargĂ©e de l’Ă©radication des sĂ©quelles de l’esclavage en Mauritanie.

A preuve, avocat de formation et ancien Ministre de la Communication, M. HAMDI OULD MAHDJOUD, alors Directeur de l’Agence TADAMOUN, avait tenu d’entrĂ©e de jeu Ă  baliser le cadre de l’intervention et de l’action de « l’Institution » qui Ă  l’Ă©poque n’avait que cinq (5) mois d’existence : « il est un fait, c’est que l’esclavage n’existe plus en Mauritanie. Il n’est plus admis par l’Etat (.) l’Etat n’accepte ni l’esclavage, ni les pratiques esclavagistes ».

Cet extrait Ă©claire l’option gouvernementale et la position officielle de l’Etat mauritanien : « la non-acceptation de l’esclavage, la nĂ©gation des pratiques esclavagistes Ă©quivalent ipso facto Ă  l’inexistence de l’esclavage.

Il s’agit donc « d’une pĂ©tition de principe » ; l’affirmation vaut le fait, un peu comme si « dire » c’est « faire ».

II-2- La nĂ©cessite d’un diagnostic lucide, efficace et mĂ©thodique du protocole global d’Ă©radication de l’esclavage en Mauritanie

Certes, en Afrique, l’oralitĂ© et la parole donnĂ©e sont des constantes qui tirent leur valeur, de la chaleur de la voix et du crĂ©dit Ă©motionnellement apportĂ© aux mots, que cette voix articule et Ă©grène tel « un chapelet de vĂ©ritĂ©s ». Mais, nous avons aussi pu observer, qu’au sein du Commissariat des Droits de l’Homme (CDH) ; de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), des ONG et Associations Civiles de lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage, certains des membres qui disent haut et fort, dans « les lieux convenus », ce qui sonne bien aux oreilles des officiels Mauritaniens, Ă  l’abri « des regards inquisiteurs » et « hors du champ officiel », nous glissent dans le creux de l’oreille : « l’esclavage existe en Mauritanie, il est tabou d’en parler de la manière qui pourrait dĂ©plaire. ».

II-2-1- La nĂ©cessitĂ© de s’affranchir du tabou « de l’esclavage ».


« Le secret » dans la quasi-totalitĂ© des traditions du monde, se transmet « de bouche Ă  oreille ». Il ne s’agit plus seulement de «mettre la puce Ă  l’oreille » mais, davantage ; partager le secret qui vous est Ă  vous seul confiĂ© », parce que son Ă©metteur en a jugĂ©, «le rĂ©cepteur » digne « de le recevoir » et apte Ă  en faire l’usage le plus appropriĂ©, pour un retour de l’harmonie au sein de « la chaĂ®ne de solidaritĂ© sociĂ©tale, sociale, nationale voire rĂ©gionale. »

En tant qu’Africain, prĂ©sident de SolidaritĂ© Africaine de France, Vice-PrĂ©sident du CRAN, chargĂ© des Relations avec l’Afrique, le « secret » que j’ai recueilli en Mauritanie et qui m’a Ă©tĂ© confiĂ© par des Mauritaniens, afin que tous les Mauritaniens le partagent est le suivant :

« La fiertĂ© de la fĂ©odalitĂ© conservatrice, l’influence et la prĂ©gnance d’un islamisme conservateur sur les croyances, pratiques et m urs constituent par la soliditĂ© de leur impact sur le multiculturalisme mauritanien, « le ciment identitaire » de la Mauritanie.

Tous les politiques redoutent de briser « ce ciment », ou de s’attaquer Ă  la refondation du « matĂ©riau humain mauritanien ». Une telle entreprise s’apparenterait « au nettoyage des Ecuries d’Augias » ou aux « Douze Travaux d’Hercule ».

Le drame c’est que toute la Mauritanie est victime d’une cĂ©citĂ© sĂ©culairement entretenue, culturellement et cultuellement admise, politiquement et administrativement tolĂ©rĂ©e.

Prisonniers d’un système oĂą ils sont de facto « juges et parties», les politiques eux-mĂŞmes en sont victimes dès leur naissance et bourreaux pendant leur existence (.) Bourreaux et victimes sont donc logĂ©s Ă  la mĂŞme enseigne.

Un dicton en Afrique subsaharienne objecte : « lorsqu’on s’est mordu la langue et qu’on saigne abondamment, on est contraint de cracher, mais aussi, dĂ©glutir son propre sang. ».

Au lieu de poursuivre une quĂŞte frĂ©nĂ©tique et habile consistant Ă  « faire prendre des vessies pour des lanternes », au lieu d’installer « une confusion Ă©pistĂ©mologique » regrettable au c ur d’une lutte noble et nĂ©cessaire, au dĂ©veloppement harmonieux et inclusif comme Ă  l’Ă©mancipation de tous les Mauritaniens, il faudrait dĂ©finitivement faire accepter et partager par tous les Mauritaniens, le fait que « lutter contre les sĂ©quelles et non contre l’esclavage «parce qu’il n’existe plus», est contreproductif.

En effet, apposer un pansement superficiel sur une gangrène en voie de cancĂ©risation, ou sur une tumeur en voie de se mĂ©tastaser, n’est ni plus, ni moins, qu’une hĂ©rĂ©sie (.) ».

II-2-2- La nĂ©cessitĂ© de « dĂ©politiser, l’esclavage en Mauritanie

L’histoire trouble, et instable de ces dernières dĂ©cennies en Mauritanie, a Ă©tĂ©, en grande partie, liĂ©e au rĂ©veil brutal des revendications abolitionnistes rĂ©clamant que l’Etat reconnaisse l’existence de l’esclavage, se conforme Ă  la ratification de la DĂ©claration Universelle des Droits de l’Homme, s’attaque Ă  la question foncière Ă  travers une rĂ©forme juste, se dĂ©partisse de sa collusion avec la fĂ©odalitĂ© conservatrice, rĂ©ponde au retour des dĂ©portĂ©s exilĂ©s au Mali, au SĂ©nĂ©gal et au Niger, publie le dĂ©cret d’application de la loi 2007-048.

Soucieux de maintenir « la cohĂ©sion sociale plurielle » de la Mauritanie, les diffĂ©rents rĂ©gimes militaires, incommodĂ©s par autant de sollicitations, les unes aussi pressantes que les autres, leur ont accordĂ© des fortunes diverses allant de la rĂ©elle volontĂ© d’y apporter des solutions, Ă  la nĂ©cessitĂ© de rĂ©primer les soulèvements pour troubles Ă  l’ordre public ou autres atteintes Ă  la sĂ©curitĂ© de l’Etat(.)

Mais, quelle que soit l’option choisie par les gouvernements qui se sont succĂ©dĂ© en Mauritanie, une vĂ©ritĂ© demeure : le seul Chef d’Etat Mauritanien qui a voulu prioritairement s’attaquer Ă  la question de l’esclavage, en posant des actes significatifs, saluĂ©s par « les dissidents » a Ă©tĂ© renversĂ©, Ă©vincĂ©(.). Il s’agit de Sidi Ould AbdallaĂŻ (2007-2008) (.) C’est dire la fragilitĂ© Ă  laquelle s’exposent les dirigeants mauritaniens qui ont l’outrecuidance ou l’indĂ©pendance de rechercher des solutions politiques, aux exactions causĂ©es par « la plaie cachĂ©e de l’esclavage ».

En Mauritanie, tout se passe comme s’il faut laisser la sociĂ©tĂ© telle qu’elle est. charge Ă  elle, de reproduire la caste des maĂ®tres et celle des esclaves. En parler est politiquement incorrect.

Le PrĂ©sident du Conseil Constitutionnel Mauritanien, nous faisait remarquer que : « Tous les rĂ©gimes depuis, ont essayĂ© d’apporter une contribution visant Ă  Ă©radiquer, au moins Ă  attĂ©nuer les pratiques esclavagistes. Le pouvoir actuel, dans le cadre d’un dĂ©bat national avec les forces politiques, a criminalisĂ© les pratiques esclavagistes. Ceux qui s’y adonnent peuvent ĂŞtre jugĂ©s et condamnĂ©s ».

A la question de l’application du droit face au conservatisme religieux, le PrĂ©sident du CCM dira : « Les pouvoirs publics devraient engager une action de sensibilisation et mettre Ă  contribution les religieux : OulĂ©mas, marabouts, imams. Leur influence est grande. il faut qu’ils battent campagne. Ce serait une avancĂ©e importante dans le changement des mentalitĂ©s. Leur classe a soutenu l’esclavage pendant longtemps. C’est difficile de se dĂ©dire. Mais le monde a changĂ©. Il faut accepter que les gens soient Ă©gaux. ». Au sujet des instances en charge de rendre justice et condamner les cas avĂ©rĂ©s d’esclavage, le PrĂ©sident du CCM avouera : « on n’a pas vu de condamnations Ă  ma connaissance. Les magistrats sont-ils convaincus que l’esclavage est un crime ? Je me pose la question (.) ».

II-2-3- L’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© d’appliquer la loi 2007-048.

Notre avis d’observateur demeure constant : l’esclavage est un crime. Son Ă©radication en Mauritanie est possible, elle est mĂŞme souhaitable et Ă  bien des Ă©gards, impĂ©rative.

Pour y parvenir, la bonne volonté manifestée par le Président Mauritanien, Son Excellence Mohamed Ould Abdel Aziz, à travers les actions déjà entreprises, est à saluer et à encourager.

Le CRAN s’est fait l’Ă©cho de certaines de ces actions dans ses prĂ©cĂ©dents rapports, notamment : l’inscription dans la constitution de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage ; l’institution de « la sĂ©curitĂ© sociale gĂ©nĂ©ralisĂ©e » ; l’inscription sur les listes Ă©lectorales de « l’approche genre » rĂ©servant 25% de place aux femmes, en position d’Ă©ligibilitĂ© ; la valorisation de l’opposition dont le chef, Ă  notre connaissance, jouit d’un statut unique en Afrique, lui confĂ©rant le rang de Ministre avec tout le protocole et tous les avantages qui accompagnent cette position, tant dans le pays que lors de ses dĂ©placements Ă  l’Ă©tranger. Il rencontre les dirigeants au moins une fois par trimestre pour parler de la marche de l’Etat et peut rĂ©clamer aux ministres, les dossiers dont il a besoin pour mener Ă  bien sa mission.

Face Ă  un tableau si sĂ©duisant, illustration vivante de l’Ă©mancipation des forces politiques, de la libĂ©ralisation inscrite aussi bien dans le corpus institutionnel, juridique que dans le corpus social mauritanien, qu’est-ce qui peut bien justifier la poursuite de la traque des militants abolitionnistes, l’emprisonnement des leaders politiques Ă  l’instar de BIRAM Dah Ould Abeid., PrĂ©sident de l’IRA, arrivĂ© second, aux dernières Ă©lections prĂ©sidentielles ou la condamnation Ă  mort de Mohamed Cheikh Ould M’Khetir issu de « la caste des forgerons », inculpĂ© de crime pour propos blasphĂ©matoires tenus Ă  l’encontre du prophète Mahomet ?
Comment peut-on justifier qu’au cour du procès d’appel tenu le 21 avril 2016, l’avocat de la partie civile, maĂ®tre Yahya Ould ABDOU et le reprĂ©sentant de l’assemblĂ©e des OulĂ©mas mauritaniens, Abdallahi Ould REGAD aient requis la condamnation Ă  mort, confirmant la peine prononcĂ©e en première instance par le palais de justice de Nouadhibou, alors que l’inculpĂ© Mohamed Cheikh Ould M’Khetir a plaidĂ© « non coupable » et par ailleurs dĂ©clarĂ© n’avoir en aucun cas eu Ă  outrager, ni Ă  profaner le prophète par ses Ă©crits, mais, eu l’intention et la volontĂ© d’attirer l’attention sur « la caste des forgerons » Ă  laquelle il appartient : « les maalemines » dont il dĂ©clarait au cours du procès, que cette composante de la sociĂ©tĂ© mauritaniennes Ă©tait « mal considĂ©rĂ©e et discriminĂ©e »?

Qu’est-ce qui peut expliquer la chasse aux sorcières et l’offensive menĂ©es jusqu’Ă  la tribune des Nations Unies, pour dĂ©noncer le prix reçu par BIRAM., alors que ce dernier milite pour une cause juste et connue de tous les Mauritaniens, mĂŞme si les moyens utilisĂ©s peuvent ĂŞtre contestĂ©s ?

De telles attitudes, dĂ©marches et actions militent-elles en faveur de la sincĂ©ritĂ© des politiques actuelles de lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage ?

La rĂ©ponse Ă  ce long questionnement, Ă  notre humble avis, Ă©mane des prioritĂ©s gouvernementales rĂ©sumĂ©es par le PrĂ©sident du Conseil constitutionnel Mauritanien, lesquelles mĂ©ritaient d’ĂŞtre prises effectivement en compte, Ă  savoir : « l’Economie et l’Ă©ducation ».

Le propos tenu par ce haut dirigeant Ă©tait le suivant : « (.) Aujourd’hui le cheval de bataille des pouvoirs publics doit ĂŞtre l’Ă©conomie et l’Ă©ducation avec l’aide des religieux qui n’aident pas Ă  l’avancĂ©e rapide des mentalitĂ©s (.) ».

Il est loisible de s’en apercevoir : « le ventre mou » de la bataille Ă©conomique et Ă©ducative en Mauritanie sera encore le conservatisme religieux (.) C’est pourquoi, il n’est pas opportun de « se voiler la face », il n’est pas avantageux de pratiquer « la politique de l’autruche ».

Les pouvoirs publics Mauritaniens doivent rentabiliser les avancĂ©es actuelles et probablement uniques en Afrique, en inscrivant la reconnaissance de l’existence de l’esclavage en Mauritanie, au titre des solutions prioritaires globales.

Notre intime conviction est que s’en tenir exclusivement Ă  la lutte actuellement conduite en Mauritanie contre les sĂ©quelles de l’esclavage, c’est implicitement confirmer l’infaillibilitĂ© des prĂ©ceptes religieux enseignĂ©s aux populations par les OulĂ©mas conservateurs, c’est ouvertement concourir Ă  lĂ©gitimer la marginalisation Ă©conomique « des pans entiers de l’Ă©nergie des populations mauritaniennes », c’est compromettre toutes les politiques Ă©ducatives visant l’alphabĂ©tisation, la scolarisation des anciens et nouveaux esclaves, c’est enfin, rendre artificielles, toutes les avancĂ©es heureuses que nous avons saluĂ©es, par le passĂ©, avec enthousiasme.

II-3- La nécessité de la refondation des politiques éducatives et économiques

Nous osons dire, qu’en Mauritanie, comme partout ailleurs, « tout est liĂ© ». Le bout par lequel on commence ne peut ĂŞtre tenu jusqu’Ă  l’autre bout que, si l’on prend en compte les n uds de l’intervalle : il faut les dĂ©nouer pour avoir la longueur, la perspective, la vision globale.

Un proverbe de la tradition orale africaine Ă©nonce en substance qu’ « il ne faut pas s’attarder Ă  l’endroit oĂą on est tombĂ©, mais plutĂ´t lĂ , oĂą on a trĂ©buchĂ©. ».

Chaque pays a « ses distorsions » et aucun n’a le monopole de « ses flĂ©aux », il appartient Ă  chacun d’y apporter, selon ses convenances, les solutions jugĂ©es adĂ©quates.

Dans le cas de la Mauritanie, « la plaie cachĂ©e de l’esclavage » est une « bombe Ă  retardement » qui creuse profondĂ©ment le fossĂ© de la pauvretĂ©, accroĂ®t la misère morale et matĂ©rielle des esclaves, augmente l’ignorance du plus grand nombre de Mauritaniens, rendus invisibles, par « les verrous de l’hypocrisie religieuse et l’artificialitĂ© des politiques « d’insertion » mises en uvre. ». C’est d’ailleurs ce que confirme, sous des dehors caricaturaux et forcĂ©ment dĂ©prĂ©ciatifs, le regard que l’Occident porte sur la Mauritanie.

II-3-1- La thĂ©rapie de l’esclavage au c ur des enjeux Ă©conomiques et Internationaux

La Mauritanie est d’après la CommunautĂ© Internationale, « l’un des pays les moins dĂ©veloppĂ©s au monde, en clair l’un des plus pauvres. L’indice de dĂ©veloppement humain en 2011, classait la Mauritanie au 156ème rang sur 187 pays du monde. D’un point de vue financier, le pays dĂ©pend de l’aide Ă©trangère et est fortement endettĂ©. Au plan politique, la Mauritanie est considĂ©rĂ©e par les Institutions EuropĂ©ennes, comme un pays instable et en proie depuis plusieurs annĂ©es Ă  des activitĂ©s terroristes ; Al QaĂŻda est actif dans les zones dĂ©sertiques du pays. La situation s’Ă©tait considĂ©rablement aggravĂ©e en mars 2012, après le coup d’Ă©tat militaire perpĂ©trĂ© au Mali sous la houlette et l’instigation des militants islamistes(.)».

« L’Ă©conomie du pays est extrĂŞmement dĂ©pendante de l’agriculture et l’essentiel des forces vives est employĂ© dans ce secteur. Les principales exportations sont toutefois le minerai de fer et le poisson. ».

L’importance du poisson dans la nutrition des populations des pays en voie de dĂ©veloppement n’est plus Ă  dĂ©montrer. Quel visiteur, pour peu qu’il se soit donnĂ© la peine de regarder, ignore la place majeure qu’occupe dans la nutrition mauritanienne, « le blĂ© Ă©crasĂ©, moulu pour en obtenir une farine fine, travaillĂ©e Ă  la main dans une couscoussière, et cuite Ă  l’Ă©touffĂ©e ou Ă  la vapeur : « Le KISSE-KISSE », ce couscous mauritanien qui doit probablement son appellation Ă  l’onomatopĂ©e sonore connotant « l’harmonie imitative » de l’Ă©lasticitĂ©, est accompagnĂ© d’une sauce de feuilles de baobab moulues, assaisonnĂ©es et Ă©picĂ©es de condiments qui font oublier sa gluance, Ă  la faveur de l’arĂ´me agrĂ©able qui s’en dĂ©gage et stimule, autant le sens olfactif que les papilles gustatives ; l’huile animale issue des graisses chauffĂ©es de vache, de chèvre ou de mouton, vient versĂ©e par-dessus bord, relever l’onctuositĂ© de la sauce, garnie tout autour, de morceaux de viande de zĂ©bu, de mouton, très souvent de poisson.

« Nourriture de Dieu. », le poisson est aux Mauritaniens ce que fut dans le mythe judĂ©o chrĂ©tien de la traversĂ©e du dĂ©sert, « la manne » pour le peuple d’IsraĂ«l.

Indispensable dans la nutrition des Mauritaniens, « le poisson est aussi une rente d’exportation, car il procure des devises au pays, Ă  travers la pĂŞche industrielle locale et la petite pĂŞche ». PrisĂ© pour sa qualitĂ©, sa variĂ©tĂ© et son abondance, le poisson Mauritanien est exploitĂ©, au large de 753km de cĂ´tes dont les eaux regorgent de ressources halieutiques rĂ©putĂ©es, parmi les plus riches au monde. La demande des ressources halieutiques des eaux mauritaniennes, s’est accrue au cours des vingt dernières annĂ©es, tout comme leur pleine exploitation, voire, Ă  certaines Ă©poques, leur surexploitation, pour ne pas dire leur pillage.

Afin de pallier aux dĂ©rives observĂ©es dans le secteur, et d’Ă©viter que la rente de la pĂŞche ne profite pas Ă  la Mauritanie, et n’impacte pas durablement sur l’Ă©conomie de ce secteur dans le pays, le gouvernement Mauritanien, sous la prĂ©sidence de Mohamed Ould Abdel Aziz, a courageusement et objectivement revisitĂ© l’Accord de Partenariat dans le secteur de la PĂŞche avec l’Union EuropĂ©enne.

L’Accord de Partenariat dans le secteur de la PĂŞche (APP) entre l’Union EuropĂ©enne et la RĂ©publique Islamique de Mauritanie date du 1er AoĂ»t 2006 et avait Ă©tĂ© mis en uvre au moyen de deux protocoles successifs. Le dernier d’entre eux Ă©tait arrivĂ© Ă  Ă©chĂ©ance le 31 juillet 2012.

Dès le 1er AoĂ»t 2012, la commission de la pĂŞche, organe du Conseil EuropĂ©en siĂ©geant au Parlement de l’Union EuropĂ©enne, communiquait directement Ă  la Mauritanie, les demandes de pĂŞche qu’elle recevait des Etats-membres europĂ©ens. En attendant l’approbation par le Parlement EuropĂ©en, un accord intĂ©rimaire avait Ă©tĂ© signĂ© le 16 dĂ©cembre 2012, lequel Ă©tait arrivĂ© Ă  Ă©chĂ©ance en janvier 2013.

A l’Ă©poque, une centaine de navires battant pavillon de douze Etats membres diffĂ©rents de l’Union EuropĂ©enne, se voyaient accorder l’accès aux zones de pĂŞche mauritaniennes. Ils venaient d’Espagne, d’Italie, du Portugal, de Grèce, de France, du Royaume Uni, de Malte, des Pays Bas, d’Allemagne, de Lituanie et de Lettonie.

Devant tous ces « mastodontes » EuropĂ©ens, la RĂ©publique islamique de Mauritanie est parvenue Ă  faire entendre sa voix, au cours d’âpres nĂ©gociations avec la commission de la pĂŞche ayant reçu mandat du Conseil (Parlement de l’Union EuropĂ©enne). Le nouveau protocole, en mĂŞme temps qu’il garantissait la prioritĂ© d’accès des flottes de l’Union EuropĂ©enne aux excĂ©dents disponibles dans les zones Ă©conomiques exclusives (ZEE) mauritaniennes, visait Ă©galement Ă  crĂ©er une politique de pĂŞche durable en Mauritanie.

Les exigences mauritaniennes consistaient outre, Ă  renforcer les communautĂ©s cĂ´tières ainsi que les petites pĂŞches, de permettre avec l’appui des conseils scientifiques, la redĂ©finition de nouveaux volumes de stocks de poissons. Auparavant, la plupart des stocks de poissons, de l’avis de la partie mauritanienne, avait fait l’objet soit d’une pleine exploitation, soit d’une surexploitation. Afin de renforcer le secteur local de la pĂŞche, il avait Ă©galement Ă©tĂ© convenu d’Ă©largir la zone de pĂŞche pour les poissons pĂ©lagiques : les chalutiers pĂ©lagiques devraient dĂ©sormais se tenir Ă  une distance de 20 miles du rivage. La mesure ainsi prise se destinait Ă  rĂ©duire de manière importante les captures accessoires.

Comme dans toutes nĂ©gociations, l’Union EuropĂ©enne a perçu comme un revers dommageable, les restrictions apportĂ©es par la partie mauritanienne et pris des mesures de rĂ©torsion, ramenant la contrepartie financière prĂ©cĂ©demment de 20 000 000 (vingt millions) d’Euros annuels affectĂ©s au secteur local de la pĂŞche mauritanienne Ă  3 millions d’Euros, un peu pour punir les Mauritaniens d’avoir osĂ© dĂ©noncer les dĂ©rives contraires Ă  l’Accord signĂ©.

De mĂŞme, l’augmentation de la contrepartie financière pour l’accès aux ressources halieutiques des Etats membres europĂ©ens, fixĂ©e annuellement Ă  67 millions d’Euros, n’Ă©tait, en dĂ©finitive qu’un « tour de passe » consistant Ă  « dĂ©shabiller » la pĂŞche locale, pour « maquiller » le non-paiement effectif des droits rĂ©clamĂ©s au prorata des captures opĂ©rĂ©es par les armateurs occidentaux.

De fait, la commission de la pĂŞche europĂ©enne justifiait cette nouvelle rĂ©partition, par l’augmentation du droit d’accès en fonction des captures opĂ©rĂ©es, exigĂ©e par la partie Mauritanienne et applicable aux armateurs de l’Union EuropĂ©enne.

Pour rĂ©sumer, l’Union EuropĂ©enne n’a pas apprĂ©ciĂ© le fait que les autoritĂ©s mauritaniennes continuent de percevoir vingt millions d’Euros au titre de la pĂŞche locale mauritanienne, et dans le mĂŞme temps, restreignent considĂ©rablement la surexploitation des captures qui constituaient la base des profits faramineux des armateurs des Etats Membres de l’Union EuropĂ©enne. En allant jusqu’Ă  brandir la menace de mise en chĂ´mage des marins mauritaniens employĂ©s dans les navires europĂ©ens, l’Union EuropĂ©enne a apportĂ© la preuve qu’elle n’affecte « ses dotations » qu’en fonction des zones Economiques Exclusives qu’elle exploite sous forme de « chasse-gardĂ©e » oĂą, il n’y a rien Ă  redire, rien Ă  voir, et oĂą il vous est simplement demander de « circuler ».

Ce n’est pas nouveau : la violation des accords, des droits acquis, « le dĂ©veloppement par embuscades », n’ont jamais cessĂ© d’ĂŞtre, la philosophie europĂ©enne du dĂ©veloppement de l’Afrique.

Nous nous sommes attardĂ© sur le secteur de la pĂŞche en Mauritanie parce qu’il n’est pas seulement stratĂ©gique, mais aussi nĂ©vralgique. Il met en Ă©vidence la capacitĂ© qu’ont les Mauritaniens d’apporter des solutions aux questions sensibles, dans l’intĂ©rĂŞt des populations de leur pays. Il est tout aussi clair, que leur habiletĂ© et leur aptitude Ă  faire entendre leur voix seront mises Ă  l’Ă©preuve dans le secteur de la pĂŞche lors de l’Ă©valuation ex-post du rapport coĂ»t-bĂ©nĂ©fice, comme sur l’incontournable question des droits de l’Homme en gĂ©nĂ©ral, et de l’esclavage en particulier.

Or, contrairement aux allĂ©gations dĂ©prĂ©ciatives et rĂ©ductionnistes que porte l’Occident sur la Mauritanie, le pays dispose de tous les atouts en mesure d’autoriser que soit pansĂ©e « la plaie de l’esclavage ».
A la diffĂ©rence de ses voisins subsahariens ayant un gĂ©o-système physique et climatique identique, la Mauritanie, bien qu’essentiellement dĂ©sertique, est dotĂ©e Ă  l’Ouest, d’une large façade maritime, et arrosĂ©e au Sud, par la rive droite du fleuve SĂ©nĂ©gal.

La rĂ©gularitĂ© des pluies d’hivernage et la crue annuelle du fleuve irriguent la rĂ©gion Sud et lui confèrent toute l’annĂ©e, des terres arables, cultivables, mĂŞme si ces dernières ne couvrent qu’un pour cent (1%) du territoire, elles occupent 84% de la population active dans le secteur de l’agriculture. Le mil, le maĂŻs, les niĂ©bĂ©s (haricots), les palmiers dattiers sont les principales cultures.

La rĂ©gion sahĂ©lienne au Nord-Est fait figure de zone intermĂ©diaire : ses dunes fixĂ©es par des acacias et ses graminĂ©es sont des champs de parcours pour les troupeaux de chèvres, de moutons et de zĂ©bus dont la population animalière Ă©tait estimĂ©e il y a une quinzaine d’annĂ©es, Ă  1 200 000 bovidĂ©s (zĂ©bus), 5 200 000 ovins, 2 600 000 caprins, 700 000 chameaux. Donc, Ă  cĂ´tĂ© de la pĂŞche qui produisait dans la mĂŞme pĂ©riode, 35 000 tonnes de poissons sĂ©chĂ©s et de l’Ă©levage qui continue de prospĂ©rer aux limites du dĂ©sert, le minerai de fer exploitĂ© Ă  l’Ă©tat brut reprĂ©sentait 45% du PNB mauritanien en 1979.

Les 3700km de voie ferrĂ©e reliant les mines de fer Ă  Nouadhibou que protège de la houle, l’avancĂ©e du Cap Blanc, dans la Baie du lĂ©vrier, demeurent un acquis en mesure d’ĂŞtre capitalisĂ© Ă  d’autres fins Ă©conomiques.

Par ailleurs, la Mauritanie couvre un territoire de 1 030 700 km² pour un peu plus de 5 millions d’habitants. Il y a donc de la place pour tous les Mauritaniens. Au Nord-Est et au Nord de la Mauritanie, la possibilitĂ© de viabiliser sur le long terme des espaces arides, Ă  l’instar d’IsraĂ«l, des pays arabes et mĂŞme des pays du Maghreb qui ont su capitaliser « la rente du dĂ©sert », est envisageable.

Les Ă©nergies vertes, Ă©oliennes et photovoltaĂŻques, peuvent tout aussi bien ĂŞtre produites Ă  partir d’infrastructures appropriĂ©es.
La dĂ©couverte rĂ©cente, dans la partie frontalière avec le SĂ©nĂ©gal, d’un gisement gazier d’une teneur (capacitĂ©) de près de 450 milliards de mètres cubes de gaz naturel, est un nouveau levier de croissance et une interpellation Ă  l’accĂ©lĂ©ration des mesures propices Ă  la reconfiguration du paysage politique et Ă  la rĂ©vision des politiques d’apaisement du « climat social ».

La rente gazière devra faire l’objet d’une juste rĂ©partition entre le SĂ©nĂ©gal et la Mauritanie qui partagent une frontière prometteuse en richesses exploitables pour le plus grand bien des peuples des deux rivages du fleuve SĂ©nĂ©gal.

Faut-il le rappeler ? La question foncière dans la vallĂ©e du fleuve SĂ©nĂ©gal est restĂ©e pendante. l’exploitation agricole dans cette rĂ©gion, la plus fertile de la Mauritanie, mĂ©rite la plus grande attention afin que les privilèges fonciers immĂ©ritĂ©s accordĂ©s aux fĂ©odalitĂ©s de tous bords au dĂ©triment des autochtones NĂ©gro-Mauritaniens, spoliĂ©s de leurs terres ancestrales, cessent ou ne continuent pas de faire des forces vives du secteur agricole, « des marginalisĂ©s de la croissance Ă©conomique en Mauritanie. »

Comme la rente agricole, la rente gazière risque de raviver les convoitises, attiser les divisions, exacerber les ranc urs, si rien n’est entrepris pour fixer dans l’urgence un agenda politique, juridique, Ă©conomique et civique de rĂ©parations permettant de rĂ©duire arithmĂ©tiquement le fossĂ© des inĂ©galitĂ©s et des injustices au premier rang desquelles, l’accession Ă  la citoyennetĂ© et la lisibilitĂ© de la participation civique des NĂ©gro-Mauritaniens, au fort taux de croissance actuel de la Mauritanie.

Ainsi que le confiait Ă  la Mission du CRAN, l’Ambassadeur de France de lors HervĂ© BESENCENOT :
« Le PrĂ©sident Aziz est nĂ© Ă  Dakar (.) sur le plan Ă©conomique, les relations avec ses voisins africains sont très importantes. La visite de Macky Sall a Ă©tĂ© un vrai succès. Aziz est perçu comme orientĂ© vers l’Afrique subsaharienne, plutĂ´t que vers le Maghreb. Sur l’esclavage. cela prendra du temps.. les Ă©vènements de 1989 sont dans tous les esprits. Depuis, des actions ont Ă©tĂ© menĂ©es. Globalement on a rĂ©ussi le retour des rĂ©fugiĂ©s. La loi 1981, la loi 2007. le PrĂ©sident sait ce qu’il doit aux français. AQMI n’est plus dans les rues. Aujourd’hui, la Mauritanie est un maillon fort. Le risque s’est dĂ©placĂ© vers l’Est. Il y a des rĂ©sultats. Sur le plan macro-Ă©conomique, un fort taux de croissance, l’inflation baisse. La richesse n’est pas encore Ă©galement repartie. L’indĂ©pendance de la justice est douteuse. Il y a une volontĂ© de juste rĂ©partition des richesses et des pouvoirs. Le PrĂ©sident Aziz a une vraie volontĂ© d’ouverture (.) ».

Le tableau panoramique dressĂ© par la reprĂ©sentation diplomatique de France en Mauritanie, illustre Ă  l’envi, les avancĂ©es significatives accomplies par la RĂ©publique Islamique de Mauritanie, lesquelles ne pourront perdurer que si la volontĂ© d’ouverture exprimĂ©e par le PrĂ©sident Mohamed Ould Abdel Aziz, s’approprie le principe selon lequel : « l’unitĂ© est supĂ©rieure au conflit ».

Car, « pendant que les uns sont obnubilĂ©s uniquement par le profit Ă©conomique et d’autres ont pour seule obsession la conservation ou l’accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons, ce sont des guerres ou bien des accords fallacieux oĂą (.) protĂ©ger les plus faibles est ce qui intĂ©resse le moins les deux parties. »

En Mauritanie, le pouvoir Ă©conomique est entre les mains des Arabo-berbères, le pouvoir politique reparti entre Arabo-Berbères, Haratines et quelques fĂ©odaux triĂ©s sur le volet, le pouvoir militaire, l’armĂ©e, en majoritĂ© NĂ©gro-Mauritanienne et interdite de se mĂŞler de politique, est dominĂ©e, Ă  sa tĂŞte par des Arabo-Berbères : les Haratines y font figure de simples exĂ©cutants ; les pouvoirs judiciaires et lĂ©gislatifs sont au service de l’exĂ©cutif. Il va sans dire que toutes les inĂ©galitĂ©s et injustices flagrantes peuvent-ĂŞtre perçues par « la grande muette » Ă  savoir « le gros des troupes de l’armĂ©e », comme inacceptables, rĂ©voltantes, en tout cas, comme l’illustration d’une « absence de bonnes politiques publiques. »

Or, « lorsque la politique est elle-mĂŞme responsable de son propre discrĂ©dit, Ă  cause de la corruption et du manque de bonnes politiques, lorsque l’Etat ne joue pas son rĂ´le dans une rĂ©gion, certains groupes Ă©conomiques peuvent apparaĂ®tre comme des bienfaiteurs et s’approprier « le pouvoir rĂ©el », se sentant autorisĂ©s Ă  ne pas respecter certaines normes, jusqu’Ă  donner lieu Ă  diverses formes de criminalitĂ© organisĂ©e, de traite de personnes., et de violence très difficiles Ă  Ă©radiquer. »

Nous disions de la Mauritanie, qu’elle dispose de tous les atouts pour panser « la plaie de l’esclavage ». Nous le maintenons en nous appuyant sur deux autres facteurs favorables Ă  la mise en uvre des politiques appropriĂ©es au retour de l’harmonie, du dĂ©veloppement participatif et inclusif de tous les mauritaniens Ă  l’essor social, Ă©conomique et au rayonnement de leur pays.

II-4- La nĂ©cessitĂ© d’un plan d’urgence de lutte contre l’esclavage en vue de son Ă©radication

Contrairement Ă  bon nombre de RĂ©publiques-Soeurs de l’Afrique subsaharienne, la Mauritanie dispose de sa monnaie : L’OUGUIYA. Elle peut donc battre monnaie. Cet instrument de souverainetĂ© dans la programmation du dĂ©veloppement est un attribut de flexibilitĂ© Ă©conomique, de fiertĂ© lĂ©gitime, et d’indĂ©pendance vĂ©ritable. La reprĂ©sentation diplomatique de la France en Mauritanie, s’emploie activement Ă  encourager la Mauritanie Ă  faire partie de la CEDEAO et « piaffe d’impatience », face au peu d’empressement mis par les autoritĂ©s gouvernementales mauritaniennes sous l’Ă©gide du PrĂ©sident Mohamed Ould Abdel Aziz, pour accĂ©der Ă  cette « invite ». La CEDEAO, c’est la zone franc de l’Afrique de l’Ouest avec les entraves au dĂ©veloppement qui durent depuis plus d’un demi-siècle.

La Mauritanie, c’est notre avis, n’a pas le droit de perdre l’avantage de la souverainetĂ© que lui confère sa monnaie : l’OUGUIYA. « l’OUGUIYA » est, de notre point de vue, un impĂ©ratif acquis de souverainetĂ© non-nĂ©gociable qui, prospectivement, permettra Ă  la Mauritanie, « contre vents et marĂ©es », d’avoir la posture exemplaire de ce que l’image de la rĂ©sistance et de la fiertĂ© peut, Ă  cĂ´tĂ© de la souverainetĂ©, contribuer Ă  servir d’aiguillons du dĂ©veloppement.

Le contexte de l’heure est dominĂ© par la toute-puissance de l’image et la fulgurance de la communication. Le maintien de « l’OUGUIYA » contribuera, dans la construction de l’image de la Mauritanie, Ă  asseoir le socle de la respectabilitĂ© et de la crĂ©dibilitĂ© dont on sait l’importance dans « le jeu » des rapports entre peuples et les enjeux au sein de l’Ă©conomie globale.

L’autre facteur favorisant est, après l’influence dès le VIème siècle du Mouvement de prĂ©dication et de reformation religieuse et morale des Almoravides, l’introduction au XIIIème siècle, par les Arabes Ma’qil de la langue arabe Hassanya, Ă  l’origine de l’essor culturel mauritanien, de la stratification sociale en castes et de l’influence sĂ©culaire des marabouts, imams, et autres dignitaires du culte musulman, en Mauritanie.

Bien qu’officiellement francophone, la Mauritanie, arabophone au sein de l’Ă©lite, compte dans son paysage linguistique, l’arabe Hassanya comme langue nationale de tous les mauritaniens ; le français, faisant figure de langue officielle.

L’arabe Hassanya est donc un Ă©lĂ©ment fĂ©dĂ©rateur Ă  travers lequel peut ĂŞtre vĂ©hiculĂ©e la volontĂ© politique de mise en uvre du PLAN D’URGENCE destinĂ© Ă  Ă©viter Ă  la Mauritanie, les affres du conflit et de la dĂ©stabilisation, instrumentalisĂ©s par les groupes de pression de la technostructure Ă©conomique et financière, appuyĂ©s en cela par les lobbies et officines ayant « pignon sur rue » au sein des organisations internationales des droits de l’Homme.

Les 29 recommandations contenues dans la feuille de route consensuelle pour la lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage initiĂ©e par le Ministère de la Justice Mauritanien, avec la participation des Ministères Sectoriels, le CNDH, le CDH, les ONG mauritaniennes de lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage et la sociĂ©tĂ© civile, avaient, dans le cadre d’une approche de lutte multidimensionnelle, l’ambition de renforcer la dĂ©mocratie et promouvoir l’Etat de droit en Mauritanie.

Des recommandations dĂ©fendues par les dĂ©partements publics concernĂ©s et la SociĂ©tĂ© Civile mauritanienne, il ressort qu’elles ont eu l’assentiment des partenaires techniques et financiers de la RĂ©publique islamique de Mauritanie, ainsi que l’aval de la Rapporteuse spĂ©ciale des Nations-Unies sur les formes contemporaines de l’esclavage.

SolidaritĂ© Africaine de France et le CRAN dont nous assurons respectivement la PrĂ©sidence et la vice-prĂ©sidence, suggère trois ans après notre Mission d’observation en Mauritanie, la mise sur pied par le Gouvernement Mauritanien, d’un PLAN D’URGENCE rendant applicables et exĂ©cutoires les points importants des recommandations ci-après :

1- L’organisation du maillage des centres ad hoc d’Ă©tablissement d’actes de naissance, Ă©tats civils, cartes nationales d’identitĂ© aux Mauritaniens n’ayant pas d’affiliation, sur une durĂ©e qui couvrirait l’annĂ©e civile, dans les 13 rĂ©gions administratives de la Mauritanie, depuis la rĂ©gion du HODH ECH CHARGUI (NEMA), jusqu’au district de Nouakchott, en passant par la rĂ©gion de DAKHLET NOUADHIBOU (NOUADHIBOU).

Outre, le Ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement originel, le Ministère des Affaires Sociales, de l’enfance et de la famille ; Le Ministère de la Justice, le Ministère de l’intĂ©rieur et de la DĂ©centralisation, la commission aux droits de l’Homme, Ă  l’action humanitaire et aux relations avec la SociĂ©tĂ© Civile, les ONG de lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage devront ĂŞtre associĂ©es, mises Ă  contribution et prises en charge pour mener efficacement le processus. L’AssemblĂ©e des OulĂ©mas devra ĂŞtre sensibilisĂ©e et informĂ©e du caractère impĂ©rieux et capital de ce processus qui engage la stabilitĂ© prĂ©sente et future de la Mauritanie.

En effet, Ă  l’heure oĂą « les clignotants se mettent au vert », la Mauritanie ne doit pas servir de champ d’expĂ©rimentation d’une nouvelle dĂ©stabilisation dont le prĂ©texte serait le non-respect des droits de l’Homme et la vĂ©ritable raison : « la mainmise sur la pĂŞche – le gaz naturel – le minerai de fer.etc ».

2- Mettre en place un observatoire de lutte contre l’esclavage et les formes contemporaines de l’esclavage.

DiffĂ©rent de l’Agence TADAMOUN, qui lutte contre les sĂ©quelles, l’insertion socio-Ă©conomique des victimes, le dĂ©veloppement Ă©conomique des dĂ©munis, les projets de dĂ©veloppement en faveur des anciens esclaves (.), L’OBSERVATOIRE de lutte contre l’esclavage et les formes contemporaines de l’esclavage sera une institution directement rattachĂ©e Ă  la PrĂ©sidence de la RĂ©publique islamique de Mauritanie et composĂ©e d’Agents publics issus des 13 rĂ©gions administratives Ă  savoir :

1°) HODH ECH CHARGUI (NEMA) ;
2°) HODH EL GHARBI (AÏOUN-EL-ATROUSS) ;
3°) ASSABA (KIFFA) ;
4°) BRAKNA (ALEG) ;
5°) GORGOL (KAEDI) ;
6°) TRARZA (ROSSO) ;
7°) ADRAR (ATAR) ;
8°) DAKHLET NOUADHIBOU (NOUADHIBOU) ;
9°) TAGANT (TIDJIKJA) ;
10°) GUIDIMAKA (SELLBABY) ;
11°) TIRIS ZEMMOUR (F’DERICK) ;
12°) INCHIRI (AKJOUJT) ;
13°) District de NOUAKCHOTT (NOUAKCHOTT).

Les antennes rĂ©gionales de l’observatoire, en vertu de l’urgence, pourront ĂŞtre conçues de manière sommaire, sous forme de grandes tentes assez confortables pour accueillir les populations, recueillir les dolĂ©ances, dĂ©nonciations, et autres documentations des enquĂŞteurs du Commissariat aux Droits de l’Homme, Ă  l’action humanitaire, de la SociĂ©tĂ© Civile dĂ»ment reconnue impliquĂ©e et rĂ©munĂ©rĂ©e pour la sincĂ©ritĂ© et l’efficacitĂ© de leurs enquĂŞtes et la prise en compte de leurs propositions.

L’examen par le comitĂ© interministĂ©riel composĂ© outre de la PrĂ©sidence de la RĂ©publique (reprĂ©sentĂ©e) ; du Premier Ministère (reprĂ©sentĂ©) ; du Ministère de la Justice ; du Ministère de la DĂ©fense Nationale ; du Ministère des Finances , du Ministère des Affaires Economiques et du DĂ©veloppement ; du Ministère des Affaires Islamiques et de l’Enseignement originel ; du Ministère de la Communication et des Relations avec le Parlement ; du Ministère de l’IntĂ©rieur et de la DĂ©centralisation ; du Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, du Ministère de l’Education Nationale ; du Ministère des Affaires Sociales, de l’enfance et de la famille ; du Commissariat aux droits de l’homme, Ă  l’action humanitaire et aux relations avec la SociĂ©tĂ© civile ; de la Commission Nationale des Droits de l’Homme ; avisera trimestriellement des mesures juridiques, sociales, Ă©conomiques et formatives (Ă©ducatives) Ă  prendre Ă  court, moyen et long terme. Une Ă©valuation ex-post de l’application des mesures prises sera communiquĂ©e partout oĂą besoin sera et les dispositions correctives seront prescrites les cas Ă©chĂ©ants.

L’observatoire de lutte contre l’esclavage et les formes contemporaines de l’esclavage accordera une place de choix aux services des avocats indĂ©pendants, aux ONG abolitionnistes qui mĂ©ritent d’ĂŞtre reconnues Ă  l’intĂ©rieur de la Mauritanie, au lieu de ne leur laisser le choix que de porter leur voix dans les tribunes, officines des Nations-Unies, plateaux de tĂ©lĂ©vision Ă©trangers, occidentaux et autres (.) lieux sollicitĂ©s Ă  l’extĂ©rieur ; le mĂŞme crĂ©dit gouvernemental devra ĂŞtre accordĂ© aux ONG des droits de l’homme, dĂ©pouillĂ©s de « la camisole de force » de la pensĂ©e unique, libĂ©rĂ©s du discours unanimiste et « appauvri » parce qu’inopĂ©rant, lorsqu’il se rĂ©duit Ă  « la lutte contre les sĂ©quelles de l’esclavage ».

Il s’agit donc de renforcer les moyens d’action des ONGs, d’impliquer la SociĂ©tĂ© Civile Ă  toutes les Ă©tapes des actions entreprises et des programmes, de vulgariser les textes sur l’esclavage et mener une sensibilisation dans toutes les Ă©coles et Ă©tablissements de formation, par voie d’affichage, slogans, Ă©missions en arabe Hassanya, dĂ©bats tĂ©lĂ©visĂ©s et radio etc.

3°- La crĂ©ation d’une commission de suivi de toutes les mesures programmĂ©es et activitĂ©s proposĂ©es Ă  vocation d’Ă©valuer et communiquer hebdomadairement ou mensuellement, les actions conduites Ă  mi-parcours, indĂ©pendamment de l’Agence TADAMOUN ou de l’Observatoire, est Ă  implĂ©menter pour frapper les esprits et souligner la dĂ©termination des AutoritĂ©s gouvernementales qui communiquent très peu, alors que les lignes bougent, mĂŞme timidement.

4°- L’instauration d’une journĂ©e de lutte contre l’esclavage sous la haute prĂ©sidence de Son Excellence Mohamed Ould Adel Aziz, avec comme sectoriels-ressources : la Commission Nationale des droits de l’Homme, le Commissariat des droits de l’Homme (.). Les ONG abolitionnistes, les ONG des droits de l’Homme, la SociĂ©tĂ© Civile.

5°- La poursuite et le recadrage des actions conduites par l’Agence TADAMOUN, en vue de l’assistance des victimes de l’esclavage, du dĂ©clenchement des procĂ©dures jusqu’Ă  l’issue des procès, l’encouragement de l’entreprenariat des victimes de l’esclavage, la pratique Ă  leur endroit de « la discrimination positive » Ă  l’emploi, la mise sur pied et l’exĂ©cution des projets de dĂ©veloppement en faveur des anciens esclaves, l’exĂ©cution des dĂ©cisions de justice portant dĂ©dommagement des victimes.

6°-La prise en compte de la dimension « genre » pour des solutions appropriĂ©es aux individus les plus vulnĂ©rables, notamment en ce qui concerne la non-discrimination de la femme et de l’enfant. Pour cela, il convient dans l’urgence de revisiter et amĂ©liorer le corpus lĂ©gislatif contre l’esclavage par l’adoption des textes connexes et le dĂ©cret d’application de la loi 2007-048 incriminant l’esclavage.

7°-La crĂ©ation, la mise en uvre et la mise en application des conditions favorables Ă  l’Ă©gal accès Ă  la propriĂ©tĂ© foncière et des mesures rĂ©paratrices ou compensatoires destinĂ©es aux personnes spoliĂ©es de leur terre, expulsĂ©es pour cause d’utilitĂ© publique, dĂ©possĂ©dĂ©es pour des raisons diverses, notamment l’exploitation des terres extorquĂ©es par quelques fĂ©odaux ayant rĂ©duit Ă  la servitude, au travail forcĂ© ou mĂŞme au travail rĂ©munĂ©rĂ©, les vĂ©ritables ayant droit.

8°-La remise des peines ou simplement l’accord de la grâce prĂ©sidentielle Ă  toutes les personnes inculpĂ©es et rĂ©cluses, pour troubles Ă  l’ordre public, incitation Ă  l’insurrection ou Ă  la rĂ©volte populaire lors de leur combat acharnĂ© contre la persistance de l’esclavage en Mauritanie.

Cette dernière mesure d’apaisement du climat social en Mauritanie ne peut pas ĂŞtre encouragĂ©e par les officines diplomatiques Ă©trangères, soucieuses qu’elles sont d’avoir dans leur manche « la carte » qu’elles brandiraient le moment opportun pour dĂ©stabiliser la Mauritanie.

Ces officines disent du « bout des lèvres » ce qu’elles ne souhaitent pas voir s’accomplir, pour conserver l’avantage et dicter le moment venu, la direction Ă  prendre (.).

La libĂ©ration de BIRAM Dah Ould Abeid ainsi que la rĂ©vision de la condamnation en appel de Mohamed Cheikh Ould M’khetir, selon notre analyse, seront en Mauritanie, des signaux forts de la reprise en main par le PrĂ©sident Mohamed Ould Abdel Aziz, de la dynamique de rĂ©conciliation, du dialogue avec l’opposition, de la reconstitution du « ciment unitaire » qui refuse le principe « machiavĂ©lique » : « diviser pour mieux rĂ©gner », pour lui prĂ©fĂ©rer la noblesse et la grandeur de l’autre principe qui veut que « l’unitĂ© est supĂ©rieure au conflit ».

Car, « si la politique n’est pas capable de rompre une logique perverse et de plus reste enfermĂ©e dans des discours qui ne posent pas les vrais problèmes, nous nous condamnons Ă  ne pas faire face aux grands problèmes de l’humanitĂ© ».

L’unitĂ© de la Mauritanie est dĂ©jĂ  dans sa devise :
« HONNEUR -FRATERNITE – JUSTICE »
L’UnitĂ© de la Mauritanie est aussi dans sa monnaie « L’OUGUIYA », instrument de souverainetĂ©, de fiertĂ© et de flexibilitĂ© en vue de la programmation en interne du dĂ©veloppement de tous les Mauritaniens.
L’UnitĂ© de la Mauritanie est prĂ©sente dans le partage de la langue arabe Hassanya vĂ©hicule des valeurs culturelles au sein desquelles tous les Mauritaniens se reconnaissent.
L’UnitĂ© de la Mauritanie, c’est enfin, le ciment de la stratification sociale en castes ; stratification qui admet, la caste des esclaves, non comme un scandale, une infamie ou une perversitĂ©, mais comme une nĂ©cessitĂ©.

C’est le lieu ici de rappeler qu’anthropologiquement, culturellement, la fraternitĂ© entre esclaves et MaĂ®tres que nous avons Ă©voquĂ©e, a des racines insoupçonnĂ©es : Savez-vous, et cela n’est pas qu’anecdotique, qu’il est courant, en Mauritanie, qu’un descendant d’esclave et un fils ou une fille issu(e) du lignage des MaĂ®tres Arabo-Berbères, soient allaitĂ©s dans leur prime enfance par la servante et/ou la femme-esclave ? Le descendant d’esclave et le fils du MaĂ®tre reçoivent alors la dĂ©signation de « frères de lait » (.).

Une telle coutume, inouĂŻe ailleurs, est paradoxalement une opportunitĂ©, une base de solutionnement de la problĂ©matique singulière de l’esclavage en Mauritanie. Sur cette base, il convient simplement de sensibiliser les Arabo-berbères, qu’ils sont en Afrique, non pas « Ă  part », bien que diffĂ©rents par la pigmentation, mais « Ă  part entière » par l’histoire, la culture et les valeurs nobles de l’Islam. Ils sont donc les frères des NĂ©gro-Mauritaniens, par consĂ©quent doivent admettre que ceux qui sont sĂ©culairement Ă  leur service, mĂ©ritent d’ĂŞtre leurs Ă©gaux en droits et en devoirs.

Qu’il me soit Ă  ce sujet permis de me remĂ©morer, un Ă©vènement qui a marquĂ© mon enfance : « le premier PrĂ©sident du Cameroun El Hadj Amadou Ahidjo, de regrettĂ©e mĂ©moire, lorsque le poids de la charge et des responsabilitĂ©s lui laissaient le temps, Ă©tait très enthousiaste, Ă  l’idĂ©e d’aller Ă  la rencontre de son homologue, le PrĂ©sident de la Mauritanie, Son Excellence Moctar Ould Dadah, pour disait-il, prendre le temps de se reposer (.) auprès de son frère ».

C’est cette image de la fraternitĂ© entre Arabo-Berbères, NĂ©gro-Mauritaniens et Africains de tous les horizons du Continent, que nous appelons de tous nos v ux, afin que le grand dessein qui est celui de la Mauritanie et le rĂ´le Ă©minemment gĂ©ostratĂ©gique que le pays est appelĂ© Ă  jouer Ă  la charnière de l’Afrique Subsaharienne et du Maghreb, contribuent Ă  la rĂ©alisation du rĂŞve unitaire et de la concorde entre les peuples du Continent Africain.

Paris, le 3 mai 2016.


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