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La raison du désengagement de Rio Tinto Alcan d’Alucam!

Par Jean Baudelaire Belengue, Secrétaire général adjoint du RACE

«. Rio Tinto Alcan a fait connaître au gouvernement du Cameroun ainsi qu’au Conseil d’administration du groupe Alucam, sa décision de quitter l’actionnariat du groupe Alucam au 31 décembre 2014. Nous sommes fiers de notre participation dans le groupe Alucam au cours des dernières décennies. Toutefois il est clair que la pérennité du groupe Alucam repose sur un plan d’affaires qui ne rencontre plus les priorités stratégiques de Rio Tinto Alcan ». Contre toute attente, c’est par ce communiqué laconique que le groupe minier anglo-australien Rio Tinto Alcan a annoncé le 08 octobre 2014, sa ferme intention de quitter le pacte actionnarial dans la compagnie camerounaise d’aluminium (Alucam). Signalons qu’Alucam – unique aluminerie du Cameroun depuis 1958 – est aujourd’hui détenue à part égale par Rio Tinto Alcan et le gouvernement du Cameroun à hauteur de 46,67% chacun. Le reste étant partagé entre l’Agence française de développement (5,6%) et le personnel (1,1%).

Même si cela n’est pas explicitement dit, une analyse objective de l’actualité récente de secteur de l’énergie électrique laisse entrevoir une explication plausible à cette soudaine décision de Rio Tinto Alcan. Ce départ précipité semble être indirectement lié à la signature le 10 juillet 2014, d’un accord entre l’opérateur d’électricité français EDF (Electricité de France) et le gouvernement camerounais, pour la construction de la centrale hydroélectrique de Nachtigal dans la région du Centre. En effet, la réalisation de ce barrage qui sera presqu’entièrement dédié à l’extension de la société Alucam – qui souhaite tripler sa production de 90000 à 300000 tonnes dans un futur proche – a été attribuée à EDF. Cette convention cède effectivement tous les droits pour le développement de ce projet à l’opérateur français, ainsi que la construction d’une portion de ligne de transport d’énergie électrique de 225 KV longue de 50 kilomètres.

D’une capacité de production de 420 MW (soit près de 20% de la production nationale d’électricité), cette centrale, qui sera opérationnelle à partir de 2019 et dont la réalisation était initialement confiée à Alucam, coûtera environ 400 milliards Fcfa. Son financement sera conjointement assuré dans les proportions suivantes : EDF 40%, la Société financière internationale (SFI) 34% et l’Etat du Cameroun 26%.

L’exécution de cet ouvrage par EDF au détriment d’Alucam n’est certainement pas étrangère à cette décision du groupe Rio Tinto Alcan de quitter le Cameroun. Il ne peut en être autrement lorsqu’on connait les intentions que nourrissait, il y a à peine 05 ans encore, ce géant de l’industrie mondiale de l’aluminium pour notre pays. A ce propos voici ce qu’écrivait le magazine Jeune Afrique le 05 août 2009 : «.Le groupe Rio Tinto Alcan va investir, à partir de 2011, 5,5 milliards de dollars (2†500 milliards de F CFA) dans trois grands projets au Cameroun, selon une convention signée le 29 juillet 2009 à Yaoundé avec le gouvernement. Le premier projet concerne la construction d’un barrage hydroélectrique d’une capacité de 930 MW à Song Mbengue, près de la ville d’Edea. Le deuxième consiste à réaliser une usine de production d’aluminium à Kribi d’une capacité de 400†000 tonnes. Le groupe participera aussi au développement du futur port en eau profonde de Kribi. Selon Jean-Philippe Puig, le président du groupe pour l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, cet important investissement démarrera fin 2011 pour un début d’exploitation prévu en 2016. 30†000 emplois seront créés durant la construction et 5†000 pour l’exploitation ». Le brusque abandon de cet ambitieux programme d’investissement ne peut qu’être la résultante d’une discorde entre l’Etat du Cameroun et son partenaire, qui ne supporte pas d’avoir été dessaisi de la réalisation de cette importante infrastructure énergétique.

Sans être exactement dans la même configuration, le seul précédent comparable à cette actualité alambiquée est la décision souveraine prise par l’Etat en 2011, de retirer de fait de la concession du 18 juillet 2001 – à travers la nouvelle loi N°2011/022 du 14 décembre 2011 régissant le secteur de l’électricité – l’activité du transport et la future création par l’article 23 d’une entité publique Grt (Gestionnaire du réseau transport). Cet acte régalien des pouvoirs publics a été l’une des raisons inavouées du départ anticipé du Cameroun du groupe américain AES Corporation et la cession de ces actifs dans toutes ses filiales camerounaises au profit du fonds britannique ACTIS.

Nous rappelons qu’avant la construction et la mise en service il y a un peu plus de 02 ans de la centrale à gaz de Kribi (216 MW extensible à 336 MW) – dont la production énergétique lui est également en grande partie dédiée – la société Alucam représentait à elle seule entre 40 et 50% de la consommation d’électricité produite au Cameroun.

Quoiqu’il en soit, au RACE (Réseau Associatif des Consommateur de l’Energie), nous espérons que cet imbroglio aux allures d’une querelle d’intérêts industriels, ne va pas plonger le secteur de l’énergie électrique dans une nouvelle zone de turbulences et d’incertitudes.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable!

Fait à Douala, le 12 octobre 2014

Pour le Bureau Exécutif du RACE, Jean Baudelaire Belengue, Secrétaire général adjoint



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