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La réflexion de Me Black Yondo après la libération de Lydienne Yen Eyoum

Me Black Yondo, Avocat au barreau du Cameroun

La manière par laquelle le Pouvoir gère la « Justice » expose le Cameroun à l’humiliation, à la risée du monde. Plaçant la Justice aux ordres, aucun dossier n’est jugé conformément au droit et même les pseudo-réformes proposées le sont en dépit du bon sens, en marge des intérêts généraux du pays et au mépris des conventions internationales que nos dirigeants ont librement signées.

Pour sauver l’honneur et la dignité du pays, avant toute chose, le Président Biya doit se séparer de tous ceux qui, de près ou de loin, l’assistent dans le traitement du dossier  »Justice ». Cela commence par le limogeage de messieurs Laurent Esso, Fouman Akame, Belinga M’eboutou, Amadou Ali, Akame M’foumou, Meva A M’eboutou, Issa Tchiroma pour ne citer que les plus en vue dont l’examen des dossiers présentés au chef de l’Etat vise plus les règlements de comptes que la solution en droit des problèmes qui leur sont soumis.

Je suis au Cameroun l’avocat principal de Me Lydienne Yen Eyoum. Cette avocate n’a commis au regard de la loi aucune infraction, mais ses détracteurs ont réalisé l’exploit de la faire condamner par nos cours et tribunaux à 25 années d’emprisonnement, à la confiscation de ses biens et autres peines complémentaires.

Aujourd’hui, pour empêcher aux hommes épris de justice de s’en émouvoir, ils créent à dessein des éléments de confusion qui, n’ayant rien à voir avec le dossier, poussent à la haine, mettent en avant l’amour-propre et éloignent de toute analyse logique du dossier et des questions de principes que pose le cas. Cela n’honore pas le Cameroun, un pays qui regorge de ressources, aussi bien humaines que naturelles et qui en font de ce fait une vitrine du monde. Ces collaborateurs du chef de l’Etat, loin d’être irremplaçables, passeront comme leurs prédécesseurs, mais le Cameroun, lui, ne passera pas.

A force de souffler le chaud et le froid, en condamnant implacablement pour ensuite élargir, ils se trouvent face à leurs propres contradictions qu’ils n’arrivent pas eux-mêmes à gérer. Comment s’étonner dès lors de cette vague de polémiques qui agitent et les médias et tout un chacun. Tout le monde y va de son commentaire. Rien à voir avec les préoccupations du pays. En parler facile, comment mettre en liberté un coupable de détournement de deniers publics à un moment où l’on place sur la sellette la lutte contre cette endémie : une chose et son contraire donc. En réalité, cela tient du fait qu’il y a malgré tout une conscience. L’ il était dans la tombe et regardait Caïn.

Il est en effet difficile de voir jeter en prison pour 25 années du chef de détournement de deniers publics un citoyen qui ne s’est pas rendu coupable d’un tel crime, tout simplement parce que l’on n’a ni le courage ni l’honnêteté intellectuelle de reconnaître qu’on s’est trompé dans l’examen du dossier. A force d’être obstiné, de n’avoir pas daigné prêter l’oreille et seulement écouter les explications apportées tout au long de la gestion de ce dossier, ils ont fini par se fourvoyer dans les manipulations et se soumettre aux ordres.

En voulant maintenant rattraper la situation, ils créent un autre problème que beaucoup dénoncent avec raison, une sorte de « 2 poids-2 mesures ». On aurait évité une telle querelle si le décret du Chef de l’Etat avait porté sur une « grâce amnistiante », ce qui en d’autres termes aurait signifié que Lydienne Yen Eyoum n’a pas commis les faits mis à sa charge.

Le président de la République aurait ainsi tout simplement redressé une erreur judiciaire. Ceci entre constitutionnellement dans le domaine de ses pouvoirs. Et nous serions restés dans de l’Etat de droit que nous appelons tous de tous nos v ux. La dignité du pays en serait sauve, car cela nous aurait permis d’éviter le traitement humiliant de la part du gouvernement français qui donne à penser, comme beaucoup le dénoncent, que le Cameroun, de triste souvenir, continue à recevoir de la France des instructions, que dis-je, des ordres pour la solution de ses problèmes.

Ne serait-il pas temps, prenant enfin en compte la volonté populaire, que le Chef de l’Etat songe à renouveler les « hommes » qui l’encadrent ?…


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