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La Russie ouvre une nouvelle enquête visant le financier Browder

Près de dix ans après la mort en prison du juriste Sergueï Magnitski, la Russie a annoncé lundi l’ouverture d’une nouvelle enquête criminelle contre son patron britannique William Browder, devenu un virulent critique du Kremlin, suggérant qu’il pourrait avoir commandité son empoisonnement.

Depuis l’éclatement de cette affaire à l’origine de vives tensions diplomatiques, la justice russe a déjà condamné deux fois à de lourdes peines de prison William Browder. Elle cherche en vain à obtenir son extradition, ce qui a encore valu au patron du fonds d’investissement Hermitage Capital des arrestations de plusieurs heures en Espagne cette année.

Il est désormais visé par une enquête pour « association de malfaiteurs », passible de 20 ans de prison, a déclaré au cours d’une conférence de presse à Moscou un responsable du Parquet général de Russie, Nikolaï Atmoniev.

Selon M. Atmoniev, « cette association (criminelle) a été créée sur le territoire russe et continue à agir aujourd’hui, depuis 1997 ». « Son but était de commettre des crimes économiques particulièrement graves en Russie et au-delà de ses frontières ».

Sur Twitter, M. Browder a ironisé sur ces accusations, estimant avoir « touché un point sensible » en obtenant l’introduction de sanctions en 2012 par les États-Unis contre des personnes impliquées d’une manière ou d’une autre dans la mort de Sergueï Magnitski.

Arrêté en 2008 après avoir dénoncé une vaste machination financière ourdie, selon lui, par des responsables de la police et du fisc au détriment de l’État russe et d’Hermitage Capital, Sergueï Magnitski était mort en 2009 en prison à 37 ans après avoir été battu et intentionnellement privé de soins, avait conclu une expertise sans effet juridique.

Le parquet a insinué lundi que M. Browder, devenu un virulent critique des autorités russes, pourrait avoir commandité le meurtre de Sergueï Magnitski.

« Le parquet est arrivé à la conclusion que Browder avait précisément intérêt à la mort de Magnitski, qui aurait pu l’accuser de l’avoir obligé à produire un faux témoignage », a déclaré M. Atmoniev.

– « Substance toxique » –

M. Browder, qui vit à l’étranger et refuse de revenir en Russie, a été condamné deux fois par contumace par la justice russe : en 2013 à neuf ans de camp pour « évasion fiscale à grande échelle » et en 2017 à la même peine pour « faillite délibérée » et « évasion fiscale ».

Il fait une campagne acharnée pour que des sanctions internationales soient infligées aux personnes impliquées dans la mort du juriste, qui n’ont pas été inquiétées par la justice russe.

Les nouvelles accusations le visant interviennent à un moment où des députés néerlandais poussent en faveur de sanctions européennes sur le modèle des mesures prises par Washington.

« Il est très probable que Browder soit responsable de la mort de Magnitski car il craignait qu’il ne le dénonce », a dit à l’AFP le porte-parole du parquet, Alexandre Kourennoï.

Les autorités russes affirment avoir obtenu le résultat de nouvelles expertises démontrant que Magnitski avait été empoisonné par « une substance toxique contenant de l’aluminium qu’il aurait reçue par voix orale », de nature à provoquer une insuffisance cardiaque.

Selon le parquet, des traces d’une substance toxique contenant également de l’aluminium ont aussi été retrouvées chez trois associés russes de Magnitski – Oktaï Gassanov, Semion Korobeïnikov et Valéri Kourotchkine – morts en Russie ou en Ukraine en 2007 et 2008.

Le parquet russe « exige de Washington une enquête juste et non politisée sur les crimes commis par Browder », qui est né aux Etats-Unis, a résumé pour l’AFP Alexandre Kourennoï.

Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déploré lundi l’absence de « réaction adéquate » de la part de la justice américaine dans ce dossier.

Le parquet russe a en outre laissé entendre que M. Browder pouvait avoir ordonné le meurtre de l’homme d’affaires russe Alexandre Perepelytchny, dénoncé en Russie comme ayant été un complice de Magnitski et qui aurait été empoisonné à Londres en 2012.

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