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La société civile s’inquiète des nouvelles formes de tabagisme

La Coalition camerounaise contre le tabac dénonce la consommation de chicha et de e-cigarette chez les jeunes. En attendant toujours le vote d’une loi anti-tabac

Une initiation à la consommation de tabac. C’est ainsi que la Coalition camerounaise contre le tabac (C3T) a qualifié la prise de la E-cigarette et de la chicha dans les grandes villes du Cameroun, à l’issue d’un échange avec la presse mardi dernier.

D’après ses observations, il s’agirait d’un phénomène de jeunes, dont l’âge varie entre 14 et 20 ans. Le risque, une fois terminé le vapotage (pour la E-cigarette) et l’aspiration des bouffées de narghilé (pour la chicha), c’est de prendre des habitudes de fumeur et de prolonger par la cigarette ordinaire, explique cet organisme de la société civile qui plaide depuis quelques années pour l’adoption d’une loi anti-tabac.

«La fumée d’une chicha contient autant de polluants au monoxyde de carbone qu’environ 15 à 20 cigarettes et la nicotine entraîne un risque accru de dépendance», explique-t-elle. «Les données existantes montrent que l’aérosol produit par les inhalateurs électroniques de nicotine n’est pas simplement de la vapeur d’eau, comme le prétendent simplement les stratégies marketing», relève la C3T pour la question de la E-cigarette, en citant l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Contrairement à la cigarette classique, à propos de laquelle la publicité est interdite au Cameroun, la société civile fait remarquer que la E-cigarette bénéficie quant à elle d’un vide juridique qui permet l’affichage du produit et sa commercialisation à tout vent. Elle suggère à cet égard la réglementation du commerce de ce produit et de la Chicha, du moins en ce qui concerne l’âge légal de consommation.

La bonne nouvelle toutefois c’est que ce ne sont pas des produits accessibles aux petites bourses. Il faut débourser en moyenne 13.500 F CFA pour acquérir une E-cigarette, en prévoyant 5000 F CFA pour les recharges mensuelles. Fumer de la chicha est relativement moins onéreux, 1500 F CFA en moyenne. Des prix assez importants comparativement à la cigarette, dont le bâton, pour certaines marques, coûte 15 F CFA au Cameroun et le paquet à partir de 300 F CFA.

Loi antitabac
Il faut protéger les jeunes et les couches les plus pauvres, conseille la Coalition qui dénonce ces nouvelles formes de tabagisme au moment où elle n’a pas encore vu l’aboutissement d’un important chantier: l’adoption à l’Assemblée nationale d’une loi anti-tabac.

Initié par le ministère de la Santé publique, le projet de loi antitabac est sur la table des députés. «La loi sera peut être votée d’ici deux ans», estime de manière optimiste la C3T. Preuve de son optimisme, la récente mise sur pied d’un réseau de parlementaires camerounais pour la lutte contre le tabac. Dénommé «oxygène» et présidé par le député Koa Mfeugue Laurentine épouse Mbede, ce réseau a tenu sa deuxième assemblée générale le 19 novembre dernier.

La loi a pour objectif d’arrimer le Cameroun à la Convention cadre de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour la lutte antitabac. La convention a vu le jour en 2005 et ratifiée un an après, en 2006, par le Cameroun. Elle institue des taxes plus importantes à l’importation de tabac et proscrit la vente au détail (par bâton de cigarette), comme cela est encore le cas dans le pays.

Les fumeurs devraient consommer moins en retour du fait du coût du tabac, ce que pense la société civile. «Une augmentation des prix de 10% sur le paquet de cigarettes devrait entrainer une baisse de 4% de la demande dans les pays à revenu élevé et de 4 à 8% dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où les revenus plus faibles des populations tendent à les sensibiliser davantage à l’évolution des prix», assure la Coalition à la suite de travaux menés par l’OMS.

Selon des chiffres du ministère de la Santé publique, mis à disposition de la presse par la Coalition, le Cameroun comptait en 2008 près de 17,5% de fumeurs actifs sur l’ensemble de la population. 37% de la population était exposé au tabagisme passif. On dénombrait par ailleurs 66.000 décès par an à cette période.

En 2002, la demande intérieure de tabac se chiffrait à 26 milliards de F CFA. En 2012, elle était de 40,5 milliards de F CFA, d’après des chiffres des douanes, communiqués par la C3T, et qui traduisent une augmentation de la consommation de tabac au Cameroun au fil des années.

Pour la société civile camerounaise, la consommation de la E-cigarette constitue une initiation à la prise de tabac
tf1.fr)/n



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