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La vraie fausse interview à M. le président de la République

« Vraie parce que les questions et sujets sont vrais, fausse car je l’ai honteusement truqué  »

J’ai rencontré le Président. C’était à un de ces endroits ! Il serait compromettant de le citer, ce n’était pas au palais, ce n’était pas au pays, notre pays, c’était dans un pays qu’il chérit, car il y passe pas mal de temps, on devrait dire qu’il y est tout le temps. Il faut dire que je l’ai un peu piégé, et il n’était pas du tout content. Afin qu’il ne se venge pas sur les miens et ne me fasse enlever, emprisonner et assassiner comme d’habitude, il a été convenu entre lui et moi que je ne diffuse ni son identité, ni sa photo, et que je vous dise, chers lecteurs que j’ai honteusement truqué ses réponses. Alors, un conseil: s’il vous arrive de reconnaître le Président, motus et bouche cousue! Il y va de votre vie et celle de votre entourage.

Monsieur Le Président, comme convenu, je ne vous appellerai ni excellence, ni Majesté, ni Père de la Nation. De vous à moi, que pensez-vous de toutes ses marques grandiloquentes dont on vous affuble?
Rien du tout, j’ai hérité des appellations que tous les doungourous, les griots les lèche-bottes et lèche-c.. d’antan et d’aujourd’hui ont attribuées aux premier Président de ce pays: étant donné qu’il n’était pas très cultivé, il a laissé comme ça. Alors, comme c’est lui qui m’a donné le pouvoir, je ne pouvais pas commencer à tout changer. Finalement ça m’arrange, n’en déplaise aux ambassadeurs et ministres qui sont légitimement appelés son excellence .Après tout, ma longévité présidentielle est la preuve que j’excelle en bien de domaines n’est-ce pas?

Le danger est que vous êtes omniprésent, bien qu’on vous reproche d’être souvent à l’étranger et jamais dans les grands sommets du continent. Votre effigie est partout, dans les bureaux les maisons les pagnes, boubous écharpes, casquettes. Tout le monde vous remercie dans chaque discours, conférence, pour les élections les nominations. N’avez-vous pas peur de devenir gâteux et tyrannique comme un de vos anciens collègues voisins qui avaient remplacé le nom de Dieu dans la confession chrétienne par son nom?
C’est presque déjà fait, un de mes ministres dis que je suis son dieu, que je l’ai fabriqué; un autre, qui n’est même pas de mon parti politique et que j’avais emprisonné dans le temps, ne chante que mes louanges. Et il y en a aussi pour mon épouse. Dans toutes les chansons, c’est au nom du père, donc moi, de la maman, mon épouse, et les jaloux ajoutent et de la sainte corruption. Vous voulez quoi, le pays, c’est le pays. Personne ne veut que je quitte le pouvoir, surtout pas mon entourage qui s’engraisse si bien depuis des décennies. Regardez, même quand il y a un scrutin dans lequel je ne suis pas candidat, on signe et m’envoie des motions de soutien. Qu’un député, sénateur, maire délégué du gouvernement, haut fonctionnaire ou ministre soit élu ou nommé, c’est des fêtes et des cérémonies dans lesquelles je suis à l’honneur, c’est le pays, c’est entré dans les m urs. Tous ceux qui sont dans les prisons du pays pour des raisons politiques, qu’ils soient écrivains, hommes politiques et que je ne puis citer car je préserve mon anonymat dans cet entretien, savent que je suis tout puissant, que mon règne est sans pareil. Gâteux et tyrannique, il y en a qui me traitent de sénile. Le chien aboie et la caravane passe!

Il se trouve que beaucoup de vos confrères se font du souci avec le paradis fiscal dans lequel vous cachez vos fortunes. Il va falloir présenter des justificatifs de la transparence de vos capitaux. Comment allez-vous faire?
Vous êtes donc si ignorants de mes méthodes! Je n’ai pas une démocratie comme celles des occidentaux qui permet de pouvoir juger un Président. Et puis, ce pays dans lequel sont mes capitaux a beaucoup d’intérêts chez nous et dans le continent. Vous semblez ignorer aussi que j’ai plusieurs nationalités des pays occidentaux. Et pour anticiper sur vos futures questions je vais vous dire que je n’ai nullement l’intention de quitter le pouvoir. Je suis un Président à vie. Je ne suis pas fou pour quitter un pouvoir sans lequel je suis un homme mort. Je sais que les mêmes qui me flattent aujourd’hui seront les premier à me cracher dessus, et à tourner la veste du côté du nouveau pouvoir. Vous comprenez que je suis un peu prisonnier de ce pouvoir. Je ne suis pas à plaindre, je suis plus que jamais réaliste. Quant à la fortune de la première dame et millions de mes enfants, ils ne seront jamais «éperviables». Je répondrai une autre fois aux autres questions. Je reste profondément traditionaliste, et je m’en vais de ce pas dans mon bled, jouer à l’awalé avec mes doungouruos qui n’énervent, car ils me laissent gagner tout le temps. Ces malheureux croient que je ne le sais pas. Et pour finir journaliste impertinent, n’oublie pas notre accord. Si, au travers de cette interview je suis démasqué, tu passeras de vie à trépas.

François Zoomevele Effa
journalducameroun.com )/n
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