› Eco et Business

Lac Tchad: le plan d’adaptation au changement climatique validé

Evalué à près de 600 milliards de F, ledit plan validé le week-end dernier à Yaoundé au Cameroun sera présenté aux bailleurs de fonds lors de la conférence de Paris sur le climat

Les pays de la Commission du Bassin du lac Tchad (CBLT) disposent désormais d’un plan de développement et d’adaptation au changement climatique d’un coût de 916 millions d’euros (près de 600 milliards de francs CFA, environ 1,2 milliard de dollars), validé le week-end écoulé à Yaoundé pour être présenté aux bailleurs de fonds lors de la conférence de Paris sur le climat.

Au terme de longues heures de débats houleux clôturés tard dans la nuit vendredi, les représentants du Cameroun, de la Centrafrique, du Niger, du Nigeria et du Tchad au sein du conseil des ministres sont parvenus à surmonter leurs divergences afin de doter leur organisation régionale d’un plan d’action décennal multisectoriel, élaboré avec l’appui de la Banque mondiale.

Il porte sur trois domaines d’intervention prioritaires, comprenant la promotion de la sécurité, l’accroissement de la productivité en vue de l’amélioration des indicateurs économiques et de la création d’emplois, puis la protection de l’environnement qui implique la gouvernance de l’eau et des ressources naturelles associées.

Ce sont les plus grands défis à relever dans cette région qui, en plus de l’extrême pauvreté sous laquelle ploie une partie de leurs populations et des effets durement ressentis du réchauffement climatique, se trouve confrontée, d’une part, à une insécurité transfrontalière due à la secte islamiste nigériane Boko Haram et, d’autre part, à l’interminable crise politico-militaire en Centrafrique.

Ces crises, ajoutées à la chute des prix des matières premières dont le pétrole qui représente la principale source de devises de la quasi-totalité des pays de la CBLT, à commencer par le Nigeria, plus grand producteur africain et première puissance économique du continent, ont de graves répercussions sur leurs capacités à honorer leurs engagements pour le financement des programmes de développement communautaire.

Non-paiement des contributions
Sanusi Imran Abdullahi, le secrétaire exécutif de l’organisation, révèle par exemple que « l’année 2015 a été particulièrement difficile pour la Commission du fait du non-paiement des contributions au titre de l’année budgétaire 2015 ».

Ces contributions se chiffrent à 5 milliards de francs CFA (10 millions de dollars) répartis entre 3 milliards (6 millions de dollars) pour le développement et 2 milliards (4 millions de dollars) pour le fonctionnement du secrétariat exécutif de la Commission, selon les informations recueillies auprès d’une source interne.

Les 3 milliards de francs CFA devaient s’ajouter à une somme de 12 milliards (24 millions de dollars) de financements octroyés par des partenaires extérieurs pour compléter permettre de compléter le programme d’investissement annuel de l’organisme établi à un montant total 15 milliards (30 millions de dollars).

Excepté la Libye et la Centrafrique, pour des raisons évidentes de leur situation politique instable, le Cameroun, le Niger, le Nigeria et le Tchad, les quatre pays qui forment le noyau même du lac Tchad, cumulaient déjà 3,5 milliards de francs CFA d’arriérés (7 millions de dollars), a fait savoir la même source.

Le Cameroun, apprend-on, s’est engagé à s’acquitter avant la fin de l’année de ses obligations évaluées à un montant de 1,6 milliard de francs CFA (3,2 millions de dollars). La même promesse a été faite par le Nigeria, où la désignation du président Muhammadu Buhari a longtemps été attendue. Le Niger, lui, annonce le versement de 100 millions de francs (200.000 dollars).

La CBLT est dotée d’une répartition des contributions statutaires de ses Etats membres fixée à 40% pour le Nigeria, 20% pour le Cameroun, 18% pour la Libye, 11% pour le Tchad, puis 7% pour le Niger et 4% pour la RCA.

Sauf changement de programme dû à la décision prise par les autorités françaises d’annuler une série de manifestations annexes suite aux attentats terroristes survenus vendredi soir à Paris, le Plan de développement et d’adaptation au changement climatique approuvé à Yaoundé sera présenté pour une levée de fonds en marge de la conférence sur le climat COP21 le 02 décembre.

La déclaration finale du conseil des ministres ne fait nullement cas de la décision prise après les débats houleux sur la proposition d’extension rejetée par le Nigeria et le Tchad, des 300 kilomètres de périmètre du lac pour permettre au Congo-Brazzaville et à son voisin le Congo-Kinshasa, pays observateurs au sein de la CBLT, de bénéficier des financements préconisés.

Financements extérieurs de 90%
D’après la présentation officielle cependant, l’exécution séquencée en deux phases (2016-2018 et 2019-2025) de cet important programme d’investissements mise essentiellement sur les financements extérieurs, estimés à un taux de 90%, les 10% restants devant être fournis par les Etats membres de la CBLT eux-mêmes.

Parmi les potentiels bailleurs de fonds, figure la Banque africaine de développement (BAD) qui finance une série d’opérations dans le cadre du Plan quinquennal d’investissement (2013-2017) visant à améliorer la résilience des populations du Cameroun, du Niger, du Niger, de la Centrafrique et du Tchad qui vivent dans le lac Tchad.

Ces financements comprennent par exemple une enveloppe de 1 milliard de francs CFA (2 millions de dollars) pour le Projet pilote d’appui à la recherche-développement sur la lutte intégrée contre les fléaux en agriculture de subsistance dans le bassin du lac Tchad, 7 milliards de francs (14 millions de dollars) pour le Programme d’appui pour la réduction de la vulnérabilité et des risques liés aux IST/VIH/SIDA.

Le Projet de Charte de l’eau a aussi bénéficié de 500 millions de francs CFA (1 million de dollars), tandis que 23 milliards de francs environ (46 millions de dollars) ont été accordés pour soutenir le Programme de développement durable, 2,3 milliards de francs (4,6 millions de dollars) pour le Programme de conservation de la biodiversité en Afrique centrale pour la sauvegarde des éléphants.

Un financement de 45 milliards de francs CFA (90 millions de dollars) est aussi annoncé pour le Programme de réhabilitation et de renforcement de la résilience des systèmes socioéconomiques du bassin.

D’après une étude de la Banque mondiale et du Programme des Nations Unies pour l’environnement, la gestion des bassins hydrologiques en Afrique tels que le lac Tchad nécessiterait des investissements de l’ordre de 20 à 50 milliards de dollars d’ici à 2050, dans l’hypothèse d’une augmentation de température de 2 degrés celsius, et de 100 milliards de dollars, en cas d’augmentation de 4 degrés.

« Pour faire face à la variabilité climatique actuelle et aux changements climatiques de demain, la Banque mondiale a donc préparé avec ses partenaires un African Climate Business Plan qu’elle présentera dans le cadre de la COP21 à Paris », a révélé Olivier Godron, chargé de programme au sein de la représentation de l’institution financière au Cameroun.

Dans le même temps, elle annonce une augmentation de sa contribution financière en la portant de 21 à 28% de l’ensemble de ses concours au développement d’ici à 2020.


Droits réservés)/n



À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé