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L’ancien président tchadien Hissène Habré condamné à la perpétuité

Il a été reconnu coupable lundi à Dakar de crimes contre l’humanité, viols, exécutions, esclavage et enlèvement par un Tribunal spécial africain

L’ancien président du Tchad Hissène Habré a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité lundi par une juridiction africaine ad hoc qui l’a reconnu coupable de crimes contre l’humanité, torture et crimes sexuels lorsqu’il était à la tête de son pays entre 1982 et 1990.

L’ancien président, poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et actes de torture, était jugé depuis le mois de septembre par les Chambres africaines extraordinaires (CAE), juridiction spéciale à caractère international créée en février 2013 par l’Union africaine et siégeant au Sénégal.

Hissène Habré a pris le pouvoir au Tchad en 1982 qu’il a dirigé jusqu’en 1990 d’une main de fer. Les opposants – réels ou supposés – furent arrêtés par la police politique, torturés, souvent exécutés. Une commission d’enquête estimera à plus de 40.000 le nombre de personnes mortes en détention ou exécutées sous son régime, dont 4 000 identifiées nommément.

Le verdict met fin à une procédure longue de seize années menée par des victimes et des associations de défense des droits de l’homme pour traduire en justice l’ex-dirigeant tchadien, renversé par un coup d’Etat en 1990.

Il avait dû fuir les rebelles d’Idriss Déby Itno (l’actuel président tchadien), un de ses généraux qui avait fait défection 18 mois plus tôt et envahi le pays depuis le Soudan.

Habré était lui même arrivé au pouvoir par les armes, en renversant le régime de Goukouni Weddeye, soutenu par Tripoli, pour rentrer victorieusement à N’Djamena en 1982.

Depuis 1990, il avait trouvé refuge à Dakar.

Il aura fallu attendre l’entrée en fonction du nouveau président sénégalais Macky Sall au printemps 2012, qui rompra avec l’attitude d’inertie de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, qui avait rechigné à traduire en justice Hissène Habré, comme le lui avait demandé l’Union africaine. Macky Sall avait refusé son extradition et assuré qu’il sera jugé au Sénégal.

En août 2012, le Sénégal et l’Union africaine signaient un accord portant création de quatre chambres africaines extraordinaires (CAE)†: deux pour l’instruction et l’accusation, une cour d’assises et une cour d’appel. Un an plus tard, le 30 juin 2013, Hissène Habré est arrêté – et détenu depuis lors – puis inculpé.

Lundi 30 mai 2016 à Dakar, Hissène Habré a levé le poing en entendant le président de la Chambre africaine extraordinaire (CAE) prononcer une peine de prison à perpétuité. Le magistrat burkinabè, Gberdao Gustave Kam, a précisé les faits condamnés: «Hissène Habré, la Chambre, vous déclare coupable (…) des crimes contre l’humanité,de viol, d’esclavage forcé, d’homicide volontaire, de pratique massive et systématique d’exécutions sommaires, d’enlèvement de personnes suivi de leur disparition, de tortures et d’actes inhumains.»

L’ex-président dispose de quinze jours à compter de lundi pour interjeter appel de sa condamnation.

Hissène Habré devient ainsi le premier ancien chef d’Etat à être jugé « au nom de l’Afrique » par une juridiction africaine pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Hissène Habré
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