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L’appui des USA dans la lutte anti-terroriste se poursuit au Cameroun

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Plus de 300 militaires américains séjournent sur le sol camerounais depuis 2015 dans le but d’assurer une mission de surveillance aérienne et de fourniture de renseignements dans le Nord du Cameroun.

Les Etats-Unis d’Amérique (USA) se disent fiers du déploiement de leurs forces spéciales pour appuyer la lutte antiterroriste au Cameroun, une première pour Yaoundé, considérée comme un moment fort significatif d’une relation que Washington entretient avec le pays d’Afrique centrale depuis 60 ans.

En 2015, sous la direction de Barack Obama, le prédécesseur de Donald Trump, l’administration américaine avait annoncé l’envoi d' »environ 300 » soldats, selon le chiffre officiel (750 selon des sources internes aux Etats-Unis), pour assurer une mission de surveillance aérienne et de fourniture de renseignements dans le Nord du Cameroun, dans le cadre de la lutte contre Boko Haram.

« C’est la première fois que le Cameroun invite une armée étrangère dans le pays et nous en sommes honorés« , avait souligné Michael Stephen Hoza, l’ambassadeur sortant des Etats-Unis au Cameroun.

Ces troupes sont notamment stationnées à Garoua, leur base officielle dans la région du Nord, et à Maroua dans la région de l’Extrême-Nord où elles apportent un appui technique et logistique direct aux forces camerounaises engagées dans l’offensive annoncée par le président Paul Biya, lors d’un sommet tenu en mai 2014 à Paris (France), contre la secte islamiste nigériane.

La durée de cette opération n’a pas été circonscrite dans le temps et autant à Yaoundé qu’à Washington le discours officiel ne se soucie guère de confirmer ou d’infirmer les soupçons d’implantation d’une base américaine exprimés au sein de la l’opinion publique camerounaise depuis l’annonce faite par l’administration Obama, il y a bientôt deux ans.

Ces soupçons se fondent surtout sur les mouvements réguliers d’avions et de personnels militaires américains observés dans les régions du Nord et de l’Extrême-Nord dès 2014 déjà.

La fierté de l’exécutif américain est d’autant grande que le choix des autorités camerounaises sonne comme une victoire symbolique face à ses concurrents dans le cadre des luttes d’influence qui les distinguent.

Cette décision inédite est en particulier interprétée comme un pied de nez à la France, pour laquelle le Cameroun est classé comme faisant partie de son « pré carré », c’est-à-dire sa zone d’influence constituée d’un ensemble de pays connus pour la plupart comme ses ex-colonies en Afrique centrale et de l’Ouest jusqu’à l’océan Indien, et membres de la zone franc formée autour d’elle.

Pour mémoire, à l’époque coloniale, le Cameroun s’identifiait comme un protectorat ou simple territoire sous autorité de l’Allemagne. Après la défaite de celle-ci lors de la Première Guerre Mondiale (1914-1918), la Société des nations (SDN, prédécesseur de l’Onu) avait décidé de le placer sous tutelle de la France pour sa partie orientale, la plus grande, et de la Grande-Bretagne pour sa partie occidentale, alors rattachée au Nigeria.

Longtemps avant le déploiement des forces spéciales américaines dites non combattantes, les autorités françaises avaient tenté sans succès d’obtenir auprès du pouvoir de Yaoundé l’autorisation de délocaliser son 43e Bataillon d’infanterie marine (Bima) de Libreville, au Gabon, vers Douala, la métropole économique camerounaise.

Le coup de poker des Etats-Unis est aussi une vieille requête consistant à la réalité à vouloir s’assurer une présence dans un pays reconnu comme occupant une position géographique centrale en Afrique, dans le but d’exercer leur suprématie dans le golfe de Guinée, région dotée d’un immense potentiel de ressources naturelles, hydrocarbures en tête, qui suscite les convoitises.

Cet atout a valu au membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) d’être désigné pour abriter la base logistique continentale de la Force africaine en attente (FAA), projet de l’Union africaine (UA) en voie d’opérationnalisation à Douala visant à servir à la prévention des conflits sur le continent.

Pour la petite histoire, les Etats-Unis sont aussi le premier pays au monde à avoir anticipé l’accession de l’indépendance du Cameroun survenue en 1960, en nouant avec lui des relations diplomatiques matérialisées par l’ouverture d’un consulat à Yaoundé, trois ans plus tôt, a rappelé à ses convives lors de la célébration par anticipation de la 241e fête nationale de son pays jeudi, M. Hoza.

La coopération militaire entre les deux pays s’est intensifiée dans les années 1990 avec la création du Bataillon d’intervention rapide (Bir), force spéciale de l’armée camerounaise, avec le concours qui continue de se manifester de Washington.

En dehors de la guerre contre Boko Haram aujourd’hui pour laquelle de nombreux autres pays comme la Chine, l’Allemagne ou encore la Russie apportent leur appui à travers la fourniture d’équipements et des offres de formations au profit des forces camerounaises, ce partenariat qualifié de stratégique par le gouvernement camerounais intègre aussi la lutte contre la piraterie maritime.

En toile de fond de cette assistance se profilent des intérêts économiques, qui vont au-delà du Cameroun, où les Etats-Unis détiennent depuis des années un permis minier, le premier du pays, pour l’exploitation d’un gisement de cobalt-nickel-manganèse toujours en attente d’exécution à Nkamouna (Est) puis un permis de recherche en vue de l’exploitation d’un gisement d’uranium à Poli (Nord).

Ces intérêts qui englobent toute la région du golfe de Guinée couvrent déjà le Tchad, la Guinée équatoriale et, bien évidemment, le Nigeria, le plus grand exportateur de pétrole d’Afrique, principalement pour l’approvisionnement en hydrocarbures.


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