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L’après-guerre en panne sèche pour les taxis de Damas

Abou Sammy sort de sa voiture, qui s’est immobilisée après un dernier soubresaut, et avec l’aide d’un passant se met à la pousser jusqu’à la pompe à essence la plus proche.

« C’est vraiment épuisant », se plaint le chauffeur, à bout de nerfs, après avoir tenu le volant d’une main pour rejoindre une longue file de voitures, dans l’est de Damas.

L’Etat syrien a fixé un plafond pour la consommation quotidienne de carburant subventionné, un nouveau coup dur pour une population qui voit les pénuries succéder à l’insécurité.

Pour Abou Sammy, la période des pannes sèches survient après un hiver passé dans les files d’attente pour se procurer de quoi alimenter les gazinières et les chaudières.

« Faire la queue, c’est notre destin », ironise-t-il, désormais assis dans son taxi aux abords d’une station-service du quartier de Zablatani.

« Après le gaz de cuisine, c’était le mazout. Après le mazout, c’est l’essence. Qu’est-ce que ça sera demain? On n’en sait rien », lâche-t-il, fataliste.

Le régime de Bachar al-Assad, avec l’aide de la Russie, a reconquis une large part des territoires cédés à divers groupes rebelles au début de la guerre, y compris autour de la capitale.

Mais le gouvernement syrien et ses alliés font désormais face à une offensive occidentale sur le terrain économique, où des sanctions visant à restreindre l’importation de produits pétroliers se font sentir.

– « Loin d’être assez » –

Le ministère du pétrole et des ressources minières a annoncé samedi une réduction de moitié du quota journalier d’essence subventionnée, de 40 à 20 litres par véhicule.

Lundi soir, les pompistes syriens ont reçu pour instruction de fermer un peu plus les robinets en n’octroyant que 20 litres tous les deux jours.

A Damas, agglomération d’environ cinq millions d’habitants, les files de voitures s’allongent désormais un peu plus chaque jour à proximité des stations-service.

Abdu Masrabi regarde anxieusement le pistolet de la pompe qui remplit le réservoir de sa Dacia jaune, en attendant que la gâchette se détende dans ses doigts et lui annonce que son quota est atteint.

« C’est loin d’être assez », grogne le chauffeur de taxi de 67 ans à la barbe grisonnante, interviewé par l’AFP avant même la mesure de lundi.

« Ce taxi est mon outil de travail, je le conduis toute la journée », dit-il après avoir passé quatre heures à faire la queue pour obtenir le précieux liquide.

La pénurie l’empêche de prendre tous les passagers qu’il souhaite et représente une importante perte de revenus.

« Si j’arrête de travailler, je ne pourrai plus nous nourrir, mes enfants et moi », dit-il.

Le ministre du pétrole, Ali Ghanem, a tenté de rassurer la population lundi en insistant sur le fait que le quota mensuel de carburant subventionné restait inchangé à 200 litres.

Il a expliqué, durant une tournée des stations-service de Damas, que la nouvelle mesure visait à réguler la distribution et « permettre au plus grand nombre possible de citoyens de faire le plein ».

Parmi les automobilistes de la capitale, la plus grande crainte est que le quota mensuel de carburant subventionné ne baisse à son tour.

Lors d’une conférence de presse samedi dernier, le Premier ministre Emad Khamis a affirmé qu’il serait normal de ne pas subventionner plus de 120 litres mensuels, la consommation moyenne en Syrie selon lui.

« C’est ça la quantité qui devrait être subventionnée (…) au-delà de quoi les tarifs normaux seront appliqués », a-t-il déclaré.

– « Guerre économique » –

Le nord-est syrien, qui abrite le plus gros des ressources pétrolières du pays, échappe encore au régime –il reste sous le contrôle d’une milice kurde alliée des Etats-unis.

Ayant échoué à faire chuter Bachar al-Assad en huit ans de guerre, les puissances occidentales tentent désormais d’étouffer son régime économiquement.

Une des principales armes de cette offensive est un embargo pétrolier, qui affecte beaucoup de Syriens restés loyaux au régime après l’éclatement du conflit en 2011 et qui aimeraient désormais toucher les dividendes de la paix.

En novembre 2018, le Trésor américain a menacé d’imposer des sanctions à l’encontre d’entités impliquées dans des transactions pétrolières avec Damas.

« La guerre n’est pas encore terminée et nos ennemis tentent déjà de rattraper leurs défaites politiques et militaires au moyen d’une guerre économique, » a accusé le Premier ministre Emad Khamis.

Dans les rues de Damas, alors que certains chauffeurs de taxi sont inquiets du rationnement, pour d’autres le plus gros inconvénient reste le temps perdu à faire la queue.

Houssam Antabli vient de faire un plein à 20 dollars (17 euros) avec de l’essence non-subventionnée, pour s’éviter une longue attente.

« C’est à ce prix-là que j’achète mon temps. Je préfère travailler que d’attendre ».

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