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L’arganier, un arbre providence pour les populations autochtones

Par Hicham Alaoui

Au Maroc, l’arganier est un arbre précieux qui joue un rôle inégalé dans la vie culturelle, socio-économique et écologique des populations.Espèce agro-sylvo-pastorale endémique du sud-ouest du Maroc où il pousse uniquement. Le « triangle d’or » de l’huile d’argan va du nord d’Essaouira au sud de Tiznit, jusqu’à la région située à l’est de Taroudant. Quelques pistes pour partir à la découverte d’un produit hors du commun.

Il joue un rôle socio-économique et environnemental très important. De cet arbre à multiples usages, les habitants puisent leur huile alimentaire, leur bois de chauffage et outillages ainsi que des remèdes contre leurs maladies. Par sa grande présence dans le paysage et la mémoire collective des populations, les dérivés de l’arganier sont utilisés à plusieurs fins thérapeutiques et cosmétiques.

Aujourd’hui, l’arganier se veut être une filiale d’innovation, porteuse d’un potentiel d’investissement, créatrice d’emploi par excellence et accompagnatrice des jeunes chercheurs.

Coopératives, associations, entreprises familiales, tout une armada de structures tirent leur gain-pain de cet arbre providence qu’est l’argane. L’huile d’argan, est certainement la production sur laquelle pourrait reposer un projet de développement socio-économique. Les populations concernées et les autorités locales ont pris conscience de l’ampleur du problème que représente le développement de l’arganeraie et de sa valeur socioculturelle et économique et de la nécessité d’agir. Cela s’est traduit par la création de coopératives associant l’amélioration de l’extraction et de la commercialisation de l’huile au bénéfice des femmes et la préservation de cette ressource ainsi que la lutte contre la désertification.

L’organisation des populations locales, à travers la création de ces coopératives, est initiée autour de la valorisation des produits de l’arganier et plus particulièrement l’huile d’argane. L’objectif de ces coopératives est double. D’une part, améliorer les conditions socio-économiques des femmes rurales par l’augmentation de leurs revenus et d’autre part, préserver l’arganier par l’augmentation de la valeur de l’arbre pour les populations locales et ainsi conforter leur motivation à sa protection.

Deux manifestations pour promouvoir les savoirs et les cultures de l’arganier

C’est dans le sillage de la célébration de l’arganier et de la mise en valeur de ses potentialités et caractéristiques que le ministère de l’Agriculture a organisé, du 7 au 11 décembre, la première édition du Salon international de l’Arganier couplée à la 5ème édition du congrès international de l’arganier. Une occasion de mettre en exergue les questions relatives au capital humain en termes de valeur et de perspectives de valorisation durable.

Cette édition a présenté la particularité d’être une édition de synthèse, de capitalisation des acquis et résultats de la recherche scientifique sur l’arganier et l’arganeraie.

Cette édition constitue, pour la filière de l’arganier, une opportunité exceptionnelle de promotion des savoirs, des cultures et des arts de vivre de tout un territoire à travers l’histoire millénaire de l’Arganeraie, de sa population, ses produits, ses paysages et ses cultures diverses, soulignent les organisateurs.

Elle s’inscrit aussi, dans une optique de dynamisation du secteur et de revalorisation globale de sa chaine de valeur tout en œuvrant pour la préservation du patrimoine naturel unique de l’arganier.

Le salon a regroupé l’ensemble des acteurs du secteur : producteurs, transformateurs et exportateurs qui auront l’occasion d’échanger sur la réalité du secteur, les enjeux et les perspectives de croissance à viser dans les années à venir.

La présence des organismes institutionnels a fait de cet événement une plateforme incontournable d’échange et de réflexion sur les alternatives et les solutions à adapter afin de soutenir un développement durable inclusif, équitable et attractif pour de nouveaux investisseurs.

La manifestation, savamment organisée, a contribué à orienter la recherche scientifique sur la filière de l’arganier vers des questions prioritaires et constitué une opportunité pour apprécier l’avancement de la mise en œuvre du contrat-programme de la filière arganier et interagir avec la dynamique socio-économique et organisationnelle qui s’installe dans la zone, telles que la réhabilitation de 140.000 ha de la forêt naturelle, la plantation de 3.500 ha d’arganiculture et des exportations d’huile d’argane qui frôlent les 1.500 tonnes.

Revenant à la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie (RBA), elle couvre une superficie d’environ 2,5 millions d’hectares (toutes essences forestières confondues), l’arganier y occupe la part la plus importante avec une superficie de 830.000 hectares.

Cette réserve, reconnue par l’UNESCO en 1998, se caractérise par sa multifonctionnalité socio-économique et son aspect écologique unique. Cependant, son écosystème devient de plus en plus fragilisé. Sa dégradation est due principalement aux aléas climatiques et pressions anthropiques sur les différentes ressources de l’Arganeraie.

Produire de l’huile d’argan est loin d’être simple : il faut tout d’abord ramasser les fruits de l’arganier, les faire sécher, puis séparer la pulpe et le noyau de la noix, avant de procéder au concassage à la meule de pierre. La pâte obtenue est ensuite malaxée, puis pressée pour en extraire l’huile, qu’il faudra ensuite filtrer.

Dans le cas de l’huile alimentaire, l’amandon est torréfié, ce qui n’est pas le cas de l’huile cosmétique. Ce travail long et pénible est traditionnellement réservé aux femmes de la région.

D’énormes actions pour préserver ce trésor

Il va sans dire que la filière de l’Argane dans le « Plan Maroc Vert » s’est dotée d’un contrat programme (2012-2020) relatif au développement de la filière. Signé entre le gouvernement et l’Interprofession, ce contrat-programme prévoit à l’horizon 2020, de nombreuses actions qui consistent en la réhabilitation de 200.000 ha de l’arganeraie, la domestication de l’arganier et l’extension de sa culture en conduite moderne sur 5.000 ha  et l’augmentation de la production de l’huile d’Argane pour atteindre, en 2020, 10.000 tonnes /an (actuellement estimée à 4.000 tonnes/an).

Ce contrat programme est focalisé sur quatre axes : L’émergence d’un pôle de compétences en recherche et développement intégré dédié à l’arganier, le développement durable de la production et de la qualité selon un modèle intégré en préservant l’Arganeraie et ses ressources naturelles, le développement d’une valorisation forte et pérenne et l’amélioration des conditions cadres de la filière.

Pour rappel, le Produit intérieur brut (PIB) des zones oasiennes et de l’arganier est passé de 84 à 129 milliards de dirhams (1 euro = 10,7 DH) entre 2009 et 2018.

En effet, les zones oasiennes et de l’arganier ont connu une amélioration au niveau de la plupart des indicateurs, approchant et dépassant parfois les ratios établis et ciblés dans le cadre de la stratégie d’intervention de l’Agence nationale pour le développement des zones oasiennes et de l’arganier (ANDZOA), une structure gouvernementale dédiée à la préservation et au développement de l’écosystème de l’argan.

En termes du nombre des exportateurs, ils sont de 129 dont 104 sociétés et 24 coopératives. Les données statistiques démontrent que l’huile d’Argane est exportée essentiellement en vrac (une part de 96% en volume).

Ainsi, l’Union européenne (UE) est la principale destination des exportations de l’huile d’argan avec une part en volume de 86% en 2017-18. La France a absorbé environ 64% des exportations marocaines en huile d’argan et 74% du volume destiné à l’UE.



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