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L’austérité à bout de souffle

Par Michel Lobé Etamé, journaliste

Ce que j’aime chez Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie en 2001, c’est sa constance quand il est convaincu d’avoir raison contre tous. Les années ne lui donnent pas tort. En 2013, il déclarait devant un parterre médusé que « l’austérité ne marchera pas ». Pour lui, les mesures prises pour relancer les économies occidentales n’abordaient pas les problèmes de fond. Joseph Stiglitz est tout simplement alarmiste et c’est un signe de courage politique.

Les remarques de Joseph Stiglitz sont pertinentes et lui donnent raison aujourd’hui. Il y a chez lui cette désinvolture des gens éclairés qui ne se soumettent pas face à de puissants lobbies ou à la pensée unique. Pour preuve, les économies sont toujours balbutiantes, voire anémiées. Les politiques libérales selon lesquelles la baisse de la fiscalité stimule l’investissement n’ont pas dynamisé la relance.

Les récents rapports de la Banque Mondiale et du FMI sont concordants : les deux établissements de référence revoient à la baisse les prévisions de croissance de l’économie mondiale. Fait rarissime, les Nations Unies s’alarment à leur tour et appellent les pays riches à relancer leur budget pour accélérer la croissance mondiale. L’Onu table sur un taux de croissance de 2,5% en 2015 contre 3,1% pour le FMI. Nous notons que ces performances restent malgré tout en deçà des niveaux d’avant la crise en 2007 où le taux était de 4%.

Amère constat
Si l’économie n’est plus en chute libre comme le prétendent les défenseurs de l’austérité, force est de constater que la relance qui devrait créer de la richesse n’est pas au rendez-vous. Les mesures prises pour dynamiser les investissements n’ont pas eu l’effet escompté. Dans les pays de l’OCDE, la baisse de la fiscalité des entreprises a eu pour effet de les rendre plus solides au niveau de leur trésorerie. Mais elle n’a pas stimulé la productivité. Le constat est amère : le chômage est toujours là.

Pourquoi donc s’entêter dans une voie étroite qui nous ferme toutes les opportunités de sortie ? Un vieil adage remonte en surface pour nous éclairer : [I « Si les faits ne correspondent pas à la théorie, il faut changer la théorie »]. Mais les dirigeants du monde ne semblent pas prêts à changer de cap.

Existe-t-il une d’autres voies ?
L’austérité a échoué. Ce constat est unanime. Il nous faut sortir des thérapies en cours et proposer de nouvelles théories économiques. La relance par la consommation est une piste sérieuse. Pour cela, il faut donner un peu plus de pouvoir d’achat au citoyen.

Les États pourront aussi lutter contre l’optimisation fiscale abusive des grands groupes en éradiquant toutes les formes d’évasion fiscale des multinationales. Ce changement de paradigme immédiat et efficace mettrait fin à une injustice et déloyale concurrence entre les entreprises locales et les multinationales qui continuent à faire la loi partout dans le monde.

Pour les libéraux, c’est un rêve fou et irréaliste. Mais pour d’autres comme Joseph Stiglitz ou Thomas Pikétty, l’argent existe. Il est monopolisé par une poignée de personnes (80 milliardaires) qui détiennent plus de 56% de la richesse mondiale. Ce déséquilibre nous enfonce tous les jours un peu plus. Mais jusqu’où? Si nous sommes tous défenseurs de la propriété individuelle et privée, nous ne pouvons-nous empêcher de dire qu’aujourd’hui, le fossé qui sépare les très riches au reste du monde est inquiétant. Il peut être à l’origine d’une nouvelle guerre de classes qu’on croyait révolue.

Et l’Afrique ?
En début d’année, les prévisions de croissance en Afrique étaient prometteuses. Leur taux variait entre 4% et 7%. Des chiffres à faire pâlir certains pays et qui sont aujourd’hui discutables. Dans un marché morose, le prix du baril de pétrole est en chute libre face à l’excès de l’offre. C’est aussi le cas des matières premières. Or nous savons que l’Afrique transforme très peu ses matières premières minières et agricoles. Le continent doit revoir à la baisse ses prévisions de croissance en valeurs absolues. La croissance de l’Afrique souffrira aussi du ralentissement de l’économie chinoise et des pays émergents.

Un autre coup de frein vient s’ajouter aux économies africaines mises à rudes épreuves : les guerres en cours contre Boko Haram, AQMI, les Shebabs et autres groupuscules qui sévissent. Les budgets d’armement viennent à leur tour bousculer les projets de développement et pèsent sur des économies fragilisées par la conjoncture mondiale et la faiblesse des aides au développement.

L’austérité a échoué car les économies des pays de l’OCDE stagnent. L’Allemagne qui s’en sort mieux est confrontée à la crise Volkswagen qui pourrait ralentir sa croissance. Seules les banques font du profit et augmentent les bonus des actionnaires. Est-ce suffisant pour relancer la croissance mondiale ?

Les guerres, les incertitudes et les régimes politiques instables ne pourront favoriser la croissance. La balle est donc du côté des maîtres du monde qui ont toujours droit de vie et de mort sur la planète Terre.

Michel Lobé Etamé.
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