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Le camerounais Félix Sabal Lecco, batteur reconnu, a fait une belle incursion dans la comédie avec Tismée

Son père, haut fonctionnaire et diplomate camerounais ne lui a pas donné le goût de la politique. Bien au contraire…

Vous êtes actuellement à l’affiche de la comédie musicale Tismée. Parlez nous de cette aventure
C’est une pièce de théâtre qui a été écrite par Bruno Fougnies et montée par Rubia Matignon. elle est basée sur une histoire vraie, celle d’Aurélie Konaté. Une jeune fille métisse dont la mère est bretonne et le père originaire de la Guinée Conakry. Elle veut aller à la rencontre de cette Afrique qu’elle n’a jamais connu. Je suis capitaine d’un bateau qui s’appelle la Tisménie. Depuis un an donc, je joue le capitaine c’est-à-dire le sage qui essaie d’orienter les projets et les pensées de la jeune fille. Rentrer en Afrique pour elle, ça reste un grand rêve. Et je suis là pour lui dire ce n’est pas si bleu en Afrique. Khalil, l’autre comédien va essayer de la convaincre d’aller avec lui en Algérie. L’histoire est basée sur nos différences et le racisme verbal et déguisé. Le problème est traité avec beaucoup d’humour et des mots de sagesse.

Comment vous retrouvez-vous dans cette aventure?
Nous étions devenus copains à la suite du spectacle de l’humoriste canadien Anthony Cavanagh sur lequel j’avais travaillé avec Rubia Matignon (metteur en scène) et Khalil Maouene (pianiste). Par la suite Rubia Matignon va monter la pièce Joséphine Baker. J’ai joué un petit rôle dans Joséphine Baker où j’étais batteur, mais où je disais quelques phrases et j’avais une chanson. Ils ont trouvé que je jouais bien la comédie et que j’étais capable de retenir plus qu’une phrase et m’ont rappelé pour Tismée.

Aurélie dans la pièce chante en bulu, langue du sud Cameroun. On imagine bien que ça vient de vous !
C’est des chansons que j’ai écrites, elle les a trouvées belles. Elle voulait comprendre et elle a voulu la chanter. Donc je lui ai appris la chanson.

La chanson parle de quoi ?
De ma mère. Qui me dit où es-tu ? La route pour aller chez toi est longue, tu es loin, mais ne m’oublies pas. C’est en résumé une chanson pour l’Afrique, ma terre.

On connait Félix Sabal Lecco le batteur. Comme homme de scène c’est votre première véritable expérience?
Effectivement, c’est la première fois que je dis des textes devant un public. J’ai déjà chanté en public, mais jouer la comédie c’est tout autre chose, c’était un challenge pour moi. J’ai accepté pour pousser plus loin mes limites. C’est facile de faire le malin derrière une batterie parce que je maîtrise bien. Mais faire la comédie, ce n’est pas mon métier, donc ça me demande plus d’efforts.

Félix Sabal Lecco
Journalducameroun.com)/n

On va revenir à votre première passion. Vous avez travaillé avec des grands noms de la musique. On va citer quelques uns: Manu Dibango, Salif Keita, Ismael Lô, Jeff Beck, Sade, Jao Bosco.
Quand je suis arrivé en France, j’ai monté un petit groupe avec mon frère Armand. Nous avons rencontré Manu Dibango dans un salon de la musique. Il nous a dit venez jouer ce soir avec moi, je suis invité à une émission. Nous sommes allés jouer sans jamais répéter. On lui a dit que nous n’avions jamais joué ses morceaux et il nous a demandé vous êtes camerounais ? Vous connaissez ma musique ? Il nous dit, donc vous pouvez jouer. Finalement au cours de l’émission, on s’en est bien sortis. Deux mois plus tard, on allait en tournée avec lui et c’était le début de la grande aventure. Plus tard, Paul Simmons viendra nous chercher. Mon frère et moi, Justin Mbowen le pianiste et Vincent Nguini qui jouait la guitare. On a fait un disque à New York. Ensuite, il y a eu Peter Gabriel et pleins d’autres.

Pour que les lecteurs comprennent bien, on va revenir au début de votre carrière. Qu’est ce qui se passe quand vous partez du Cameroun?
Je suis originaire de Bertoua, dans la région de l’Est. Il y a beaucoup de forêt à l’Est. Je pars du Cameroun pour le Jura en France étudier le bois et le travail dans les scieries afin de retourner travailler au Cameroun. 7 ans après, je retourne au Cameroun faire un stage à Belabo. Tout se passe bien et je reviens en France plus tard pour faire une qualification et là, je ne suis pas d’accord avec mes parents pour la suite à donner à mes études et mon père me dit si je fais ce que je veux, ce sera sans ses moyens. Et donc, il coupe les vivres. Je désobéis et je me retrouve sans rien. Mon petit frère Armand décide lui aussi de partir de la maison familiale et on se retrouve tous les deux à errer à Paris entre chantiers, soupes populaires et nuits à la belle étoile.

Mais votre père était ambassadeur.
Oui, bien sûr. D’ailleurs, une fois on refaisait le goudron devant l’immeuble Fiat à la Muette (Ndlr quartier de Paris) et il y a des personnes qui sont venus nous demander la route qui mène à l’ambassade. On a reconnu des camerounais diplomates dans une voiture, mon frère et moi on s’est cachés sous nos mouchoirs de protection et on a fui. Parce qu’ils nous auraient reconnus s’ils avaient bien regardé. Cette vie a duré deux ans. D’ailleurs, on a rencontré Manu alors qu’on avait trouvé un job de régleurs au salon de la musique.

Comment trouviez vous votre père à l’époque ?
Très dur. Nous n’avons pas profité des différents postes qu’il a occupé dans l’administration camerounaise. On a fait nos classes dans les villes comme Bertoua, Nguelemendouga, dans des coins retirés du pays. On travaillait pour se nourrir, on allait s’occuper des malades ou construire des cases.

Quel souvenir gardez-vous de votre père ?
Il est aujourd’hui retraité, même s’il a un poste au conseil national de la communication. Nous, on a pu faire la musique au lieu de faire la politique parce que ça ne nous tentait aucunément. Ça n’a jamais rien valu à nos yeux, sinon des ennuis. On avait des passeports diplomatiques et pour voyager il fallait envoyer les demandes au quai d’Orsay (Ndlr, ministère français des affaires étrangères), ensuite à l’ambassade, ça prenait du temps. Manu Nous a dit ça nous perd le temps, prenez des passeports normaux. Donc, ça nous a causé plus de problèmes qu’apporté des joies.

On dit de votre frère Armand qu’il est votre prolongement naturel?
Rires. C’est mon petit frère et on s’aime beaucoup. Nous avons joué pendant de longues années ensemble. Même dans la vie, on s’entend très bien. On pouvait changer d’instruments sans s’égarer et il suffisait qu’on se regarde sur scène pour se comprendre. C’est toujours le cas.

Félix Sabal Lecco batteur
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Le Cameroun, vous retournez souvent ?
J’aime beaucoup Bertoua, une ville retirée, qui n’a pas beaucoup évolué. Aujourd’hui on a le goudron, mais ça reste une vraie ville de campagne et j’aime ce côté tarzan. Rires. J’aime aussi Ebolowa, ma mère est originaire de là. C’est très calme et reposant. C’est un peu d’Ebolowa que nous viennent ces cadences de musique. On a longtemps vécu là bas. Pour mon disque, les clips vont se tourner là bas, dans les villages.

Quel est votre plus beau souvenir du Cameroun ?
C’est ces moments où on arrivait de Yaoundé. Quand la voiture venait de loin et se dirigeait vers la maison de ma grand-mère, on voyait la lampe tempête de ma grand-mère dans le noir. On ne sait pas comment, mais elle savait qu’on venait. Le matin, on buvait la bouillie de maïs et on allait dans la forêt manger le cacao. Je regrette de ne pas être plus présent là bas.

Des projets pour le Cameroun ?
Je voulais concevoir un projet où pouvoir réunir très souvent les musiciens, on m’a rigolé au nez. J’ai essayé de faire autrement: Chaque fois que j’allais au Cameroun, je ramenais des peaux de batteries, des batteries et autres instruments qu’on me donnait en France. Je remettais ça à un responsable pour gérer le partage et je me suis rendu compte qu’il les revendait. J’ai des regrets là-dessus parce qu’il y a beaucoup de gens comme moi qui veulent apporter un petit quelque chose, mais il n’y a pas de structure. Je dois ce que je suis au Cameroun, l’humour des boulou, les musiques d’enfance. c’est tout ça que je suis devenu. Mais je ne sais pas comment faire parce qu’il n’ y a pas de structures.

Vous n’avez jamais pensé à faire de la politique ?
Mon père était un grand homme politique, mais ce n’est pas mon truc. J’admire les hommes politiques parce que c’est des grandes responsabilités. Ce n’est pas si simple.

Pour terminer, quel est votre rêve ?
Réunir le maximum de camerounais pour développer les choses pour lesquelles les autres pays nous envient. On a un humour , une auto dérision, de bons sportifs, de bons musiciens, un beau pays touristique. Il faut développer tout ça.

Félix Sabal Lecco
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