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Le Camerounais Guy Tanonkou, directeur de l’agence de recherche pour la coopération scientifique Afrique-Luxembourg

Les 11 et 12 novembre 2010, l’agence organise un colloque international sur l’évolution scientifique de l’Afrique dans un contexte de développement durable

Présentez-vous à nos lecteurs
Je m´appelle Guy Tanonkou et je réside au Grand-duché de Luxembourg. Avant de m´engager dans les stratégies de coopération à la recherche, je suis à la base chercheur dans le domaine de l’informatique et mathématiques appliquées ; plus précisément, dans le domaine de l´optimisation des réseaux et systèmes (logistique et réseaux de télécommunication). Mes travaux de recherche ont été validés en 2007 par une thèse de Doctorat de l´Université de Metz, effectuée à l´INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique) en France. Thèse de doctorat soutenue par une bourse de formation recherche du Gouvernement du Grand-duché de Luxembourg. Durant ma thèse, j´ai mobilisé plusieurs chercheurs d’Université européenne et africaine, d’experts Recherche et Développement dans des domaines scientifiques variés et quelques scientifiques africains de la diaspora pour créer ACSAL (Agence pour la Coopération scientifique Afrique Luxembourg). L’agence a donc vu le jour en été 2005. C´est une organisation scientifique et technologique promouvant la science et le transfert de connaissance pour le développement de l´Afrique. L`agence développe des stratégies pour une coopération scientifique forte entre le Luxembourg et les pays partenaires de sa coopération (Sénégal, Niger, Burkina Faso, Mali, Cap-Vert). Son siège social se trouve au Grand-duché du Luxembourg. Après mes études doctorales, j´ai travaillé comme chercheur en France au Centre d’Etude et de Recherche en Automobile (CERA) où j´étais chargé de mettre en place une base de données de transport et optimiser tous les flux transport du groupe. Après avoir terminé mon projet dans ce centre, j’ai rejoins l’Université du Luxembourg en qualité de chercheur associé sur un projet européen coordonné par l´Université donc l’objectif est de mettre au niveau de l’Afrique une plateforme de télécommunication pour gérer tous les risques environnementaux. Ce projet m´a permis de mobiliser une fois de plus autour de l´agence ACSAL plusieurs chercheurs, experts scientifiques et spécialistes des stratégies de coopération internationale. Nous collaborons actuellement avec une vingtaine d’institutions de recherche et ONG africaine, quelques universités et centre de recherche européenne. Voila un peu mon histoire. Comme vous le savez déjà, je suis camerounais d’origine et j´adore le N´Dole et le couscous.

Concrètement, à quoi sert cette agence ?
ACSAL a la ferme conviction selon laquelle la science et la technologie peuvent considérablement contribuer à libérer le potentiel de développement social et économique de l`Afrique. Cette vision nous amène à des actions de recherche et consultance scientifique. Nous mettons en réseau les chercheurs des pays du Nord et du Sud. Nous aidons à la recherche des partenaires fiables et efficaces pour les projets de recherche et d´assistance technique des centres de recherche public luxembourgeoise. Nous offrons une plate forme de discussion Euro-Afrique sur des stratégies de partenariats scientifiques pour le développement de l´Afrique. Cette plate forme a été récemment reconnue par la Direction Générale du Développement Economique de la Commission Européenne. Les chercheurs africains de la diaspora de notre réseau développent des projets de recherche avec leur collègue européen et africain ; nous mettons en place un consortium suivant le thème abordé. Par la suite, nous aidons à la recherche de financement. Par ailleurs, nous offrons quelques bases de données des informations sur nouvelles technologies. Vous savez qu’aujourd’hui, le développement passe par la maitrise des systèmes d´information et des réseaux de communications. Nous avons plusieurs projets dans cette direction. Vous savez déjà qu´il y´a un manque d’outils de communication, d’outils logiciels dans nos laboratoires africains. Nous appuyons aussi les institutions de recherche d’Afrique par des octrois en logiciels libres. Pour finir, nous faisons aussi la promotion de la culture scientifique au Luxembourg et en Afrique par l´organisation des conférences, des ateliers thématiques et des séminaires d´échanges.

L’ACSAL a été mise sur pied sur votre initiative. Quel constat aviez-vous établi?
Il y avait une insuffisance de coopération scientifique entre les institutions de recherche luxembourgeoises et les institutions de recherche africaines. Le Luxembourg est parmi les meilleurs pays donateurs de quelques pays africains. Best in class niveau européen a rempli ses objectifs d’aide au développement avec plus 1% du PIB pour l’aide au développement. C’est quand même beaucoup pour la taille du pays. Nous avons constaté que le Luxembourg, très engagé dans les stratégies de coopération au développement, avait quelques insuffisances sur des stratégies de coopération à la recherche avec ses pays partenaires. . Quelques années donc après la création de l´Université du Luxembourg en 2003, nous avons pensé mettre en place une plate forme de discussion qui permettra au gouvernement luxembourgeoise de pousser sa force de coopération sur le partenariat scientifique avec les pays du sud. ACSAL a donc vu le jour en été 2005. Nous avons organisé plusieurs séminaires et réunions avec quelques membres du gouvernement luxembourgeois concerné. L´objectif de ces réunions était de souligner qu’une stratégie d’aide au développement par la recherche scientifique rentrait dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Le Luxembourg a rempli son contrat d’aide au développement qui représente 1% de son PIB. Comment est déployée cette aide?
La Direction de la Coopération Luxembourgeoise est mieux placée que moi pour répondre à cette question. Je vous recommande de poser la question à son Directeur Monsieur Marc BICHLER qui sera présent le 11 Novembre dans le cadre du colloque organisé au Luxembourg par notre Agence. Mais, ce que je peux vous assurer c´est que cette aide n’est pas dirigée vers le développement des projets de recherche, vers les synergies entre les institutions de recherche africaines. La coopération scientifique n’est pas inclue dans le Programme Indicateur de Coopération (PIC) entre le Luxembourg et les pays avec lesquels il est en coopération. C´est là où se trouve une partie de notre combat.

Et aujourd’hui est-ce que vous avez l’impression que le message passe?
Oui. Nous sommes très ravi de la façon donc la direction de la coopération a accueilli notre discours. Je dois ajouter que bien avant la création de ACSAL, des discussions avaient déjà été engagées entre la direction de la coopération et le Fonds National de la Recherche (FNR). Je dois ici saluer M. Frank BINGEN et M. Carlo DUPREL du FNR qui ont eu le courage d´aborder la question au sein de leur conseil d´administration. Pour résoudre le problème du PIC abordé précédemment, nous faisons un travail en aval au niveau des gouvernements Africains pour que les dirigeants africains lorsqu’ils envoient des demandes d’aide au niveau du Luxembourg, puissent inclure la coopération scientifique et la recherche. Aujourd’hui, le gouvernement du Luxembourg pourrait soutenir une telle stratégie. Mais, il faudrait que la demande soit aussi soutenue par les autorités africaines. Nous comptons dans notre stratégie mettre au niveau de l’Afrique, un comité de pilotage chargé de sensibiliser les membres de gouvernement des pays partenaires pour qu’ils puissent introduire la coopération scientifique à la recherche dans leurs programmes indicateurs de coopération avec le Luxembourg.

Quels moyens disposent votre agence ? D’où viennent les fonds?
Des moyens très médiocres. Nous sommes soutenus par des donateurs privées, des personnes qui mettent des ressources financières modestes à la disposition de notre secrétariat pour que nous puissions travailler efficacement. On a aussi la générosité des présidents, des recteurs d’Universités africaines qui trouvent la stratégie très prometteuse pour le développement de leur Université et qui participent aussi, notamment par des moyens humains. Nous développons des actions de recherche soutenues par le FNR. Je ne vous cache pas que gérer une telle agence demande beaucoup de ressources non seulement financières, mais humaines. Il y´a trop de travail à faire et des actions qu’il faut mettre en place. Nous développons des stratégies pour nous étendre à l’international et être reconnu par les institutions et l´Union européenne. Je profite donc pour lancer un appel à toutes personnes physiques ou morales de venir si possible à notre soutien. Le secrétariat permanent est au Luxembourg et pour plus d´efficacité, nous pensons établir dans chaque pays partenaires de la coopération luxembourgeoise une représentation de ACSAL. Actuellement, nous travaillons plus avec l’Afrique de l’Ouest parce que c’est la partie de l’Afrique où le Luxembourg a une coopération forte. Notamment avec le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Cap-Vert, et le Niger. Voilà les pays avec lesquels nous travaillons régulièrement mais comme nous sommes un réseau Europe-Afrique, on a aussi des collaborations avec d’autres pays africains tels que le Cameroun, Gabon, Congo, Cote d´Ivoire, Togo, et l’Ouganda.

Guy Tanonkou
Journalducameroun.com)/n

Un mot sur la diaspora camerounaise au Luxembourg.
La communauté n’est pas très forte par rapport aux autres diasporas européennes (Allemagne, France, Belgique). Le Luxembourg compte environ 455 000 habitants et une université qui est très jeune. La communauté camerounaise est très peu mobilisée. Il y´a une urgence de mettre en place une stratégie de mobilisation. Le président des étudiants africains au Luxembourg (camerounais d´origine) est actuellement entrain de développer une stratégie. CAMERLUX est la future organisation qui va regrouper tous les camerounais du Grand-duché du Luxembourg.

Y a-t-il un ambassadeur camerounais au Luxembourg?
Non. C’est l’ambassade du Cameroun à Bruxelles qui couvrait le Luxembourg. Je ne sais pas si c´est toujours le cas.

C’est quoi votre souhait aujourd’hui?
Mon souhait est de voir les objectifs de ACSAL se réaliser. Pour cela, nous avons besoin du soutien et la volonté des institutions scientifiques et politiques et aussi de la mobilisation de tous les scientifiques africains de la Diaspora. La science doit être au c ur du développement en Afrique et nous avons la ferme conviction selon laquelle la science et la technologie peuvent considérablement contribuer à libérer le potentiel de développement social et économique de l`Afrique.

Sachant que ça reste limité parce que c’est un seul pays européen qui participe
Le c ur de la stratégie est au Grand-duché du Luxembourg. Même géographiquement, c´est l´endroit idéal pour nos actions. Le Luxembourg est au carrefour des pays européens et au centre des institutions européennes. Je pourrais même vous faire une confidence. Le Luxembourg possède des centres d´excellence technique et d’innovation. Une recherche à la pointe et des équipements aux normes des standards internationaux. Des centres de recherche et une université multiculturelle et multilingue. Qui sont des conditions importantes pour le bon déroulement de nos activités. Via ce pays, nous pourrions nous faire entendre par les institutions européennes sur notre stratégie de soutien au développement.

C’est-à-dire repenser l’aide au développement?
Effectivement, il faut repenser l’aide au développement. L’aide au développement aujourd’hui doit se définir par rapport à des stratégies qui rentrent dans un contexte de développement durable. L’africain aujourd’hui doit prendre en charge son avenir, il doit pouvoir trouver par lui-même des moyens efficients pour résoudre ses problèmes qu’il rencontre au quotidien. Et pour cela, il a besoin de l’expertise européenne, il a besoin des solutions de transfert des technologies. Mais pas de solution dédiées à des copier coller, mais des solutions qu’on pourra adapter au contexte local. Des solutions qu’on va adapter en tenant compte des contraintes culturelles, traditionnelles et religieuses. Pour cela, toute la communauté scientifique africaine devra prendre conscience et se mobiliser. Pour y arriver le soutien de toute la communauté scientifique internationale est nécessaire.

Un mot sur le colloque que vous organisez en novembre
La conférence internationale que nous organisons au Luxembourg du 11-12 Novembre prochain est la suite logique de la première Edition qui s´est tenue en Octobre 2009 et qui portait sur les « enjeux de la science et de la technologie pour le développement de l´Afrique ». En 2009, nous avons contribué à dresser l´état, les conditions et les recommandations pour la mise en uvre d’actions scientifiques intégrées Europe-Afrique. Cette 2ième Edition identification des approches méthodologiques émergentes se rapportant aux actions (recherche et formation, transfert de connaissances et innovation) et de la manière de les concevoir pour qu’elles contribuent effectivement au développement durable de l’Afrique. Par ailleurs, les conférenciers identifieront les ressources et le rôle de la Diaspora Africaine pour appuyer les systèmes d’innovation nationaux pour le renforcement des stratégies de coopération au développement. La conférence est ouverte à tout public intéressé par les stratégies de coopération au développement, plus particulièrement les africains de la Diaspora, les chercheurs, les académiciens et les personnels des ONG.

Qui sont vos invités?
Cette conférence offrira une tribune aux différentes délégations Europe-Afrique pour examiner les actions de développement durable et les questions de coopération universitaire entre l´Europe et l’Afrique. Parmi les conférenciers, des recteurs des universités européennes et africaines, des chercheurs et experts en matière de transfert de technologie et stratégie de coopération Eu-Afrique, les ministères luxembourgeois concernés par les politiques de coopération à la recherche (Ministère de la Coopération et de l´Action Humanitaire et Ministère de l´enseignement supérieure et de la Recherche), les scientifiques africains de la Diaspora et plusieurs ONG travaillant dans la coopération au développement avec l´Afrique.


acsal-science.org)/n
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