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Le camerounais Sadrack Bertrand Matanda, un humanitaire au c ur des conflits!

Après 10 ans à la croix rouge camerounaise, il est Field Manager de l’Ong

Parlez-nous de la mission qui vous a emmené en RDC depuis 2007 ?
Mes missions en tant que premier responsable de cette organisation sur le terrain consistent à veiller de la conception à l’implémentation des activités en faveur des enfants (déplacés, réfugiés, sortis des groupes armées et autres vulnérables) avec les tâches suivantes : Représentation auprès des autorités locales, les organisations nationales et internationales ; Recrutement & motivation d’une équipe performante avec un plan de travail et de développement claires, induction & team building ; Dissémination des procédures administratives, logistiques, sécuritaires et financiers ; Suivi Budgétaire & rédaction du schéma de délégation ; Suivi de rédaction des rapports narratifs et financiers à envoyer aux bailleurs ; Coordination de trois programmes urgences & Développement (Protection de l’enfance, Nutrition et Education).

Parlez nous de l’organisation Save the Children pour laquelle vous travaillez ?
Save The Children est une organisation humanitaire, spécialisée dans la protection de l’enfance. Vieille de 90 ans, elle est née au lendemain de la première guerre mondiale sous l’impulsion de JEBB ENGLATYNE de nationalité Britannique, choquée par la souffrance des enfants affectés par ce conflit. Ayant déploré qu’à cette époque personne ne s’occupait de ces victimes de catégorie spécifiques. Save the Children est présent dans plus de 130 pays avec le même engouement en faveur des enfants. Il faut noter que les textes fondateurs de cette organisation ont été a la base de la convention relative aux droits de l’enfant qui est l’instrument juridique le plus signé et ratifié au monde en ce moment.

Pendant longtemps, vous avez travaillé pour la croix rouge camerounaise. Est-ce une continuité ou une nouvelle expérience ?
Effectivement pendant plus de 10 ans j’ai uvré au sein de la Croix rouge Camerounaise du statut de volontaire à celui de Directeur National de Secours et des urgences. Pendant cette période j’ai été au service des populations affectées par diverses catastrophes naturelles et humaines. Je peux citer entre autre, l’assistance aux déplacés du conflit de Bakassi en 1996, les secours aux victimes de la Catastrophe de Nsam (Yaoundé) en 1998, l’encadrement des délocalisés du séisme couplé a l’éruption volcanique de Bakingili en 1999 et 2000, sans oublier ma participation ponctuelle aux campagnes de vaccination de masse contre l’épidémie de méningite dans les départements de la momo et mentcum ( Nord -ouest) en 2001 et aux missions inter agences d’évaluations de l’afflux des réfugiés nigérians dans l’Adamaoua (Banyo) et le Nord Ouest(Nkambé et Ako) en 2002 et les différentes coordination des activités d’aide aux rescapés des glissements de terrain à Maga-Bamumbu en 2003 et inondations à Douala en 2004 pour ne citer que cela sur le plan national. En Mai 2007 j’ai été rappelé d’urgence par la Croix Rouge Camerounaise, suite à la catastrophe aérienne de Kenya Airways, pour siéger au comité National de crise à Yaoundé. N’appréciant pas trop la bureaucratie j’ai jugé important et utile pour moi de tenter une nouvelle expérience avec une autre organisation dans un terrain humanitaire où toute l’actualité était et reste focalisée. l’Est de la RD Congo.

Les missions humanitaires internationales sont celles où l’égalité de chance d’emplois existe encore, car il suffit d’être compétent, d’avoir une bonne expérience, une qualification pertinente pour concourir avec les autres postulants.
Sadrack Bertrand Matanda

L’Est de la RDC est en proie à des rebelles qui sèment la terreur. Comment vivez-vous au quotidien ? Il vous arrive d’être inquiété?
La présence des différents groupes rebelles nationaux (Mai-Mai, ADF/NALU, FPJC et CNDP) et Internationaux(FDLR) ne laisse pas indifférent le travailleur humanitaire que je suis sur le terrain, car dans cette « Jungle » où c’est la raison du plus fort qui triomphe, on n’est pas à l’abri de possible mauvaise surprise, c’est ainsi que nous avons des règles de sécurité draconiennes à respecter au quotidien. Nous ne déployons nos équipes sur le terrain qu’après avoir fait une vérification générale des différents axes et après avoir recoupé les informations avec nos partenaires et autres organisations humanitaires uvrant sur la zone d’intervention. Le couvre feu est systématique, les balades aux heures tardives sont strictement prohibées. Il arrive que nous soyons inquiétés quand on annonce l’avancée d’une faction rebelle vers notre zone d’intervention, car l’expérience a montré que ces forces dites négatives n’ont jamais assimilé les règles du droit humanitaire et dans leur avancée le seul but reste le pillage systématique de tout ce qui se trouve à leur passage. En ce moment là, on met en branle le plan d’évacuation ou d’hibernation qui est connu de tous lors des briefings sécurité.

Comment fait-on pour se retrouver membre d’une mission « humanitaire » hors de son pays?
Les missions humanitaires internationales sont celles où l’égalité de chance d’emplois existe encore, car il suffit d’être compétent, d’avoir une bonne expérience, une qualification pertinente pour concourir avec les autres postulants et au terme d’un processus de recrutement, qui part de votre soumission (lettre de motivation & CV) à un emploi précis, si vous êtes présélectionnés par la structure, vous passez une interview (Face à Face ou par téléphone) vous rédigez un test(examen). et si vous satisfaites aux exigences du panel ou jury, le poste vous est offert, vous faites votre bilan de santé , vous signez un contrat . Il faut signaler que la plupart de ces postes sont publiés dans les sites humanitaires sur internet.

Et votre équipe. Est-elle cosmopolite?
Mon équipe ici est cosmopolite à trois niveaux. Primo, c’est une équipe mixte (Homme femme), secundo avec un staff originaire de toutes les provinces que compte la RDC et Tercio le staff est multiculturel, et de race différente ; c’est le principe d’universalité de la mission.

Le Cameroun ne vous manque t’il pas?
Le Cameroun me manque énormément surtout que la famille y réside et ne peut pas me suivre dans cette zone insécurisée, mais nous avons l’opportunité de nous y rendre tous les trois mois en vacances et passer deux a trois semaines avec nos proches. Mais ce n’est pas toujours facile quand vous arrivez car il est impossible de résoudre tous les problèmes en un laps de temps. Heureusement aussi que les nouvelles technologies de communications à travers les sites internet comme le votre nous informent au quotidien de ce qui s’y déroule.

Sadrack Bertrand Matanda
Journalducameroun.com)/n
Il faut noter que l’Est de la RDC est l’endroit au monde où l’on trouve le nombre élevé de femmes/filles violées au Km2.
Sadrack Bertrand Matanda

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez loin de votre pays. Parlez nous des autres expériences?
Mon expertise a été sollicité sur le plan international, par La Fédération internationale des sociétés Croix Rouge et Croissant Rouge, qui m’a déployée dès 2005 au Tchad dans le cadre de l’opération d’assistance aux réfugiés soudanais issus du conflit du Darfour. J’ai ainsi passé plus de 20 mois dans les camps de réfugiés de Treguine et Bredgine (non loin d’Abéché). Puis j’ai été déployé au Congo Brazzaville en fin 2006 début 2007 pour aider cette société nationale à faire face aux inondations dévastatrices suite aux pluies diluviennes. La suite fut le Gabon et la RCA où il fût question d’aider ces Sociétés Nationales de Croix rouge à mieux préparer les inondations. J’ai fais un ultime détour avec la Croix rouge à Dakar au niveau de la délégation Régionale où j’étais chargé de donner un appui aux activités de réponse aux catastrophes dans l’ensemble des pays de l’Afrique de l’Ouest et du centre.

La guerre de l’Est Congo, on la vit de loin. Mais pour vous tout près, qu’avez-vous à dire de la souffrance des populations malgré les différents appels à la paix, les fameux Kimia?
La situation vue de près n’est pas reluisante car l’on a l’impression de tourner en rond et que tout est eternel recommencement comme le mythe de Sisyphe. La souffrance des populations va vraiment croissante, étant donné que « la chasse » aux rebelles les affectent plus que tout le monde, le danger ici venant de tous les cotés, (des rebelles et des soldats loyaux brebis galeuses) avec les pillages, les viols et la torture . Il faut noter que l’Est de la RDC est l’endroit au monde où l’on trouve le nombre élevé de femmes/filles violées au Km2. La population n’est point calme, elle est toujours en mouvement, il n’existe pas de camp de déplacés au Grand Nord. Elle réside pour la plupart dans les familles d’accueil transitoire avec ce qui reste d’effets personnels emballés et près à prendre la poudre d’escampette. On a l’impression que les différents appels à la paix avec l’opération Amani (Paix en Swahili) tombent dans les oreilles de sourd, la plupart des groupes n’ayant pas toujours suivi les directives pour se désarmer et aller au brassage. L’opération Kimia est à sa deuxième phase et consiste à désarmer de force les FDLR qui ne veulent pas déposer les armes et rentrer au Rwanda. Cette activité ne va pas sans conséquence sur les populations comme je l’ai signalé plus haut. L’on retient que même qu’en ce moment il ya plus d’1 million de personnes déplacés au Grand nord et la majorité n’est pas assistée en besoins essentiels que sont les vivres, la santé/nutrition, la protection, l’eau et l’assainissement, l’éducation et l’habitat.

Votre plus grand souvenir professionnel ?
C’est quand étant jeune volontaire croix rouge, en 1994 ou 1995 au marché central de Yaoundé où je suis allé faire mes courses, j’ai vu l’attroupement avec au sol un monsieur qui faisait une épilepsie, personne n’avait le courage de le toucher (car dans l’imagerie populaire camerounaise cette maladie se transmet toujours quand vous touchez un personne qui fait sa crise. Ce qui n’est pas vrai scientifiquement parlant). Je me suis donc rapproché de la victime en position de sauvetage, je l’ai introduit un objet mou entre les dents pour éviter qu’il ne se morde la langue, après un moment sa crise a baissé en intensité je l’ai placé en position latérale de sécurité (positon d’inconscience) et au bout d’un moment il a repris connaissance. et je fus longuement remercié par la population.

le pire?
L’accident, mortel que j’ai fais en 1999 sur la route Douala -Limbe au niveau du lieu dit Moliwe, quand le véhicule transportant de l’assistance destinée aux déplacés de Bakingili dont j’étais le responsable du convoi a dérapé et effectué plusieurs tonneaux, je n’ai eu la vie sauve que grâce à la ceinture de sécurité.

Un dernier mot.
L’altruisme est un acte très noble, l’humanitaire est le tremplin par lequel cela peut- être concrétisé, c’est pourquoi j’invite les uns et autres surtout mes frères et s urs camerounais de consacrer un minimum de leur temps en faveur des plus vulnérables qui écument nos villes et campagnes. Un message aussi, en direction des jeunes diplômés qui attendent tous daller a l’ENAM, en Faculté de médecine et travailler dans l’administration : l’humanitaire au niveau international est un créneau certes compétitif mais où ils peuvent s’en sortir surtout avec l’atout du bilinguisme (Anglais-Français) et la capacité d’assimilation des enseignements nécessaires pour être à la hauteur. Je les encourage donc à explorer aussi cette voie et de ne pas se décourager au premier obstacle, car pour arriver au sommet, il faut commencer à la base (dans nos communautés) et parfois ne pas songer de prime abord avoir un grand salaire, mais a la longue quand votre expertise sera reconnue vous pourriez mener une vie moyenne et être a l’abri de certains besoins.

Sadrack Bertrand Matanda
Journalducameroun.com)/n
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