Culture › Musique

Le chanteur Pascal Tabu Ley conduit à sa dernière demeure

La dépouille mortelle du chanteur Pascal Sinamoy Tabu Ley Rochereau a été inhumée ce lundi au cimetière Nécropole entre Ciel et Terre de Kinshasa

La dépouille mortelle du chanteur Pascal Sinamoy Tabu Ley Rochereau, décédé le 30 novembre dernier à Bruxelles, en Belgique, a été inhumée lundi au cimetière Nécropole entre Ciel et Terre de Kinshasa après une messe d’action de grâce dite au palais du peuple où était exposée le corps par Mgr Mbadu, évêque émérite de Boma. Avant cette célébration eucharistique, le Président de la République, Joseph Kabila Kabange, a rendu le même jour tôt le matin, un dernier hommage à ce chanteur, homme d’Etat qu’il a qualifié «d’innovateur et d’ambassadeur de la musique moderne». Joseph Kabila s’est incliné devant le cercueil couvert des couleurs nationales et y a déposé une gerbe de fleurs en présence de toutes les notabilités locales, les corps constitués et les membres de famille du défunt. Le Président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, celui du Sénat, Léon Kengo wa Dondo, le Premier ministre Augustin Matata Mponyo, le Premier président de la Cour Suprême de Justice, Kitoko Kimpele, le Procureur général de la République Kabange Numbi ainsi que le Gouverneur de la Ville de Kinshasa, André Kimbuta Yango et son homologue de Brazzaville Hugues Ngolondélé ont également posé le même geste en rendant un dernier hommage à l’illustre disparu. André kimbuta a aussi saisi cette occasion pour annoncer que l’avenue Tombalbaye est rebaptisée avenue Tabu Ley.

Prenant la parole au nom de la famille Tabu, Mme Yvette Tabu a lu la dernière lettre lui adressée par son père dans laquelle ce dernier mettait en exergue l’importance des études en insistant sur le courage, l’excellence et sur la persévérance dans la vie. Elle a aussi révélé que le défunt l’avait conseillé de ne pas suivre le monde musical qui, selon lui, est un milieu plein de requins: «Tu me parlais de l’importance des études, celle de l’excellence, du courage, de la persévérance et de l’ambition. Tu me disais qu’il ne fallait pas suivre tes pas dans la chanson, parce que le milieu était rempli de requins. Papa tu étais plein de vie que rien ne semblait t’arrêter …» a déclaré madame Yvette Tabu« Je suis fort et tu seras fière de moi », avait prophétisé Tabu Ley avant de présenter sa vision d’un nouveau monde et un nouveau Congo. Mme Yvette Tabu qui a refusé de dire adieu, ni au revoir à son père, a mis en évidence la présence réconfortante du Président de la République à ces obsèques, avant de remercier la Ville de Kinshasa de l’accompagnement de son père durant sa maladie et son rapatriement pour l’inhumation dans le terre des ancêtres. S’exprimant au nom des musiciens de la RDC, Koffi Olomide a demandé que la date de la mort de Tabu Ley soit instituée « journée de la rumba congolaise ».

La culture, élément essentiel de la cohésion nationale
De son coté, le ministre en charge de la culture et des arts, Baudouin Banza Mukalayi Nsungu, a exprimé sa gratitude au Président de la République qui, attristé en apprenant le décès de ce grand monument de la musique congolaise, a donné des instructions fermes au gouvernement pour l’organisation des obsèques dignes pour ce compatriote émérite. La présence du Chef de l’Etat en ce lieu mortuaire, a-t-il souligné, montre, combien il porte haut la considération des uvres de l’esprit, ajoutant que la culture est un élément essentiel de la cohésion nationale. Le ministre a aussi remercié toutes les personnalités étrangères qui ont compati avec le peuple congolais dans ce deuil par leurs messages d’amour et de soutien. Parlant de l’illustre disparu, le ministre Banza Mukalayi a noté qu’il était un personnage haut en couleur ayant produit plus de 2.000 uvres et a appris à d’autres à travailler. Cet homme, dont le génie est salué à travers le monde, a-t-il mentionné, continue à inspirer les générations futures.
Tabu Ley, un vrai révolutionnaire dans le domaine des arts, selon M.Yoka Lye Mudaba

Le chanteur Pascal Tabu Ley conduit à sa dernière demeure
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Le Directeur Général de l’Institut National des Arts (INA), Yoka Lye Mudaba André a qualifié lundi, lors d’une interview accordée à l’ACP, le Chanteur Pascal Tabu Ley comme un « révolutionnaire » dans le domaine des arts. M. Yoka a situé à différents niveaux la révolution amenée par Tabu Ley, cet artiste à la voix suave qui a commencé sa carrière musicale à l’âge de 18 ans aux côtés d’un grand maître, Joseph Kabasele. Il a souligné que lorsque Kabasele est arrivé au faîte de sa gloire, il avait « internationalisé » la rumba congolaise, mais quelques fois, il l’a « éloignée » de son fondamental en y mettant notamment la touche afro-cubaine. Cependant, lorsque Tabu Ley arrive, indique M. Yoka, la première révolution a consisté à remettre les pendules à l’heure en « ramenant » la musique congolaise à la vraie rumba classique avec la chanson  »Kelia »,  »Adios »,  »Théthé », etc. La deuxième révolution de l’artiste, a-t-il renchéri, est d’avoir chanté avec ferveur, et dans un langage d’une beauté exceptionnelle, les femmes qu’il a « connues, appréciées et honorées », citant entre autres,  »Jupsy »,  »Mado »,  »Christina »,  »Sorozo »,  »Lily »,  »Maria », etc. Dans ce registre, Yoka a mis en exergue un autre apport qu’il a appelé le  »travestissement poétique », exploité par Rochereau et qui veut dire, chanter avec sa voix d’homme à la place de la femme comme dans les chansons  »Mongali »,  »Ba zuwa ya bosenzi »,  »Kaful mayay » et bien d’autres.

Une vraie « révolution poétique » a-t-il estimé. Sur le plan instrumental, Tabu Ley a introduit une troisième révolution, celle de la « guitare mi-solo » à côté de la guitare basse, la guitare d’accompagnement et la guitare solo avec les musiciens Izeyidi et Faugus dans  »Mokolo na kokufa’,’ autant il a introduit la partie  »drums » sous l’inspiration du chanteur américain James Brown. Le Pr Yoka a ajouté un élément de plus, notamment le  »Soukous », introduit par Ley avec l’accompagnement du musicien ouest africain Denis Lokasa ya Mbongo, outre la quatrième révolution à savoir, le  »Show de l’Olympia » en 1970, à Paris. C’est le premier noir africain à affronter cette salle mythique française en jouant plusieurs concerts et passe ainsi de la chanson dansée à la chanson écoutée, à la chanson spectacle dans une scénographie qui a connu la touche du dramaturge Mikanza Mobyem. Tabu Ley avait une voix lyrique, ample et ouverte en contrepoint pour avoir chanté avec des grands comme Mujos, Kallé, Kwamy, Kasanda René Moreno et Franco, en ramenant ce dernier à la discipline de la rumba avec la chanson  »Lisanga ya banganga ». Tabu Ley est une  »école » qui continuera à percer parce qu’il ramené les jeunes artistes au texte littéraire qu’ils avaient abandonné au profit des bruits et de gesticulation a-t-il conclu. ACP./FNG./Kayu./Kul/Wet./JGD./May.

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