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Le cinéaste camerounais Guy Josué Foumane présente le polar africain

«La collection des romans policiers  »AIA » est une ode au panafricanisme, à la solidarité, la cohésion et l’homogénéité de notre cher continent»

Cinéaste et écrivain, il est l’auteur de « AIA », AFRICAN INVESTIGATION AGENCY, sorte de FBI africain dont le tome 1 (Les disparus d’Abomé) consacré à une enquête au Cameroun, est paru aux éditions DAGAN à Achères (France).

Guy Josué Foumane, vous êtes un écrivain de polars (Enquêtes, suspense, policier), concepteur et auteur de « AIA », qu’est ce que c’est?
L’AIA est une Agence Panafricaine d’Investigations fictive, issue de ma seule imagination. Une forme de «CIA» africaine si vous voulez, financée par tous les États Africains, dont le siège central est à Johannesburg, en Afrique du Sud. Elle a été créée pour combattre toutes formes de criminalité sur la totalité du continent noir, en apportant aux polices et gendarmeries nationales de chaque pays des appuis humain, technique, logistique, technologique et scientifique, pour résoudre les plus insolubles des affaires. La collection de romans d’action et de suspense «Aia, African Investigation Agency» relate les enquêtes et faits d’armes de ces agents tous Africains, expérimentés, consciencieux, déterminés, bien équipés, courageux et intrépides, qui ne connaissent point de frontières sur la totalité du continent noir et traitent au même pied d’égalité les victimes de toutes classes sociales. Le principe de la collection est de changer de pays africain à chaque Tome en privilégiant un fait divers sordide et une ligne narrative qui, bien qu’en adéquation avec une certaine homogénéité de la collection, collera aux réalités, la psychologie et les us et coutumes du milieu, qu’elle se plaira à explorer. Ainsi, pour les 54 pays africains, il est prévu la publication de 54 Romans, avant que le cycle ne recommence à zéro.

Qui sont les principaux personnages de ce roman policier?
C’est bien entendu une paire d’agents de l’AIA. Un homme et une femme futés et intrépides, enquêtant toujours ensemble, parfaitement complémentaires. La crème des crèmes, l’élite de l’élite des enquêteurs de l’Agence. Ce sont les héros, les incontournables de la collection. La femme, Zawady Twagiramungu, 28 ans, 1,80 mètre pour 68 kilos, est rwandaise et Tutsie, survivante du génocide rwandais de 1994, désormais sans autre famille que l’AIA. Belle, les courbes enivrantes, c’est un incontestable phénomène anatomique qui affole les hommes. Ses points forts: bonne intuition, capacité d’analyse et de réaction hors du commun, mémoire infaillible, instinct de survie très poussé, tir d’une rare précision. L’homme, Jonas Arendse Mandela, a 33 ans. Il est Sud-africain, né au Cap, grand gaillard au physique athlétique et aux larges épaules, mesurant 1,85 mètre pour 90 kilos de muscles. Beau gosse au teint chocolat, sosie de Mohammed Ali. Ses points forts: sens pointu de l’observation, courage fou, psychologue émérite doué pour faire craquer les plus récalcitrants des suspects, grande maîtrise des arts martiaux. Une ombre cependant dans sa vie: sa fille de neuf ans, Heidi Arendse, est drépanocytaire. Il dépense le gros de ses émoluments pour lui payer des traitements coûteux et prolonger ainsi sa vie. Ils sont toujours affectés au Desk d’un nouveau pays et prennent en charge un nouveau dossier. Leurs noms de code: 000889 pour Jonas et le 000775 pour Zawady.

C’est quoi le Desk dans votre roman?
L’Agence a des« Desk » – entendez bureaux – dans les capitales de tous les pays africains, où travaillent de façon permanente une dizaine d’Agents chevronnés et totalement indépendants, managés par des Supérieurs. Elle jouit, comme tout organisme d’investigations qui se respecte, d’une charte de fonctionnement et d’équipements importants, dont certains à la pointe de la technologie. Elle se veut le porte-étendard, en Afrique subsaharienne principalement, de techniques d’enquêtes dignes des polices occidentales (relevés d’empreintes digitales, extraction et exploitation d’ADN, datation du jour et de l’heure de la mort, gestion des fichiers de criminels, écoutes téléphoniques, placement des mouchards, filatures, etc.). Elle ne procède pas en tant que tel aux arrestations de suspects ni à leur garde à vue, mais est habilitée à les localiser – «loger» étant le terme usuel à l’Agence – et à les immobiliser» pour ensuite les livrer aux polices et gendarmeries nationales, seules qualifiées pour procéder aux garde-à-vues.

Vous avez participé à de nombreux salons du livre de prestige comme les Salons Internationaux du Livre de Paris et de Genève, vos séances de dédicaces sont très courues, comment arrive-t-on à écrire un roman policier d’une telle force?
Je crois qu’une très forte passion pour ce genre littéraire est primordiale. Il ya aussi le flair, le génie de l’écrivain, une certaine aptitude naturelle à observer, mémoriser et surtout savoir restituer les aspérités, ambigüités et complexités de nos cultures africaines, réputées pour leur loufoquerie, leur côté fantasque, quasi-irrationnel. L’Afrique est en effet le terrain par excellence de tous les extrêmes, des croyances les plus folles, des faits divers aussi sordides que sanglants: on y prête ainsi une immortalité ou des pouvoirs maléfiques à des semblables, on y voit dans la mort d’un tiers la résultante de pactes sataniques conclus par ce dernier de son vivant, on y affirme volontiers que la foudre peut être téléguidée par un sorcier puis envoyée à un ennemi, et plus encore. Ce que j’ai cherché à proposer avec ce Roman, c’est un savant «télescopage» entre des techniques d’investigations très avant-gardistes, et l’inadéquation entre celles-ci et nos sociétés, où les replis identitaires, religieux et culturels restent très fortement marqués. Comme vous le voyez dans le livre, on en arrive à un contexte très captivant qui, j’y compte bien, uvrera à l’émergence d’un vrai «suspense africain».


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Vous êtes Scénariste-Dialoguiste et réalisateur, pourquoi avoir choisi de raconter l’histoire des agents de l’AIA à travers un polar, un polar scientifique de surcroît?
Le fait est que quand vous écrivez, vous n’avez pas de limites, vous pouvez tout vous permettre, c’est presque jouissif, si j’ose dire. Ce qui est difficile ou impossible à tourner en cinéma ou en télévision, vous pouvez l’écrire, le détailler au maximum, lui donner la substance que vous voulez. C’est tout simplement génial. Pourquoi un polar scientifique? D’abord parce que le genre a le vent en poupe en ce moment dans toutes les régions du monde, et qu’il était hors de question que nous autres soyons en reste. Ensuite Parce que l’homme africain en général, francophone ou anglophone, raffole jusqu’à l’obsession de romans d’espionnage et de polars à sensation qui très souvent déboulent de l’occident (bien qu’il existe quelques parutions africaines), s’identifiant ainsi à des héros et personnages qui n’ont, pour la plupart, strictement rien à voir avec ses réalités à lui, ses reflexes, subtilités, conceptions de la vie et visions du monde. Ainsi, face à la rareté dans nos kiosques et rayons de librairies de littératures équivalentes «100% made in Africa», j’ai pensé qu’un polar scientifique bien de chez nous, même s’il parait pour l’instant en un peu avancé sur notre temps, peut trouver son public, pour peu qu’il jouisse d’histoires et de contextes crédibles. Bref, il était plus que jamais temps qu’un africain s’empare de ce marché.

Vous avez situé l’histoire dans un espace géographique réel. Quelle est la part du réel et quelle est la part de fiction dans ce roman?
Je dirais du 50-50! Le tome 1, «Les disparus d’Abomé», traite d’un macabre règlement de comptes entre Feymen, phénomène qui est une réalité bien de chez nous, dont j’ignore s’il faut en rire ou en pleurer. Le livre se fait d’ailleurs un malin plaisir de disséquer le fonctionnement de ces Feymen, leurs modes opératoires, leurs petits secrets les plus enfouis, leur psychologie, mais aussi l’aspect très «létal» de leurs activités. Puis la fiction prend très vite le dessus lorsque des agents de l’AIA, déterminés à en savoir plus sur «l’arme du crime», qui est ici un poison si violent qu’il décompose une personne en quelques minutes, vont se retrouver à traquer un ennemi redoutable, implacable et très rusé, tapi aux tréfonds de la jungle sauvage, maîtrisant le secret des plantes comme personne. Mais je m’arrête là, le reste est à découvrir dans le livre.

« Les disparus d’Abomé » inaugure-t-il une série?
Absolument! Vous savez que la production audiovisuelle coûte cher, et plus encore un genre novateur comme celui-ci, où il est question d’enquêtes scientifiques 100% africaines, de trafics en tout genre, de meurtres, de tirs à l’arme à feu, de cascades diverses. Il était en effet question à l’origine de lancer la plus grande série télé africaine de tous les temps, projet d’ailleurs toujours en cours de développement. Mais il m’est apparu primordial de préparer les consciences à l’avènement de cette série, en recadrant le concept dans une collection de romans à paraître tous les 4 mois, soit 3 parutions à l’année, avec l’ambition de passer à quatre parutions annuelles dans les deux ans.

Vous décrivez les méthodes de la police scientifique avec précision. D’où vous vient cette documentation? Avez-vous travaillé avec des forces de l’ordre?
Sans jamais avoir travaillé avec les forces de l’ordre, j’ai tout de même plusieurs membres de ma famille à des postes importants dans la police et la gendarmerie camerounaises, et j’ai des amis bien placés dans les polices occidentales notamment françaises, italiennes, suisses, qui ne se sont pas privés de m’expliquer avec force détails leurs méthodes d’investigations avancées, autour d’un bon verre. J’ai aussi et surtout une obsession viscérale de la justesse, du moindre détail, de la crédibilité. Je suis le genre d’auteurs à décrire la couleur d’un poil dans le nez d’un de ses personnages, c’est dire à quel point j’ai le souci d’épargner à mon lectorat un environnement grotesque. Je me documente énormément, je dirais à l’excès, et à ce stade internet se révèle un outil formidable, ou le meilleur comme le pire peuvent être trouvés. À cela il faut rajouter que j’ai bu jusqu’à la lie, depuis une dizaine d’années, toutes les grosses séries TV scientifiques américaines, ce que je continue d’ailleurs de faire. Mais il ne suffit pas d’en être boulimique pour avoir une écriture d’une «précision chirurgicale». Il faut ensuite savoir tout soupeser, tamiser, peser le pour ou le contre, décider nettement, sélectionner ce qui est transposable dans le contexte socioculturel africain, et ce qui ne l’est pas.


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Quel a été l’accueil du public – camerounais surtout – à la sortie de ce roman?
En France et en Suisse où le livre est déjà sorti, nous vivons un véritable «Tsunami» d’accueils favorables! L’AIA fait jusqu’ici une totale unanimité, pour preuve, tous les premiers stocks ont été vendus et mon éditeur est tout le temps en retirage. J’ai été convié à de prestigieuses séances de dédicaces à la librairie du Musée Quai Branly à Paris, au Salon du Livre de Paris porte de Versailles, le plus important du monde, et très récemment, au salon international du livre de Genève. À toutes ces étapes, tous les exemplaires ont été emportés, majoritairement par les diasporas africaines, dont de très nombreux Camerounais. J’ai eu la surprise de recevoir la visite de quelques uns de nos diplomates, désireux de se faire dédicacer un exemplaire. Dans l’intervalle, je dédicace abondamment en libraire, vu que rien qu’à Paris, 17 librairies vendent le roman, qui est également disponible dans toutes les FNAC d’Europe et à la vente en ligne sur les sites très populaires comme amazon.fr Je suis aussi régulièrement invité à Paris et Genève à des conférences sur le polar, pour partager ma vision africaine du genre. Outre l’Afrique, nous ciblions au départ les groupes d’immigrés africains, et quelle n’a pas été notre surprise de voir un public occidental se jeter sur le livre, par désir de découverte sans doute, ou pour se changer un peu des réalités de chez eux! Le roman n’est pour l’instant pas disponible au Cameroun, mais l’éditeur prépare une large distribution africaine. Toutefois, il peut être trouvé en libre lecture aux librairies des centres culturels français de Yaoundé et Douala, qui ont récemment achetés quelques stocks à Paris.

On compte très peu d’auteurs camerounais qui se lancent dans le genre polar. Qu’est-ce qui vous a motivé?
Il y a l’amour de ce genre littéraire, une part d’audace, et je dois rajouter un fort désir de sortir des sentiers battus. J’ai toujours été ainsi: attiré par ce que nous appelons des «créneaux vierges», ce qui ne se fait pas encore, mais qui s’avère à mes yeux nécessaire d’être fait. Aujourd’hui, je peux dire que l’Afrique a sa collection de polars, au contenu pur et dur, ambigu, étrange et très africain certes, mais savamment saupoudrée de modernisme et n’ayant rien à envier au polar occidental. Nous pouvons enfin nous permettre d’exister sur ce marché, et il n’est plus question de laisser aux auteurs occidentaux la latitude d’écrire des polars sur l’Afrique. Ils n’en n’ont ni l’essence, ni la substance, en tout cas pas autant que les auraient un auteur typiquement africain.

Avez-vous eu une quelconque difficulté à trouver un éditeur (notamment en Afrique) du fait du gendre que vous traitiez?
Je dirais oui et non, parce qu’il était clair dans ma tête, dès le départ, que cette collection était «l’affaire des africains», et que je ne comptais pas la céder à un gros éditeur français qui, par la suite, aurait tenté de nous confisquer tout le concept comme ils en ont l’habitude, y compris ses droits d’adaptation audiovisuelles. J’ai donc soigneusement évité de démarcher les éditeurs à l’aveuglette, en ciblant prioritairement ceux qui avaient non seulement du respect avéré pour notre continent, mais aussi une passion certaine pour notre littérature et le polar en particulier. Cette question était pour moi essentielle: il ne s’agissait pas de se faire immédiatement de l’argent en cédant le concept au premier venu, mais de parvenir à exister dans le créneau mondial du polar, et permettre en même temps l’émergence d’un vrai polar africain, d’un «suspense afro» exportable. Une dizaine d’éditeurs, sur Paris et Genève, répondait ou se rapprochait de ces critères, et ils ont tous fait savoir très vite leur grand intérêt pour la collection. Mon choix s’est porté sur Les éditions Dagan, en région parisienne. De très bons professionnels, qui traient leurs auteurs avec tous les égards et qui, de plus, sont très bien introduits dans les circuits de distribution littéraires français, réputés très complexes.



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