Politique › Institutionnel

Le CNC rétablit l’honneur du ministre ivoirien de la Communication

Le journal La Scène, qui avait traité Me Affoussiata Bamba-Lamine, en visite au Cameroun, de « bordelle », a écopé de six mois de suspension ce 30 mai 2014 par le régulateur des médias

Le Conseil national de la Communication (CNC) du Cameroun a rendu, ce 30 mai 2014, deux décisions contre des organes de presse privés camerounais. La première porte sur la suspension temporaire de l’organe de presse écrite dénommé «La Scène» et de son directeur de publication pour « atteintes à l’éthique et à la déontologie professionnelles en matière de communication sociale». Il sont suspendus de toute activité journalistique pendant une durée de six mois; La seconde porte avertissement au Directeur de publication du quotidien «Emergence» pour «insuffisance professionnelle constitutive d’atteintes à la déontologie en matière de communication sociale».

La Scène et le ministre ivoirien de la Communication
Le mois d’avril dernier, le ministre de la Communication de la Côte d’Ivoire, Me Affoussiata Bamba-Lamine, a effectué une visite de travail au Cameroun. Un journal paraissant à Douala et dénommé « La Scène » a publié, à la Une de son édition du 15 mai 2014, une photo de la ministre avec le titre : «Les révélations chocs du séjour de la bordelle du syndicat du crime ivoirien au Cameroun» et en sous-titre : «Affoussiatou Bamba Lamine.ministrion de la Communication du pouvoir sanguinaire d’Alassane Ouattara». En plongeant dans le journal, le lecteur pouvait également retrouver une interview accordée par un certain Patrick Sapack Nguele qui expliquait, entre autres, que la ministre venait mener une opération de toilettage pour le président Alassane Ouattara face à « l’image cauchemardesque de son accession à la magistrature suprême de ce pays en 2010[…] ».

C’est donc outragé que l’ambassadeur de Côte d’Ivoire au Cameroun, Adama Dosso, a porté plainte auprès du régulateur des médias camerounais le lendemain de cette publication, le 16 mai 2014, pour calomnie et diffamation. Convoqué par le CNC les 22 et 28 mai 2014, le directeur de la publication du journal «La Scène», Patrick Sapack, s’est justifié en expliquant que le terme bordelle n’existait dans aucun dictionnaire de langue française ; et que l’ambassadeur aurait du envoyer un droit de réponse pour interpeller le journal. Des arguments jugés faibles qui lui ont valu la suspension, pendant une durée de six mois, de la profession de journaliste au Cameroun pour « atteinte à l’éthique et à la déontologie en matière de communication sociale.

L’édition litigieuse du journal « La Scène »

Emergence et le président de l’Assemblée nationale
Le CNC a également formulé une décision (avertissement) contre le journal Emergence ce 30 mai 2014. Il est reproché à ce quotidien ainsi qu’à son directeur de la publication, d’avoir publié des « informations non fondées » sur le retrait du passeport du Président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, et du détournement par ce dernier d’une prétendue rançon destinée à Boko Haram.

En fait, il s’agit de trois éditions litigieuses du quotidien Emergence qui ont été déposés au CNC par Me Elisabeth Beback, l’avocat au Barreau du Cameroun agissant pour le compte de Cavaye Yeguie Djibril, le PAN. La première édition, celle du 19 mars 2014, affiche à la Une : «Le passeport de Cavaye retiré. L’humiliation suprême pour celui qui pendant plus de 20 ans, aura été la deuxième personnalité du pays». La deuxième édition, celle du 24 mars 2014, présente : «Pourquoi Biya en veut à Cavaye. Le retrait du passeport du PAN prouve que ce dernier a une dent contre lui». La troisième enfin, celle du 07 avril 2014, affiche à sa Une : «La colère de Biya. Le PAN empoche les milliards de Boko Haram.» A la page 5 de cette édition, on peut lire : «Le retrait du passeport du PAN avait un lien direct avec le non-acheminement de la rançon jusqu’à Boko Haram lors des négociations ayant abouti à la libération du prêtre français [Georges Vandenbeusch, le 31 décembre 2013, ndlr]».

Convoqué le 22 mai 2014 au siège du CNC à Yaoundé pour s’expliquer, le directeur de la publication « Emergence », Magnus Biaga, a affirmé que la diffusion de l’information sur le retrait du passeport du PAN avait été faite sur «la base de faits collectés, recoupés et vérifiés selon les règles de la profession». Il a présenté pour illustration une photocopie du document attestant du retrait du passeport du PAN. Les membres du Conseil ont exigé un acte authentique dudit document, qu’il n’a pu présenter.

Considérant par ailleurs que l’information concernant le détournement par le PAN d’une supposée rançon, destinée à Boko Haram, n’a pas été étayée par des preuves, le DP du quotidien Emergence a été infligé d’un avertissement pour «atteinte à la déontologie professionnelle». Concrètement, il devra publier la décision du Conseil national de la communication «avec la même force de caractères que celle des articles contestés à la Une de l’une des éditions de son journal qui paraitront dans les 48h suivant sa notification, et à la publication de son intégralité dans ses pages intérieures».

Créé par la loi sur la communication sociale de 1990, le Conseil national de la communication du Cameroun a été, pendant 23 ans, un organe purement consultatif. C’est seulement depuis 2013 qu’il a été doté d’un pouvoir répressif par décret présidentiel. Un pouvoir qu’il entend bien utiliser même si les éditeurs de presse – privée – ont souvent critiqué ses décisions.





L’une des éditions du journal Emergence mettant en cause le président de l’Assemblée nationale


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