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Le drapeau du Cameroun dans tous ses états

Gervais Mbarga publie un essai sur «le plus prestigieux des symboles nationaux» tel que nous ne l’aurions jamais soupçonné

Pouvez-vous décrire le drapeau camerounais ? «Il s’agit de trois bandes verticales, vert rouge et jaune d’égales dimensions, avec une étoile dorée (or) dans la bande rouge» serait-on tenté de répondre d’emblée, considérant par-là la question comme un truisme, tant la description de ce bout d’étoffe nous semble très familière. Pas si sûr, explique Gervais Mbarga dans un essai récent publié aux éditions L’Harmattan avec pour titre : «Le drapeau du Cameroun, le vexille étoilé».

Concernant la première couleur : s’agit-il d’un vert prairie, vert olive, vert gazon ? En effet, nous explique l’auteur qui est professeur agrégé à l’université de Moncton au Canada, il existe près de 47 nuances de vert, et pas moins de 46 nuances de rouge. Devant ce constat, on se retrouve devant une impasse. Les textes réglementaires camerounais ne prévoient pas l’identité de l’échelle chromatique du drapeau encore moins les dimensions de l’étoile. Tout juste, le décret n°767-24 du 16 septembre 1976 précise que la bannière étoilée (drapeau national) s’étale sur trois mètres de longueur et deux mètres de largeur.

Si le drapeau camerounais, dans ses usages, est un drapeau qui combine à la fois le caractère d’être celui de l’Etat, militaire et civil, Gervais Mbarga qui plaide pour que tous les citoyens puissent s’approprier ce symbole, reconnait tout de même qu’il y a des préalables. « Mettre le drapeau dans les mains de tous les Camerounais signifie aussi prendre le risque de voir fleurir l’imagination de tous. Prescrire des balises devient donc un impératif. [.]En plus des couleurs, l’autre sujet d’exactitude concerne l’étoile d’or. Ses dimensions font l’objet de supputations. Il convient de les fixer. [.] Cette normalisation engage la première phase des chantiers indispensables qui n’exclut pas l’enseignement des usages du drapeau», recommande le spécialiste de la vexillologie (science des drapeaux).

Précis de protocole, essai historique ou recherche en communication
Gervais Mbarga prévient dès l’introduction de l’ouvrage qu’il ne s’agit pas d’un précis de protocole, même s’il en a l’air. L’avant dernier chapitre du livre (Chapitre V) est consacré à « l’usage des drapeaux ». Le lecteur y retrouve les divers éléments de l’étiquette lors des cérémonies publiques, pour un usage privé et, détail plus intéressant encore, comment faire flotter le drapeau.

L’auteur se défend par ailleurs d’avoir écrit un livre d’histoire. Effectivement, la rigueur de l’historien avec les archives ne transparait pas dans cet écrit. Tout juste les effleure-t-il. Les chapitres II et III intitulés respectivement «L’histoire du drapeau camerounais» et «comprendre le drapeau camerounais» se rapprochent d’une étude historique. Le lecteur apprendra ainsi que le Cameroun a adopté ses couleurs nationales avant son indépendance. Les premiers projets de loi élaborés par l’Assemblée législative du Cameroun (Alcam) portaient exclusivement sur les symboles de l’Etat du Cameroun en gestation. «Les textes furent adoptés les 24 et 25 octobre 1957 par trente-sept voix pour et huit contre, en ce qui concerne le drapeau ; trente-cinq voix pour et zéro voix contre sur l’hymne ; trente-deux voix pour, une voix contre sur la devise ; soixante et une voix pour et zéro sur la fête nationale», peut-on lire à la page 55 du livre. Le vert-rouge-jaune sera hissé pour la première fois le 10 novembre 1957 à Yaoundé par le Premier ministre de l’époque, André-Marie Mbida. A l’avènement de l’indépendance du Cameroun, le 1er janvier 1960, les couleurs resteront ainsi celles de 1957 ; En 1961, il s’enrichit de deux étoiles dans la bande verte, représentant les deux Etats fédérés ; et dès le 21 mai 1975, il demeure frappé d’une seule étoile sur la bande rouge à la suite de la réunification intervenue en 1972. Depuis lors, il n’a plus subi de variations.

Le drapeau camerounais est ainsi très jeune à l’image de l’Etat en comparaison du bleu-blanc-rouge français qui date de 1794 ou de l’Union Jack britannique qui date de 1801. Mais il est né sensiblement au même moment que les autres drapeaux des pays africains qui ont accédé à l’indépendance pour la plupart dans la deuxième moitié du XXe siècle, excepté l’Ethiopie, seul pays africain à n’avoir jamais été colonisé. L’histoire retient d’ailleurs que c’est le premier pays du continent à avoir élevé les couleurs vert, jaune et rouge le 06 octobre 1897, couleurs dites « panafricaines » qui seront utilisés plus tard par nombre de pays dès leur accession à la souveraineté… à l’instar du Cameroun.


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Le travail de Gervais Mbarga peut également être appréhendé, avec prudence comme dans les deux cas suscités, comme une recherche en communication. Tout drapeau national n’est pas qu’un simple bout d’étoffe. «Le fouler aux pieds constitue le pire sacrilège et le plus grave des mépris. Y mettre le feu attise des haines éternelles. Le drapeau est donc un outil de communication des plus mythiques pour les nations et pour les hommes», affirme Gervais Mbarga, également membre de la Société Française de vexillologie et du Flag Institute britannique. Cet aspect est abordé dans le chapitre I du livre « Des drapeaux et des hommes » et dans le chapitre IV intitulé «le symbolisme du drapeau camerounais ».

Sur ce dernier point par exemple, l’auteur tente d’expliquer l’indifférence que manifestent certains Camerounais envers le drapeau par le fait que ce dernier ne reflète pas un élément du terroir. « Un jour peut-être, les Camerounais auront à arborer la crinière du lion, roi de nos forêts et de nos savanes, sur notre drapeau, un peu à l’image.du maillot de nos Lions indomptables », suggère-t-il. Après le refus des joueurs de l’équipe fanion de prendre le drapeau au stade Ahmadou Ahidjo et la débâcle des Lions indomptables au mondial brésilien, on préfère conserver le vert-rouge-jaune national en s’alignant derrière le Pr. Daniel Abwa qui estime que «c’est un drapeau parfait qui ne souffre d’aucune contestation ».

On retiendra néanmoins quelques limites dans cet ouvrage original par le sujet qu’il aborde. Quelques problèmes de rythme. L’auteur accroche au début par quelques anecdotes sur Françoise Mbango et Pius Njawe et lâche ensuite brutalement le lecteur avec des détails savants et rébarbatifs sur l’écu; Le manque de rigueur dans la sélection des sources (à la page 34, Gervais Mbarga cite un certain Dibombari Mbock, sans détail sur ses qualités qui a publié sur le réseau social Facebook, de nombreuses références sont prises sur Wikipedia et parfois sur des sites comme www.peuplesawa.com ») ; La faiblesse des sources (la bibliographie comporte en tout 16 références) . Cela s’explique peut-être par la rareté des ressources documentaires sur la question en Afrique et singulièrement au Cameroun. Fait que Gervais Mbarga souligne à l’entame de sa production intellectuelle qui serait la première du genre d’un vexillologue africain.

Gervais Mbarga est professeur agrégé à l’université de Moncton au Canada
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