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Le Franc CFA célèbre les seize années de dévaluation

Aucune manifestation n’est prévue, de nombreux experts dénoncent la grosse supercherie des partenaires internationaux

Un chantage de la France?
Le 11 janvier 1994 à Dakar au Sénégal, les 14 pays de la zone franc ont accepté de dévaluer le CFA. Une mesure historique. Qui a touché huit pays d’Afrique de l’Ouest et six pays d’Afrique centrale rattachés depuis 1948 au Franc français par une parité fixe. La dévaluation, décidée sous la pression du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale et annoncée par la France, avait été présentée aux pays concernés, comme une solution parfaite pour sortir d’une situation économique jugée catastrophique. Le contexte du moment est en effet difficile. Les taux de croissance et le niveau de vie sont faibles, il y a une fuite massive des capitaux (les opérateurs économiques nationaux déposent leurs fonds en CFA dans les banques françaises au détriment des banques nationales), les termes de l’échange se sont détériorés. Le 2 août 1993, Paris a suspendu le change de billets de francs CFA. Un mois plus tard, les transferts bancaires ont été soumis à un contrôle préalable. Les pays africains se sont résignés. La dévaluation qu’ils se refusaient à effectuer depuis 1988 était devenue inévitable.

Une mesure pourtant présentée comme salutaire
C’est le Camerounais Antoine Ntsimi, alors ministre des finances à cette période, qui lira la déclaration. Les partisans de la dévaluation, la France en tête, disaient qu’elle aiderait à relancer la compétitivité des produits africains sur le marché international, réduire les déficits budgétaires, et permettre à la croissance de reprendre. Un début d’amélioration de la situation économique s’est fait ressentir. Il est certain que plusieurs filières d’exportation (café, cacao, coton) ont bénéficié en 1994 à la fois de la hausse conjoncturelle des cours mondiaux de ces produits et de la dévaluation du franc CFA. Ces filières ont aussi pendant un certain temps dégagé des excédents financiers qui ont davantage profité aux Etats plus qu’aux producteurs. Quant aux productions céréalières locales, elles ont vu leurs prix rester stables, leur progression en volume s’expliquant principalement par les conditions pluviométriques particulièrement favorables dont ont bénéficié la majeure partie des pays de la zone franc au cours de cette période-là.

Un bilan très mitigé
Mais aujourd’hui, personne n’est fier du bilan actuel de la dévaluation. Les dirigeants et hommes politiques des pays de la zone Franc habitués à utiliser toute situation favorable à des fin de propagande propre semblent tous vouloir oublier cette page de leur histoire et de leurs bilans politiques. Du jour au lendemain, les prix à la consommation sont passés du simple au double. L’inflation n’a plus jamais été maitrisée. La plupart des pays concernés sont devenus des pays très pauvres et très endettés. Le revenu par habitant a chuté. Pour le cas du Cameroun, 30% de la population vivent avec 1 dollars par jour, et jusqu’à 58% vivent avec un peu plus de Dollars par jour. Aujourd’hui, les experts s’interrogent sur le genre de partenariat que la France offre à ses «amis» africains.

Absence des mesures d’accompagnement
Les avantages de la dévaluation ne pourront provenir que de mesures d’accompagnement qui sont prises, tant par les Etats africains que par les bailleurs de fonds. Ces mesures doivent garantir la stabilisation de l’environnement économique et créer les conditions par une reprise de l’investissement intérieur. Dans ce nouveau contexte économique, existe-t-il des politiques de coopération originales? Des mesures d’annulation de dettes et de soutien aux budgets des Etats ont effectivement été prises, avec une intensité différente selon les pays africains. Des mesures sociales ont aussi été prises, mais d’une ampleur nettement moindre ; quant aux mesures d’accompagnement permettant de relancer l’investissement, de mettre en place des projets réellement novateurs, ils ne sont que très récents et portent sur des domaines qui ne profitent pas directement aux populations. Les besoins des populations sont énormes ; ne peuvent-ils être satisfaits par des productions locales qui sont maintenant protégées du fait de la dévaluation? A-t-on réellement cherché, dans les différents secteurs, toutes les opportunités d’activité? Autant de questions demeurées sans réponses.



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