› International

Le Gabon: L’improbable équation de la succession au pouvoir

Après les obsèques du président Omar Bongo, le pays doit trouver des ressources pour designer un successeur

La question qui longtemps est restée un tabou pour les gabonais prend aujourd’hui une forme sérieuse et cruciale avec la survenance effective du décès du président bongo. Président omnipotent, parrain dans un système complexe construit autour de clans rivaux et d’allégeances forcées ou intéressées, aucun dauphin n’a été désigné de son vivant. Interrogé sur la question de son vivant, il aimait à répondre que si Dieu le permettait il se représenterait en 2012. Le destin en a décidé autrement et aujourd’hui le Gabon devra avoir un chef. Les spéculations vont bon train et l’enjeu n’est pas des moindres.

Les chefs d’Etat de la sous région CEMAC ont tout intérêt que le successeur soit un interlocuteur « fréquentable ». En marge des obsèques, le président Biya médiateur dans le dossier a reçu tour à tour la fille et le fils bongo, principalement évoqués lors des discussions sur la succession éventuelle. Rien à filtrer de l’entretien mais on imagine bien que Paul Biya dans son élan habituel a du recommander la pondération des velléités pour la stabilité du pays, et de la sous région. Pour l’heure, conformément à la Constitution, la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombé (66 ans) a été nommée hier chef de l’Etat intérimaire. Elle devra organiser un scrutin présidentiel dans les quarante-cinq jours. Une perspective qui inquiète Bruno Ella, porte-parole en exil du mouvement d’opposition Bongo Doit Partir. Il estime et sur la question de nombreux experts sont unanimes que le temps restant pour organiser les élections ne sera pas suffisant pour réunir les éléments matériels adéquats pour une élection équitable.

De fait, l’opposition semble hors jeux dans cette affaire. C’est donc dans le clan au pouvoir constitué des Bongo et des alliés du père que va se jouer la partie. Dans la famille d’Omar, le fils, ministre de la Défense, Ali Bongo tiendrait la corde. D’autant qu’après avoir conquis l’an dernier la vice-présidence du Parti démocratique gabonais (PDG), il a su placer une poignée de fidèles aux postes-clés de l’appareil sécuritaire: l’état-major de l’armée, la gendarmerie, le Conseil national de sécurité, le renseignement militaire et la Garde républicaine. Pour autant, rien n’est acquis. Si la succession se joue au fond des urnes, ce dernier devra déjouer divers obstacles, à commencer par son impopularité et l’aversion qu’il inspire, au sein d’une société civile complexe. Au sein même du PDG, une intense guérilla oppose depuis plus d’une décennie les « Rénovateurs » dirigés par Ali aux « Appellistes », partisans du statu quo emmenés par Paul Toungui, actuel Ministre des Affaires étrangères après avoir longtemps été celui des Finances.

Mais déjà des voix émergent et entendent marquer de leur présence toutes les opérations de transmission du pouvoir. Pierre Mamboundou de l’UPG (Union du peuple gabonais), l’un des principaux opposants, croit désormais qu’il peut gagner. Il affirme que « le parti au pouvoir, le PDG n’aura pas les moyens de l’Etat, lors de la prochaine élection ». Selon lui, « ce parti a déjà implosé ». Le président de l’Union du peuple gabonais souhaite que le scrutin soit retardé et que le délai constitutionnel de quarante-cinq jours soit prolongé. « Il faut compter à peu près six mois. Nous pensons que six mois est un délai raisonnable », précise-t-il, d’après une information rapportée par RFI. Même constat du côté du RPG, le Rassemblement pour le Gabon. Pour le vice-Premier ministre, le père Paul Mba Abessole, « l’élection présidentielle ne pourra pas se tenir dans quarante-cinq jours ». Il souhaite également la mise en place d’un gouvernement d’union. « Cinq mois, je crois que oui, ce serait raisonnable, si tout le monde arrive à ce consensus. Il vaudrait mieux que pour la préparation des élections, il y ait un nouveau gouvernement qui soit formé de manière consensuelle ; gouvernement d’union, c’est ce qui est souhaitable ».


Paul Mba Abessole, l’opposant historique qui avait choisi de cohabiter avec Omar Bongo ces dernières années, croit lui aussi désormais en ses chances, car affirme-t-il : « Les Gabonais veulent le changement ».
Quant aux rumeurs qui faisaient état d’une éventuelle ingérence de la France dans ce processus de transition, le président Sarkozy a tenu à y couper court. La France n’a aucun candidat. (. . . ) Elle ne soutient personne. La France n’a pas de candidat » insistait Nicolas Sarkozy en marge de la cérémonie cuménique en hommage au président Bongo.

« Les Gabonais choisissent qui ils veulent et la France travaillera avec le président ou la présidente choisi par les Gabonais » a-t-il ajouté. Une position qui est difficile à admettre lorsqu’on connaît le degré d’intérêt que représente le Gabon pour la France. Quoiqu’il en soit, Le successeur de Bongo héritera des relations troubles qui lient le pays à la France. Le futur président gabonais héritera également d’un pays riche, bien que touché par la crise économique. Il devra aussi gérer le défi de l’après pétrole, jamais anticipé jusqu’à présent.


www.mincom.ga)/n
À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut