Culture › Musique

Le groupe «Macase» en concert ce jeudi 25 février au Ccf de Douala

Entretien avec Serge Maboma, le bassiste du groupe

De 1996, date de la création de votre groupe à 2010, cela fait quand même 14 ans. On a envie de savoir comment se porte le Macase
Le Macase se porte comme quelqu’un qui grandit, qui s’est fixé des objectifs, quelqu’un qui est assez satisfait de son parcours depuis 14 ans, donc je peux dire que le Macase se porte bien.

Bien comme son nouvel album ?
Oui ! Fly Away c’est notre troisième album, que nous avons voulu comme un album de relais entre le Macase qui s’est présenté en 1999 avec Etam, constitué de post adolescents comme j’aime à définir, c’est-à-dire de jeunes gens qui avaient choisi de faire de la musique et qui se sentaient un peu seuls dans leur démarche, mais qui ont eu le courage de rester sur la voie qu’ils s’étaient fixés. Heureusement pour nous, le public a adhéré et nous a fait comprendre que nous n’étions pas aussi seuls que nous le pensions. Et puis nous avons fait le deuxième album, Doulou, qui signifie « le voyage ». Dans la tradition Béti, le Doulou c’est un voyage initiatique au cours duquel le jeune est appelé à aller voir ailleurs et à apprendre des autres pour devenir un véritable homme. Ne plus être l’enfant qu’il était et qui ne connaissait que les contours de son village. Doulou marquait donc notre passage de l’enfance à l’âge adulte. Aujourd’hui nous sommes prêts à aller plus loin encore, parce que nous avons appris de la vie, nous avons connu beaucoup d’expériences heureuses et malheureuses aussi, nous avons connu l’humanité dans ce qu’elle a de plus ingrat et de plus abjecte et fort de tout cela nous pensons qu’il est temps de nous envoler d’où l’album Fly Away.

Qu’est qui fait la force de Macase ?
Je pense que l’avantage que nous avons c’est qu’au-delà de la musique nous avons d’autres choses sur lesquelles se repose le fait d’être ensemble. Nous sommes, heureusement, d’abord des amis avant d’avoir choisi de faire la musique ensemble. Pour la plupart on se connaît depuis près de vingt ans et c’est le minimum. Sinon pour certains on se connaît depuis qu’on est tout petits. Donc quand à un moment donné par rapport à la musique ça ne va pas bien, parce qu’on est des amis on se parle autrement et on trouve toujours le bonheur de rester ensemble. Ceci veut dire que même pour ceux qui ont quitté le groupe aujourd’hui, qu’il s’agisse de Blick Bassy ou de Henry, puisqu’on est lié par autre chose que la musique, on arrive toujours à rester ensemble même si on n’est plus sur les scènes au même moment. Dans le regard de chacun des Macase, je sais reconnaître la joie, l’inquiétude. Donc on joue avec ça pour pouvoir rester ensemble et traverser les difficultés que nous rencontrons.

Serge Maboma
Journalducameroun.com)/n

Un groupe comme le vôtre comment il se gère au quotidien? Il y a-t-il un chef de bande?
Alors dans cette question il y a la problématique même de l’existence d’un groupe. Parce que la lutte pour le leadership a ceci de particulier qu’elle peut être stimulante ou destructrice. Et lorsqu’on a à faire à de fortes personnalités comme c’est le cas généralement pour les camerounais, c’est très nocif. C’est la raison pour laquelle les camerounais ont un vrai problème avec les mouvements associatifs parce qu’on ne sait pas reconnaître la place des uns et des autres. Dieu merci nous avons réussi à éviter cela jusqu’aujourd’hui parce qu’on a le souci d’utiliser les talents des uns et des autres. Aux seules fins de faire en sorte que le groupe avance. Nous avons la chance, et je peux le dire sans prétention, d’avoir des personnes très talentueuses au sein de Macase. Seulement on n’a pas des talents au même endroit. On n’a pas les talents pour les mêmes choses. Par exemple, nous avons un concert jeudi. S’il s’agissait d’un autre groupe vous verrez tous les membres entrain de vouloir faire les médias. Mais nous on a un mode de fonctionnement qui fait que pendant que moi je suis à Douala pour faire la communication, les autres font leurs tâches. Il y a quelqu’un qui s’occupe des tenues, l’autre de la technique, etc. Et chacun doit rendre compte après aux autres. Au sein de Macase on a vraiment le souci de faire un travail qui permette de mettre chaque personne en valeur.

Et parlant de musique maintenant. C’est quoi la musique de Macase?
La musique de Macase c’est une musique de rencontre. Dans l’intitulé nous avons déjà la rencontre de l’authenticité, la case, avec l’universel. Nous sommes convaincus que le métissage c’est l’avenir du monde dans lequel nous vivons. On ne peut plus aujourd’hui se prévaloir d’une authenticité pure et dure comme c’était le cas avant! Aujourd’hui nous sommes ouvert au monde, et qu’on le veuille ou non nous évoluons dans un univers mondialisé. De ce fait nous devons avoir un discours de jeunes africains qui vivent en Afrique et qui ont un regard sur le monde pour que nous puissions avoir notre mot à dire dans cet univers mondialisé. Si nous n’avons rien à dire on ne nous écoutera jamais ! Et c’est le cas aujourd’hui parce que notre discours est dilué. Pour qu’un français comprenne ce que vous dites il faut bien utiliser les mots qu’il comprendrait. Si je viens lui dire « mbom tu ya que la nga là. », c’est bien beau pour moi mais il ne comprendra jamais, et si je veux passer un message, il ne passera pas. Macase a donc créé pour cela le Bantou groove. C’est une musique qui trouve son essence dans la culture Bantou que nous sommes, mais qui va groover pour rassembler le monde entier. Nous avons une musique qui va s’écouter autant à Abonb Bang qu’à Memphis, Tokyo, Vancouver et autres; c’est ça notre démarche.

Est-ce que les autres groupes de la place, X-maleya, ou Bantou pôsi par exemple vous influence souvent dans votre démarche?
Il y a de la place pour tout le monde. Ce qu’il faut, c’est être cohérent dans ce qu’on fait. Le seul groupe qui compte pour nous c’est Macase. C’est-à-dire que quand nous faisons des chansons nous n’avons pas la prétention de faire mieux que X-maleya ou autre, parce que la musique ce n’est pas le sport. Il n’y a pas un premier, il n’y a pas un dernier. Il n’y a que des artistes qui proposent des choses et fatalement quand on écoute la musique on peut aimer tel titre plus qu’un autre, mais on peut aimer simultanément et de la même manière dix groupes. Ce n’est pas une question d’échelle de valeur mais c’est une question d’amour parce que la musique parle au c ur. Donc nous avons juste le souci de faire des chansons qui à priori nous plairaient d’abord parce que nous sommes les premières personnes assez critiques vis-à-vis de notre travail. L’album aurait pu sortir il y a plus d’un an mais il y a des détails qui créent parfois des débats incroyables au sein du groupe. Je voudrais dire un truc important, c’est que nous avons eu la chance de tourner un peu et on s’est rendus compte que de quelque façon qu’il s’y prenne comme disait un philosophe, un homme seul est perdu d’avance. Il faut beaucoup de Macase, beaucoup de Longue Longue, beaucoup de X-maleya, il faut tous ces artistes pour que la musique camerounaise reprenne sa place car que peut faire un morceau de sucre dans une piscine de tapioca?

Alors le concert de ce jeudi au CCF de Douala, que représente t-il pour vous?
Comme à chaque fois qu’on se retrouve sur scène, c’est un plaisir singulier. Il n’y a pas deux jours pareils, chaque jour est unique. Pour nous être sur scène représente l’espoir de toute une vie. On s’est battu depuis de nombreuses années pour être sur des scènes. Et à chaque fois que nous avons à affronter un public on est spécialement motivé. Douala pour le Macase est une ville très particulière. A l’époque quand nous avons commencé il n’y avait rien de structuré à Yaoundé, donc il fallait se déplacer pour Douala. Les plus grandes galères de notre vie de musiciens nous les avons vécu à Douala. Donc venir prester ici c’est un moment particulier pour nous, surtout que cela coïncide avec la sortie commerciale de notre album dont les gens pourront se procurer à la sortie du concert. Le concert nous l’avons intitulé In privecy with Macase, c’est-à-dire un échange privé entre le public et le Macase. On a envie de dire au gens, voici ce qu’est devenu le Macase, voici ce que vous avez fabriqué.

Qu’est ce qu’il y aura au menu? Rien que du Fly Away?
Non ! On ne peut pas faire que du Fly Away. Les gens vont découvrir. Il y a des gens qui n’ont pas connu Macase par le passé. On va leur dire d’où nous venons, ce que nous avons fait et ce que nous sommes devenus. Ce sera en quelque sorte le parcours du groupe, un rappel historique. C’est aussi comme un premier rendez-vous avec une Nana ; est-ce qu’elle va apprécier mes manières, ma présence, comment elle va réagir ? Tout ce questionnement fait en sorte que nous sommes particulièrement excités à l’idée de faire ce concert.

Groupe Macase
http://www.ccfdouala.com)/n


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