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Le journaliste et écrivain Ferdinand Mayega partage la cause des pauvres

«Chaque chose peut avoir une fin»

Qui est Ferdinand Mayega, journaliste-chercheur?
Ferdinand Mayega est un Camerounais d’origine qui réside au Canada. Cela fait un peu plus de trois ans que j’ai déposé mes valises dans la province francophone du Québec. Je suis journaliste de profession en exercice depuis 1997. Je m’intéresse également à la recherche en économie du développement. Âgé de 34 ans, je suis le benjamin d’une famille modeste de cinq enfants qui ont grandi à New-Bell. Malgré le décès de notre papa en 1979, le souci de notre maman a toujours été d’éviter la délinquance à ses enfants.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous orienter vers le journalisme et les médias?
Je me suis orienté vers le journalisme parce que je suis passionné de cette profession et d’autres circonstances m’ont influencé dans le choix du plus beau métier au monde. Il m’a semblé très tôt que j’avais toutes les aptitudes naturelles à réussir dans le domaine de la communication médiatique pour devenir un bon chevalier de la plume ou du micro. C’est la raison pour laquelle j’ai effectué une formation dans le domaine. Ensuite, le processus de démocratisation au Cameroun avait une courbe en forme de J parce que c’était une véritable descente en enfer dans les années 1990. Enfin, la paupérisation croissante de la population camerounaise marquée par un dualisme social profond entre une poignée de riches et une masse de pauvres interpellait ma conscience d’utiliser la plume pour dénoncer la gestion chaotique et patrimoniale de l’État.

Et la recherche?
Mon amour pour la recherche en économie du développement remonte aussi à mon jeune âge. Né à New-Bell, l’un des quartiers les plus pauvres d’Afrique comme Kibera à Nairobi au Kenya, j’ai observé très tôt la fracture sociale profonde de la société camerounaise. Dans mon adolescence, j’allais souvent du côté de Bonapriso parce que j’habitais non loin de ce quartier des nantis. J’avais eu l’occasion d’observer de belles maisons et la vie descente de ses habitants. Ensuite, j’allais jouer également au football ou faire du footing du côté de Bonapriso avec d’autres jeunes de mon quartier. Je me suis rendu compte qu’à Bonapriso, la vie était beaucoup plus meilleure et totalement différente de celle de mon milieu de vie. Ceux qui y vivaient étaient des Européens ou des Camerounais fortunés. Et la question qui traversait mon esprit était celle de savoir pourquoi d’un côté du même arrondissement, il y avait les riches peu nombreux et de l’autre côté, de nombreux citoyens pauvres qui vivaient dans le goulag de la pauvreté, le virus de la misère. C’était une forme d’apartheid social dont je voulais comprendre les fondements et analyser la problématique pour le développement d’un pays comme le Cameroun. C’est la raison de mon intérêt pour le développement de l’Afrique d’une manière générale.

On se rend compte que cela vous a inspiré pour certains de vos écrits?
Pendant de nombreuses années au Cameroun, Bonapriso et New-Bell ont été mon laboratoire d’étude, mon champ d’analyse et d’expérimentation dans le cadre de mes recherches pour évaluer la bonne gouvernance au Cameroun. Avant mon départ pour le Canada, j’avais publié en janvier 2006, un article dans Jeune Afrique Économie qui avait pour titre: «Chômage et pauvreté au Cameroun: Le cas de Bonapriso et New-Bell». C’était le fruit d’un travail d’enquête minutieux de plus de 6 mois qui présentait le visage du Cameroun où la corruption est devenue systémique et endémique. Les pauvres même éduqués ont moins de chance de trouver l’emploi pour améliorer leur condition de vie ou de statut social parce qu’ils n’ont pas un réseau de contact ou un parent bien placé au pays. Le physicien Albert Einstein disait qu’un chercheur est un être idéal qui radiographie, la nature dans une totale neutralité. C’est aussi pourquoi le chercheur est généralement un ébionim c’est-à-dire quelqu’un qui méprise les richesses parce que la recherche permet la libération matérielle de l’Homme, condition nécessaire de sa libération spirituelle et morale pour reprendre l’expression du physicien français Paul Langevin. Voilà un peu plus détaillé l’importance que j’accorde au journalisme et à la recherche.

Qu’est-ce qui est à l’origine de votre départ du Cameroun et pourquoi votre choix s’est-il porté sur le Canada?
J’ai quitté le Cameroun parce qu’il était temps de partir de ce pays. Le plus rapidement. Il fallait prendre le recul nécessaire tout en continuant d’observer activement la situation socioéconomique et politique du Cameroun. Mon départ est le fruit de nombreuses déceptions et des craintes d’une atmosphère explosive. Mon choix du Canada a été motivé par la présence de ma s ur vivant au Québec depuis 25 ans et de mon frère résidant dans ce pays depuis 17 ans. Cette s ur est haut fonctionnaire d’un ministère au Québec pendant que le frère est un spécialiste des réseaux sans fil qui travaille pour une multinationale dans le domaine de l’informatique au Québec. Tous les deux ont fondé des familles et j’ai donc une grande famille au Canada. C’est pourquoi, je n’ai pas le sentiment d’être isolé totalement et de voir peser le poids de la distance du Canada avec mon pays d’origine. Je dois dire que Dieu a aidé notre modeste famille de New-Bellois qui revendique fièrement sa New-bellité et New-bellitude à se rendre compte que l’éducation est la base de la liberté. C’est la source de toute velléité de lutte pour la justice et d’amélioration des conditions de vie. En dehors de ces deux aînés au Canada, j’ai un autre frère qui est l’un des meilleurs experts africains du réchauffement climatique formé en Grande Bretagne et une s ur dans le domaine de l’habillement. Chacun de nous est autonome. C’est la preuve qu’il n’y a pas de déterminisme pour qu’une famille pauvre soit condamnée à vivre toujours dans la pauvreté. Chaque chose peut avoir une fin.

Comment s’est effectuée l’adaptation à votre nouvelle vie?
L’adaptation à ma nouvelle vie s’est effectuée sans trop de difficulté. Malgré l’hiver rude et les différences culturelles pour un Africain au Québec, les choses se passent assez bien jusqu’ici.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué depuis votre arrivée au Canada?
J’ai été marqué par l’hiver rude de ce pays et sa superficie presque équivalente à celle de tout le continent européen ou plus de 25 fois celle du Cameroun. J’ai aussi été frappé par le développement spectaculaire du Québec qui est sorti de sa situation de société rurale pour entrer dans le peloton de tête des sociétés industrielles prospères et de s’y maintenir. Cette transformation s’est opérée en l’espace de 25 ans grâce au grand réformateur et Premier ministre québécois Jean Lesage. Son slogan: «Maître chez nous». C’était, d’après l’homme d’État, le temps que ça change. Et les choses ont bien changé en moins de trois décennies. Aujourd’hui, le Québec a pu se construire une pyramide de la prospérité grâce à l’économie du savoir ou de la matière grise.

À quoi ressemble la vie d’un journaliste free-lance au Canada?
Le journaliste indépendant peut bien gagner sa vie au Canada s’il est reconnu pour son travail journalistique. Ainsi, il peut être sollicité par certains médias canadiens ou ailleurs dans le monde pour réaliser des enquêtes, des reportages ou des entrevues, etc. Je suis par exemple le cybermentor de plusieurs jeunes de l’enseignement secondaire au Québec qui aimeraient faire carrière dans le journalisme dans le cadre d’un travail bénévole pour un organisme au Québec. Ces jeunes me posent toutes les questions sur la formation et l’exercice du journalisme. C’est une forme de reconnaissance qui vaut beaucoup plus l’argent.

Ferdinand Mayega en compagnie d’Yves Lévesque-maire de Trois-Rivières
Journalducameroun.com)/n

Parlons de votre livre. A-t-il été écrit en anglais aussi?
Compte tenu du fait que le livre a paru en début juin, il est encore trop tôt pour évaluer la vente du livre dans sa version française. Il est vrai qu’il y a un réel engouement pour l’ouvrage. Nous comptons faire traduire cet ouvrage en anglais pour une large diffusion.

Mis a part les auteurs que vous avez rencontré, qu’est-ce qui vous a motivé d’autre à l’écrire?
Ma principale motivation était d’apporter ma modeste contribution au débat sur la problématique du développement de l’Afrique. Dans cet ouvrage, j’ai jugé utile de présenter ma théorie des relations Nord-Sud. C’est un travail de recherche mené entre 1995-1996. J’avais d’ailleurs écrit à l’éminent économiste français Patrick Guillaumont en 1998 pour préfacer mon ouvrage qui traitera de la problématique de l’aide au développement et des relations Nord-Sud. Le Pr. Guillaumont est le directeur du Centre de recherches et d’études pour le développement international (CERDI) de l’université de Clermont- Ferrand en France. Grâce à ce livre, mon souci est d’interpeller la classe politique africaine à associer sa diaspora au développement du continent. Dès lors, il faut créer des conditions propices pour attirer l’expertise de la diaspora.

Comment se porte la promotion de votre livre au Cameroun?
Nous faisons la promotion du livre au Cameroun à travers plusieurs moyens d’informations et les réseaux de contact. Je travaille en étroite collaboration avec une attachée de presse de l’Harmattan à Paris. Compte tenu du fait que le livre a paru en France en juin, le livre sera disponible au Cameroun dans quelques semaines parce que l’acheminement par voie maritime prend quelques semaines. C’est donc vers fin juillet que le livre sera disponible au Cameroun. Mais il faut dire que le livre s’adresse à tous les Africains et aux personnes qui s’intéressent au développement du continent.

Envisagez-vous un retour au Cameroun?
Je suis Camerounais d’origine et pour cette raison, je ne peux pas me couper éternellement du pays. C’est donc probable que je rentre un jour au pays. Mais pour l’instant, j’ai encore beaucoup à apprendre et plusieurs projets à réaliser dans un environnement qui favorise le plein épanouissement intellectuel. Ma présence au Canada m’a aidé à savoir comment le Québec a amorcé son take-off ou décollage économique. Il est probable que j’écrive un ouvrage au sujet du développement du Québec. De même, il n’est pas exclu que dans cinq ans, je décide de m’établir en Chine et en Inde respectivement pour une année afin d’étudier le développement spectaculaire de ces deux pays dans le cadre de mes recherches. Ainsi, je pourrai écrire un livre sur le progrès rapide de chacun de ces États émergents, membre du G20.

Qu’est-ce qui vous manque de ce pays?
Beaucoup de choses me manquent mais je suis obligé de supporter. On peut avoir le meilleur environnement pour son épanouissement ailleurs dans le monde. Mais on reste toujours très attaché à la terre natale. Orphelin de père à 3 ans, je suis resté très lié à notre maman, surtout que je suis le benjamin de la famille. Cela peut paraître surprenant d’affirmer aussi que New-Bell où j’ai grandi me manque. C’est dans ce milieu bondé de Camerounais pauvres et oubliés par la classe dirigeante que j’ai pris conscience dans ma jeunesse pour lutter contre les injustices de la société et à analyser la situation peu honorable des démunis de notre pays et du monde face à l’opulence d’autres citoyens. Le sourire des New-Bellois me manquent comme celui de nombreux citoyens modestes de mon pays. Ces laissés pour compte du Cameroun et d’autres pays africains interpellent ma conscience au quotidien. Le petit peuple de mon pays me manque. J’ai toujours été plus proche des milieux modestes que des milieux des gens aisés qui ne s’intéressent pas aux conditions difficiles des autres personnes. Entre 2000 et 2003, j’avais réalisé le premier documentaire historique sur la cité de New-Bell. Son titre: «New-Bell: Histoire lointaine et contraste de la modernité» Ce film de 52 minutes présentait le chemin parcouru de New-Bell entre le 15 janvier 1913 et 2003. Il est important de souligner que le 15 janvier 1913, c’est la date de fondation de cette cité grâce à la politique d’expropriation des terres instituée par M. Karl Ebermaier, le 6ème gouverneur allemand du Cameroun, avec l’appui de son ministre des colonies Von Solf. À travers ce documentaire, je voulais présenter aux habitants de New-Bell, l’histoire de leur cité qui va fêter son centenaire en 2013.

En compagnie de deux journalistes du quotidien « La Presse » de Montréal
Journalducameroun.com)/n


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