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Le Manitoba, Ă  l’ouest du Canada, sĂ©duit les immigrants camerounais

Selon les donnĂ©es du dernier recensement dans cette province, le Cameroun se classe en troisième position des pays d’origine des immigrants francophones, après la RDC et la France

Depuis quelques annĂ©es, le Manitoba connaĂ®t une croissance soutenue du nombre d’immigrants francophones qui viennent s’y installer. Selon les donnĂ©es du dernier recensement, le Cameroun se classe en troisième position des pays d’origine des immigrants francophones, après la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo et la France. Cependant, les raisons qui poussent ces immigrants Ă  choisir le Manitoba sont diverses.

Marthe Blondine Tcheby, 29 ans, est titulaire d’une maĂ®trise en informatique obtenue Ă  Lyon en France, et cumule plusieurs annĂ©es d’expĂ©rience en France et au Cameroun. Elle travaille depuis deux ans comme ingĂ©nieure pour l’entreprise de tĂ©lĂ©communications Orange Cameroun, Ă  Douala. Cependant, elle se prĂ©pare maintenant Ă  quitter son pays natal pour s’installer de manière permanente au Manitoba, province de l’ouest du Canada, en AmĂ©rique du Nord.

«Après deux ans, j’ai dĂ©jĂ  l’impression de faire le tour, raconte-t-elle. C’est que je suis dans un domaine oĂą ça Ă©volue Ă©normĂ©ment, et j’ai besoin de faire autre chose.»

Son choix s’est posĂ© sur le Canada, puisqu’elle considère que le contexte Ă©conomique y est plus favorable qu’en Europe.

Après avoir constatĂ© qu’elle devait patienter au moins quatre ans avant de pouvoir immigrer au QuĂ©bec, en raison du nombre Ă©levĂ© de demandes, elle a cherchĂ© Ă  s’Ă©tablir dans une autre province.

Elle a alors pris connaissance du programme fĂ©dĂ©ral EntrĂ©e Express, lancĂ© en janvier 2015, qui vise Ă  recruter des travailleurs Ă©trangers qualifiĂ©s. L’objectif du programme est de traiter ces demandes d’immigration dans un dĂ©lai de six mois, et s’adresse Ă  ceux qui souhaitent immigrer ailleurs qu’au QuĂ©bec, car cette province fait sa propre sĂ©lection pour les travailleurs qualifiĂ©s.

«Je lis, je vois l’Alberta, je vois qu’il y a l’Ontario, beaucoup de provinces. Et je me dis: le Manitoba, pourquoi pas, c’est au centre!», explique-t-elle.

En comparant les critères d’immigration des diffĂ©rentes provinces, la jeune professionnelle a Ă©galement constatĂ© que le Manitoba incite les futurs immigrants Ă  effectuer une visite exploratoire, afin d’ajouter des points Ă  leur dossier et ainsi augmenter leurs chances d’ĂŞtre sĂ©lectionnĂ©s.

«La visite qu’on doit faire consiste Ă  passer au moins cinq jours, se mettre dans la peau de quelqu’un qui veut s’installer, donc prendre le maximum d’informations : comment se loger, comment le système bancaire fonctionne, comment ouvrir un compte, les transports, le coĂ»t de la vie, et Ă  la suite de ces cinq jours-lĂ , on rencontre un agent d’immigration Ă  qui on montre toutes les recherches qu’on a faites pour montrer la motivation pour immigrer», explique-t-elle.

Elle considère Ă©galement que le Manitoba offre des perspectives de dĂ©veloppement professionnel intĂ©ressantes. «Je vois au Manitoba une occasion pour moi de vivre autre chose, d’apprendre autre chose, de dĂ©couvrir autre chose, toujours autour de mon expĂ©rience professionnelle.»]

Elle observe toutefois que comme qu’immigrante sans expĂ©rience de travail nord-amĂ©ricaine, sa recherche d’emploi risque d’ĂŞtre ardue. « Je sais dĂ©jĂ  que trouver dans mon domaine directement risque de ne pas ĂŞtre forcĂ©ment Ă©vident, dit-elle. Donc il faudra commencer au bas de l’Ă©chelle, peut-ĂŞtre passer une certification, avoir un diplĂ´me canadien pour que ça fasse du poids dans ma recherche.»


Ayant toujours vĂ©cu en français, la jeune femme a Ă©galement quelques apprĂ©hensions Ă  l’idĂ©e d’immigrer dans une province anglophone. Cependant l’existence de quartiers francophones Ă  Winnipeg, comme Saint-Boniface, l’a rassurĂ©e. «C’est parmi les provinces avec une certaine population francophone. Elle a quand mĂŞme une universitĂ© francophone, donc pour une province Ă  majoritĂ© anglophone, c’est pas mal.»

La jeune ingĂ©nieure estime Ă©galement que Winnipeg lui offrira une bonne qualitĂ© de vie. «Je sais qu’en Ă©tĂ©, on fait du vĂ©lo, dit-elle. Donc, c’est l’occasion d’aller loin ou peut-ĂŞtre d’aller au travail en vĂ©lo.»

«Je veux vraiment visiter en prioritĂ© le coin parce qu’on m’a dit que c’est très très beau, les Prairies, les plaines, les paysages… »

Marthe Tcheby se prĂ©pare maintenant Ă  effectuer sa visite exploratoire Ă  la mi-juin, et si elle est sĂ©lectionnĂ©e pour le programme EntrĂ©e Express, elle prĂ©voit s’installer Ă  Winnipeg Ă  l’automne 2016.

Marthe Tcheby documente dans un carnet toutes les Ă©tapes de son projet d’immigration

ICI Radio-Canada/Bouchra Ouatik)/n


Ă€ 60 ans, Rose DoumbĂ© a vĂ©cu toute sa vie Ă  Douala, la mĂ©tropole du Cameroun, oĂą elle habite toujours avec son frère, deux de ses s urs, et leurs enfants. Cependant, elle attend aujourd’hui de pouvoir immigrer Ă  Winnipeg, lĂ  oĂą vit son mari, un ami d’enfance Ă©tabli depuis une trentaine d’annĂ©es au Manitoba. Après leur mariage, en 2013, elle a dĂ©posĂ© une demande d’immigration pour regroupement familial, pour laquelle elle n’a toujours pas reçu de rĂ©ponse.

«On n’a pas encore de suites, explique-t-elle. Mon mari est allĂ© lĂ  oĂą il a laissĂ© le dossier et on lui a seulement dit d’attendre. Mais attendre jusqu’Ă  quand? Je ne sais pas.»

Au Cameroun, Rose DoumbĂ© travaille Ă  son compte dans le domaine de la restauration, de la couture et de la dĂ©coration intĂ©rieure. Elle s’attend cependant Ă  devoir se rĂ©orienter professionnellement une fois au Canada. MalgrĂ© tout, elle a bon espoir de rĂ©ussir Ă  se trouver du travail, car elle considère que le pays offre de meilleures perspectives d’emploi que le Cameroun, oĂą le taux de chĂ´mage est très Ă©levĂ©.

«On se dit qu’on peut trouver facilement Ă  refaire sa vie, Ă  trouver du travail, parce qu’ici le travail, c’est un problème», dit-elle, en ajoutant que sa fille, qui a obtenu un diplĂ´me en communication il y a sept ans n’a toujours pas trouvĂ© d’emploi dans son domaine, au Cameroun.

Bien qu’elle attende avec impatience de retrouver son mari, elle trouve difficile de quitter son pays natal après tant d’annĂ©es. «Qu’est-ce qui va me manquer? Les miens, mes parents, mes amis, dit-elle. Mais je pense que mon Ă©poux va combler ce vide.»

Toutefois, le fait que son mari soit Ă©tabli Ă  Winnipeg depuis trois dĂ©cennies la rassure quant Ă  son intĂ©gration. «Je sais qu’Ă  Winnipeg, les Canadiens s’emploient Ă  faciliter l’intĂ©gration des Ă©trangers», dit-elle. Elle se rĂ©jouit aussi de savoir que le Manitobacompte compte plusieurs associations de Canadiens d’origine africaine, dont le Cercle du Baobab, qui rassemble les Camerounais Ă©tablis dans la province.

«J’aimerais bien ĂŞtre aux cĂ´tĂ©s de mon Ă©poux, ajoute Rose DoumbĂ©, et lui aussi il a besoin de moi Ă  ses cĂ´tĂ©s. Nous sommes dans un tournant de notre vie et on a besoin de vivre nos derniers jours ensemble.»


imigrar.com.br)/n
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