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Le Maroc salue son retour « historique » au sein de l’Union africaine

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A Rabat, le retour du Maroc au sein de l’UA, lundi, a Ă©tĂ© saluĂ©e comme une victoire. Cependant elle pose Ă  prĂ©sent la question de la cohabitation avec le Front Polisario au sein de ladite organisation

Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA) a Ă©tĂ© saluĂ© Ă  Rabat comme une victoire « historique », mais elle pose dès Ă  prĂ©sent la question de la cohabitation forcĂ©e entre le royaume et le Front Polisario au sein de l’organisation continentale.

Le Maroc avait claquĂ© la porte de l’UA en 1984 pour protester contre l’admission de la RĂ©publique arabe sahraouie dĂ©mocratique (RASD), proclamĂ©e par les indĂ©pendantistes du Front Polisario au Sahara occidental, ex-colonie espagnole que Rabat contrĂ´le et considère comme sien.

RĂ©unis en sommet Ă  Addis Abeba, les chefs d’État africains ont entĂ©rinĂ© lundi la rĂ©intĂ©gration du royaume, Ă  huis clos et Ă  l’issue d’un dĂ©bat tendu.

Trente-neuf pays (sur 54) se sont prononcĂ©s pour une rĂ©admission sans condition, malgrĂ© l’opposition et les rĂ©serves exprimĂ©es par une dizaine d’autres membres, AlgĂ©rie et Afrique du Sud en tĂŞte, traditionnels soutiens du Front Polisario.

« DĂ©cision historique », « Retour victorieux », « Merci MajestĂ©! », « Joli coup pour le Maroc »… La rĂ©action de la presse marocaine a Ă©tĂ© unanime. La très officielle agence MAP a multipliĂ© les interviews « d’experts » sur la « vision stratĂ©gique » du royaume, ou de ministres africains souhaitant la « bienvenue » au Maroc, « de retour dans sa famille africaine ».

Les tĂ©lĂ©s ont diffusĂ© en boucle les images de la dĂ©lĂ©gation marocaine Ă  Addis Abeba, conduite par le ministre des Affaires Ă©trangères Salahedinne Mezouar, triomphante et entonnant tout sourire l’hymne national au piano d’un grand hĂ´tel.

Dans les rues de Rabat, pas d’effusion de joie ou de liesse populaire depuis lundi soir mais le sentiment que le pays a retrouvĂ© sa place « naturelle » sur le continent, selon la plupart des personnes interrogĂ©es par l’AFP.

« Le Maroc n’avait jamais coupĂ© les liens avec ses origines africaines, il a toujours appelĂ© Ă  l’union des pays africains et arabes. Aujourd’hui, nous avons rĂ©ussi Ă  concrĂ©tiser cet esprit d’unité », se fĂ©licite Abdelatif Tighazouane, Ă©tudiant de 25 ans, interrogĂ© sur le boulevard Mohammed-V, la grande artère du centre-ville.

« Ce retour du Maroc Ă  l’UA aurait dĂ» se faire depuis bien longtemps. Le pays retrouve maintenant sa place de leadership politico-Ă©conomique », estime Mohamed Alaoui, retraitĂ©.

« C’est une opportunitĂ© pour le Maroc de reprendre sa place en Afrique et dĂ©fendre ses intĂ©rĂŞts dans le dossier du Sahara marocain », juge pour sa part Mustapha Akhaziz, professeur de langue.

– « Une trop longue absence » –


La rĂ©admission du Maroc s’est faite malgrĂ© une « âpre rĂ©sistance de la dĂ©lĂ©gation algĂ©rienne qui a soulevĂ© la question des frontières » et voulait un « report » du vote, selon la presse marocaine.

AlgĂ©rie, Afrique du Sud et Zimbabwe ont d’abord mis en avant un « avis » consultatif de l’organe juridique de l’UA. Ce document laissait la dĂ©cision finale aux chefs d’État mais sonnait comme un rĂ©quisitoire contre le Maroc, pays « qui occupe une partie du territoire d’un État membre ».

Le Zimbabwe, porte-parole des opposants, a ensuite proposĂ© la crĂ©ation d’un comitĂ© ad hoc pour « accompagner » la rĂ©intĂ©gration marocaine, avec toujours en dĂ©bat la question de la reconnaissance des frontières, selon la presse marocaine.

Peine perdue puisque sous la houlette du nouveau prĂ©sident en exercice de l’UA, le prĂ©sident guinĂ©en Alpha CondĂ©, « le principe de la majoritĂ© l’a finalement emporté » et le Maroc a Ă©tĂ© admis sans condition.

Le royaume deviendra formellement le 55e membre de l’UA « quand il aura dĂ©posĂ© ses instruments de ratification », selon des dĂ©lĂ©guĂ©s sur place.

« La RĂ©publique Sahraouie souhaite la bienvenue au Maroc » qui va dĂ©sormais « s’asseoir Ă  nos cĂ´tĂ©s », a prĂ©venu le ministre des Affaires Ă©trangères de la RASD, Mohamed Salem Ould Salek.

Cette cohabitation augure de durs dĂ©bats Ă  venir autour de la question du Sahara occidental, alors que Rabat refusait jusqu’Ă  prĂ©sent de siĂ©ger en prĂ©sence de la RASD dans toute instance internationale.

Mardi, dans un discours dĂ©crit Ă  Rabat comme « historique », le roi Mohammed VI s’est exprimĂ© Ă  la tribune pour saluer ce retour « par la grande porte ».

« Il est beau le jour oĂą l’on rentre chez soi après une trop longue absence », s’est fĂ©licitĂ© le souverain, dont le discours Ă©tait retransmis en direct sur toutes les tĂ©lĂ©s de son pays.

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