Dossiers › Présidentielles 2011

Le n°068 du mensuel Intégration est en Kiosque!

Il analyse la classe politique camerounaise à la veille du scrutin présidentiel du 9 octobre prochain

Le scrutin du 9 octobre 2011 sur fond de malaise
Le débat politique de la Deutsche Welle, la radio internationale allemande, à Yaoundé le 7 septembre 2011, montre bien que les Camerounais vont à l’élection présidentielle sans le minimum de consensus sur les modalités d’organisation de ce scrutin. L’universitaire Mathias Eric Owona Nguini relativise la crédibilité de l’élection annoncée le 9 octobre 2011, en convoquant le non – respect de trois garanties. Il y a en premier l’absence des garanties morales. Pour Mathias Eric Owona Nguini, le Cameroun dispose aujourd’hui d’un modèle de commission électorale hybride, alors que les prétentions initiales étaient un modèle de type Commonwealth. Et d’y voir une malice de la part de l’establishment. Le président du conseil électoral de Elections Cameroon voient par contre les choses autrement. Petite précision de Fonkam Azu: «au Commonwealth, il n’y a pas un modèle unique de commission électorale; chaque pays se taille une commission en fonction de ses réalités et de ses besoins». Mathias Eric Owona Nguini relève par ailleurs l’absence de garanties juridiques autour du système électoral camerounais: «le vrai problème, c’est la légitimité des institutions et partant la légitimité électorale». Le sémillant universitaire camerounais indexe le laxisme institutionnel: «il faut mener le jeu démocratique avec les institutions édictées par la constitutions.» Bon à savoir, depuis quinze ans, certaines institutions de la République tardent à prendre corps et à se mettre en place. Ainsi en-t-il du conseil constitutionnel, du sénat, etc. Ce qui crée un dédoublement institutionnel à tout le moins malsain dans le jeu politique et le fonctionnement de la République.

A ce propos, la classe dirigeante se veut rassurante. Grégoire Owona, Secrétaire général adjoint du Rdpc et ministre chargé des relations avec les assemblées explique: «ce n’est pas juste de dire qu’il n’existe pas de conseil constitutionnel. L’actuelle constitution du pays dispose que la cour suprême est compétente en attendant la mise en place du conseil constitutionnel. Quinze ans, c’est rien dans la vie d’un pays. Il ne s’agit pas de construire le monde en un jour». Kahbang Edith Walla alias Kah Walla, candidate à la succession de Paul Biya à la tête de l’Etat proteste: «on ne se voit plus en dernier de la classe. Quinze ans pour mettre en place une institution, c’est de l’absurde. On n’a pas voulu [jusqu’ici] clarifier le cadre juridique en allant aux élections; nous revendiquons en vain depuis plusieurs années un code électoral». Le droit transitoire ne saurait être le droit définitif, conclut Mathias Eric Owona Nguini.

Problématiques des garanties procédurales
Celles-ci sont liées aux aspects tels que l’usage de la technologie biométrique, le traitement de l’actuel fichier électoral ou la refonte de l’ancien fichier électoral. «On revendique depuis trois ans la technologie biométrique dans le processus électoral. Mais, personne ne nous entend. Le contexte politique camerounais n’est pas simple. Il y a toujours des incertitudes, l’action sur le terrain n’est jamais acquise», martèle Kah Walla. D’autres griefs contre le système électoral camerounais sont soulignés: la composition marquée aux couleurs Rdpc du conseil d’Elecam (organe chargé d’organiser les élections au Cameroun); le refus des pouvoirs publics de refondre carrément les listes électorales ou le sort inconnu réservé au fichier électoral.

Le président de Elections Cameroon réagit à ces remarques désobligeantes. «On devrait juger les gens sur les actes qu’ils posent, et non sur leur passé», plaide Fonkam Azu. Le ministre Grégoire Owona vient à la rescousse: «La technologie biométrique est l’aboutissement d’un processus». A en croire le patron des élections au Cameroun, les travaux préparatoires au scrutin du 9 octobre 2011 vont bon train: «nous tablons sur 7.500.000 d’électeurs. il y a eu 2.400.000 nouveaux inscrits qui sont venus s’ajouter aux 5.000.065 inscrits du fichier électoral transmis par le ministère de l’administration territoriale». Des chiffres qui semblent satisfaire le gouvernement. Le ministre Grégoire Owona triomphe: «je me félicite de ce que les camerounais se soient rendus massivement à l’inscription sur les listes électorales. C’était aussi l’objectif du président Biya qui a mis en place des mesures incitatives. Il y a des gens qui n’ont pas pu s’inscrire à la dernière minute; qu’ils le fassent dès la réouverture des listes électorales».

La Une du No 68 du journal Intégration
Integrations)/n

Du côté de l’opposition, l’on a une autre lecture des chiffres et de la situation. Un tiers d’électeurs ne se sont pas inscrits, regrette Kah Walla. Pour elle, la faute revient au gouvernement qui «n’a pas aidé les gens à s’inscrire. Onel 1 et Onel 2 n’ont pas galvanisé la population en âge de voter; une technologie obsolète d’enregistrement des électeurs a fini par éloigner les plus électeurs crédules». La société civile, représentée sur le plateau du débat par Mathias Eric Owona Nguini, relève davantage un problème de confiance à l’égard du système électoral camerounais. Est-ce cela qui explique la quinzaine de recours déposés à la cour suprême par les candidats non retenus par Elecam dans le cadre de la prochaine élection présidentielle? Tout porte à le croire. Les candidats «éliminés» par Elecam disent être dans leur bon droit. Ils ne s’expliquent pas le rejet de leur candidature, malgré les notifications argumentées de Elecam. Bel indicateur de l’état des relations entre les politiques et Elecam.

Tous aux urnes le 09 octobre 2011
Les «élus» d’Elecam pour la course au fauteuil présidentiel et les autres acteurs du processus électoral camerounais semblent tous s’accorder sur un seul point: aller aux urnes le 9 octobre 2011. Ni John Fru Ndi, «leader historique de l’opposition», brigue pour la troisième fois la fonction suprême, après avoir entretenu me mystère sur la participation de son parti à cette élection. Le candidat du Social democratic front, âgé de 70 ans, jette ses dernières forces à la quête de l’olympe. «C’est la dernière fois que je suis candidat», explique celui qui croit à toutes ses chances de succès. Le Secrétaire général adjoint du Comité central du Rdpc est très offensif sur la question. Extrait de contribution du parti au pouvoir: pouvoir voter est un privilège que beaucoup n’ont toujours pas de par le vaste monde; voter, c’est choisir la personne qui va diriger notre pays pendant les 7 prochaines années. Il faut donc aller aux urnes pour choisir quelqu’un qui a de l’expérience et qui a fait ses preuves et non tenter l’aventure avec quelqu’un qui veut venir apprendre le travail au sommet de l’Etat.

Kabang Edith Walla donne le ton: comme le témoigne la ruée dans les bureaux d’Elecam pendant le mois d’août et surtout la dernière semaine, la dynamique politique camerounaise a pris son temps pour démarrer; mais elle est très certainement en marche actuellement. Le message de la population est très clair: elle veut le changement. Les Camerounais sont conscients d’être en face d’une opportunité historique de reprendre leur pouvoir en choisissant la personne devant conduire les destinées de la nation pour les 7 prochaines années. Elecam sera-t-il à la hauteur des attentes du Cameroun dans sa pluralité et son unité? Croisons les doigts.

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