Opinions › Tribune

Le populisme à la kamerunaise, une potion d’insultes et d’auto-destruction?

Juliette Schlegl Fotsing

Il semble inutile d’identifier certains intellectuels ou politiciens dont le style est marqué par le populisme, tout le monde a vu, dans les médias, des exemples patents à cet égard.
Le populisme Kamerunais est par conséquent vu comme une forme de réponse simplificatrice aux difficultés que rencontre le gouvernement suite aux détournements de fonds publics, à la corruption, au favoritisme et autres maux qui ralentissent le développement.

De tous les chaos qui secouent la démocratie, le populisme est l’un des plus inquiétants parce que le populiste sait qu’il doit renvoyer au peuple ses propres humeurs, ses préjugés et ses lieux communs. Et nul ne saurait nier que généralement le peuple spectateur croit que le populiste crée lui-même ces idées et pourtant ce n’est pas le cas.

Qui sait observer, serait tout à fait d’accord que certains Kamerunais populistes produisent généralement des blagues de très mauvais goût, fuient les débats portant sur des thèmes politiques, sociaux et culturels, s’expriment avec des formules vulgaires et banales, bref avec un langage ordurier.

Les adeptes du populisme à la Kamerunaise diabolisent grossièrement leurs adversaires et ne reculent devant rien pour recourir aux mensonges, à la diffamation, au dénigrement, voire à la corruption des m urs par exemple. Ils ont tendance de dire qu’ils sont désintéressés de la politique et de se considérer comme les porte-parole du peuple, c’est-à-dire ces leaders qui reçoivent leurs pouvoirs du peuple de manière immédiate, qu’ils font partie du peuple, qu’ils ne répondent qu’au peuple et qu’ils ne reçoivent leur orientation que du peuple. Ainsi donc, certaines personnes ont l’impression que tout leader doit être comme eux, parler comme eux et penser comme eux. Ce qui est complètement absurde. Par conséquent, cerner le populisme, c’est comprendre la démocratie et ses risques de détournement et ses ambiguïtés.

Il est important et crucial pour le populiste de se créer tout le temps une « tierce personne », un bouc émissaire sur qui l’on peut charger toutes les fautes, l’accabler de tous les maux. Soit ce «bouc émissaire» est un intellectuel, un écrivain, un politicien, un adolescent, un étudiant, une femme, un soldat, un artiste, un footballeur, un collègue, une compagnie, soit un autre pays etc.

Le populiste ira même jusqu’à étaler ses minables aventures sexuelles pour susciter la sympathie et l’envie. D’autant plus qu’il est possible, pour ce dernier d’éliminer tout ce qui serait susceptible de porter ombrage à l’exercice de son pouvoir. Il est donc prêt à tout pour atteindre ses objectifs.

En plus, pour le populiste, sa personnalisation médiatique est prioritaire et décisive: selon lui, il est déjà leader et doit toujours être en vue, lancer des messages avec des photos comme preuve à l’appui, susciter un désir d’imitation, un sentiment de ressemblance. En fait, il doit donner l’impression au monde d’être en dialogue direct avec les citoyens. Tout populiste sait d’avance que le peuple ne se rendra pas compte tout de suite de son jeu. Justement parce que ce peuple se nourrit de ses promesses pimentées des faits à sensation pour noyer sa misère et décortique ses débats éphémères qu’il lance intentionnellement pour le détourner de penser et de discerner. Le populiste fait tout pour être, rester et demeurer «le centre du monde» afin de mieux se construire un temple où il peut ou pourra tirer ses profits personnels.

Quelles sont les actions qu’on peut mettre en place pour modifier la situation ? En d’autres termes, comment peut-on transcender la tentation de succomber au populisme?
Les politiciens de tout bord se doivent de placer le bien commun au-dessus des intérêts catégoriels et ce, en n’excluant aucun groupe ou couche de la société Kamerunaise. Cela va s’en dire qu’il leur faudra trouver des motivations ou des ressources et les mettre à la disposition du peuple, en particulier à cette jeunesse fragile et quelques fois naïve afin de ne pas la laisser distraire par ces nombreux lobbys qui ne cessent à faire valoir la pertinence de leurs intérêts égoïstes tout en négligeant les impacts de leur comportement, leur idéologie très souvent tribaliste et leurs demandes sur la population en général, sur des groupes sociaux en particulier.

Il y aurait avantage à ce que les citoyens soient associés à l’élaboration des décisions politiques favorisant ainsi non seulement la transparence de l’action publique mais aussi en améliorant la qualité des débats politiques. Ceci permettra d’évaluer la qualité des services publics. Les citoyens ne sont-ils pas légitimés à participer de plus en plus directement à la construction de l’intérêt général?

Nul ne peut contester que meilleure est la qualité du débat, plus légitimes et efficaces sont les décisions qui en découlent. Par contre, à l’heure actuelle, les débats constructifs se font rares dans la société Kamerunaise. Les citoyens sont informés par les leaders, mais qu’il y ait réellement débat, on peut en douter.
Il faut absolument des changements majeurs à tous les niveaux du système politique Kamerunais. Cependant, si l’on souhaite maintenir vivante la démocratie et ce climat de paix malgré le dur combat de nos braves soldats et leurs collègues voisins et d’ailleurs qui se battent corps et âme contre Boko Haram, il faudra s’engager dans ces changements sans perdre de temps et, ainsi, surpasser le populisme pour le bien général de tous, quel que soient les groupes ethniques de la société Kamerunaise.

L’avenir des populistes est connu d’office. Leurs adeptes ou supporteurs leur sont généralement infidèles tandis que leurs slogans d’hier leur collent aux doigts et au nez. Puis-je dire que les vaches maigres sont pour bientôt même si je ne le souhaite pas?


Droits réservés)/n

A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

Zapping CAN 2019
À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut
error: Contenu protégé