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Le problème spécifique de la presse écrite de langue anglaise au Cameroun (suite et fin)

Par Armand Hamoua Baka, Ancien cadre de Messapresse, Expert Consultant en distribution Presse

II-PARADOXE D’UN MARCHE AU VISAGE POLYMORPHE: Course sur un tandem à postes de pédales opposés.

Aussi paradoxal qu’il soit, il existe bel et bien un marché de la Presse anglophone au Cameroun. La structure de ce marché est aujourd’hui très complexe. Si hier, la quasi-totalité de la Presse papier anglophone qui arrivait était destinée au Cameroun occidental, aujourd’hui la donne n’est plus la même.

En effet, l’existence d’une bourgeoisie administrative composée des hauts cadres de la fonction publique ayant fait leurs études dans des universités anglaises ou nord-américaines fait que par nostalgie ou par élitisme, ils continuent de s’informer en anglais.

Dans le même sens, la politique de développement du bilinguisme prescrite par les plus hautes instances du pays pour le renforcement de l’Unité Nationale fait qu’aujourd’hui il y a une proportion sans cesse galopante de Camerounais qui manie aisément aussi bien la langue de Molière que celle de Shakespeare; le pouvoir d’achat est aussi fort en ville.

Ces trois déterminants ont pour conséquence l’élargissement de l’espace de lecture de la Presse anglophone en ville et sa possible capitalisation. La ville serait donc en forte concurrence avec la région sur le terme du volume des ventes.

Dès cet instant, on serait tenté de croire que la mauvaise pénétration de Messapresse dans la zone traditionnelle anglophone pourrait être compensée par son nouveau lectorat des villes.

Que non ! En analysant de plus près, la ville ne pourrait supplanter la région anglophone. Ce n’est qu’une illusion d’optique. La région est peuplée de grands-parents, parents, solidement ancrés dans la culture anglo-saxonne, des nostalgiques qui sont le socle même du lectorat de cette Presse.

Il faudrait aussi prendre en compte le fait que de nouvelles universités d’Etat, les écoles spécialisées, les pôles de développement ruraux, stoppent la migration des jeunes étudiants et jeunes diplômés de la région pour la ville. Ceux-ci restent cantonnés dans leurs fiefs naturels, mouvementant de facto, à la hausse, le lectorat régional.

Un autre particularisme exacerbant du marché de la Presse d’obédience anglophone est son infiltration par les éditeurs francophones. Cette concurrence met à rude épreuve les éditeurs anglophones, obligés de se partager le marché de la pub et la vente au numéro: Sopecam jadis avec Cameroon Tribune version anglaise, Le Messager à son âge d’or avec sa version anglaise, etc.

En dehors de Sopecam qui a toujours ses relations privilégiées avec son distributeur [d’hier, d’aujourd’hui et peut être de demain] et respecte autant se faire que ce peut les termes du contrat, les autres ont toujours violé la clause d’exclusivité au nez et à la barbe de Messapresse qui ne se limite qu’à faire constater la forfaiture par exploit d’huissier sans véritable action répressive d’envergure .

La Presse anglophone détient la palme d’or de la rupture du contrat de distribution pour cause de distribution parallèle et à raison. Lorsque l’éditeur, après quelques parutions, découvre ses résultats de ventes (Sales figures en Anglais ; ndlr) chez Messapresse, dans un réseau désarticulé voire inexistant, dans sa zone de prédilection, il décide unilatéralement ne plus livrer franco-domicile son distributeur.

Lui-même s’improvise en distributeur (concurrence déloyale) quand bien même au bout du compte le résultat est le même: encaisses insuffisantes! Il est floué par les multiples intermédiaires véreux au c ur d’airain qui le spolient. La seule satisfaction qu’il tire de cette mésaventure c’est d’être au moins lu sur toutes les régions anglophones; on travaille pour la gloire! Avait fini par clamer l’un d’entre-deux, la mine grisâtre, tel le supplicié de Tantale.


En ces jours, Scoop, Chronicle News, The Guardian Post, Summit Mag, etc. ne démentiront pas d’entretenir leurs réseaux privés de dispatching qui intègrent volontiers des anciens partenaires/clients de Messapresse suspendus ou téméraires aux menaces et injonctions du Chef d’orchestre.

Entre le Léviathan-Distributeur, rigide, intraitable dans ses méthodes à l’endroit du marché anglophone, les éditeurs «vautours» de la presse francophone qui s’invitent, fragmentent l’étroit et fragile marché, ses incontestables titulaires que sont les éditeurs anglophones, la course de tandem ne permet pas au cycle d’avancer, à cause de la multiplicité des coéquipiers aux intérêts divergents.

La pluralité des langues et des marchés est-t-elle déjà en train de nous montrer les apories d’un système et surtout l’issue de secours débouchant sur la fin d’une longévité monopolistique de Messapresse.


III- CARICATURE D’UNE VOIE DE SORTIE Le décryptage d’un SOS.

Que faut-il attendre de ces entrelacements qui donnent du fil à retordre au distributeur et aux éditeurs Anglophones, pour une sortie de crise?

On peut espérer :

. L’avènement d’un redressement de Messapresse qui décide un baroud d’honneur en installant tous azimuts des kiosques dans les principales villes des deux régions anglophones ;

. L’ouverture du marché par l’arrivée d’une firme concurrente capable de splitter en deux sa machine de distribution: Une pour la Presse anglophone, l’autre pour la Presse francophone ;

. L’arrivée d’un nouvel opérateur professionnel seulement spécialisé dans la distribution des produits Anglophones ;

Dans tous les cas, la résurgence du manque des voies d’accès, la qualité et la quantité des clients qu’on souhaite, surtout solvables, seront l’ensemble des solutions d’une équation paramétrique de résolution laborieuse dans un référentiel fatras, voire Copernicien.

Article lié:
Le problème spécifique de la presse écrite de langue anglaise au Cameroun (I)

Une vue aérienne de la ville de Bamenda, chef-lieu de la région anglophone du Nord-Ouest Cameroun
Wikimedia)/n
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